Michel et quatre autres habitants ont rejoint le Fongoli Savanna Chimpanzee Project, lancé en 2001 par la primatologue américaine Jill Pruetz, une opportunité inattendue qui leur a permis d’échapper à la précarité et aux dangers de l’orpaillage.
Dans le sud-est du Sénégal, une région marquée par l’orpaillage artisanal, certains destins prennent des trajectoires inattendues. À Kédougou, Michel Tama Sadiakhou a quitté les mines d’or, réputées dangereuses, pour rejoindre un projet scientifique d’envergure internationale consacré à l’étude des chimpanzés de la savane.
Une opportunité rare loin des mines
Comme Michel, quatre autres habitants de la région ont intégré le Fongoli Savanna Chimpanzee Project, une initiative lancée en 2001 par la primatologue américaine Jill Pruetz. Pour ces chercheurs locaux, dont la plupart n’ont pas achevé le cycle secondaire, ce projet a ouvert une voie insoupçonnée, leur permettant d’échapper à la précarité et aux risques liés au travail minier. «C’est une véritable chance, je n’aurais jamais imaginé vivre une telle expérience», confie Michel Sadiakhou.
Les chimpanzés de Fongoli, un cas unique au monde
Le projet s’intéresse à une communauté d’une trentaine de chimpanzés vivant dans la savane, un environnement inhabituel pour l’espèce. Installés dans la région de Kédougou, à la frontière du Mali et de la Guinée, ces primates se distinguent par des comportements exceptionnels. Les femelles de Fongoli sont notamment les seules connues à ce jour à utiliser des outils pour chasser, fabriquant des sortes de lances en bois afin de capturer de petits mammifères.
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Chaque jour, les chercheurs de terrain suivent l’un des mâles adultes de la colonie. Ils consignent méthodiquement les vocalisations, les habitudes alimentaires, les interactions sociales ou encore les frappes rythmiques sur les arbres, utilisées comme moyen de communication. À quelques mètres, un chimpanzé surnommé Mike traverse la savane, un fruit de baobab accroché à la bouche, illustrant la proximité progressive entre les animaux et les chercheurs.
Une relation presque familiale
Engagé dans le projet depuis 2009, Michel Sadiakhou, aujourd’hui chercheur confirmé, décrit les chimpanzés comme une «seconde famille». Père de quatre enfants, il n’avait jamais observé ces primates avant de quitter le dioura, nom local de l’orpaillage artisanal. Son collègue Nazaire Bonnag, 31 ans, a lui aussi tourné le dos aux mines après avoir été marqué par un accident mortel sur un site d’extraction.
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Une recherche aux découvertes majeures
Les travaux menés par Jill Pruetz et son équipe ont mis en lumière l’extraordinaire capacité d’adaptation de ces primates, capables de supporter des températures extrêmes, de se rafraîchir dans des mares naturelles, de se réfugier dans des grottes et même de rester calmes face au feu.
Coordinateur du projet, Dondo «Johnny» Kanté, originaire d’un village bedik voisin, estime que l’implication des populations locales est essentielle. Selon lui, cette approche favorise l’adhésion des communautés et encourage une protection durable des chimpanzés. Un engagement qui, espère-t-il, permettra de préserver ce patrimoine naturel unique, tout en offrant des alternatives concrètes à la pauvreté.
Notre Afrik avec AFP