Le Business & Human Rights Resource Centre a recensé 100 allégations d’atteintes aux droits humains liées à l’extraction des minerais de la transition en Afrique en 2025, contre 45 en 2024 — une hausse de 122 %, la plus forte de toutes les régions. Le continent passe ainsi en tête du classement mondial annuel, devant l’Amérique du Sud. Un signal qui déborde le registre moral : il touche directement la crédibilité des chaînes d’approvisionnement dont dépend la transition énergétique mondiale.
Cent cas en un an, sur neuf minerais
Le Transition Minerals Tracker 2026, publié le 24 juin, suit les allégations documentées autour des mines industrielles produisant neuf minerais jugés essentiels à la transition : cuivre, cobalt, lithium, nickel, minerai de fer, bauxite, manganèse, zinc et, pour la première fois, les terres rares. À l’échelle mondiale, le compteur passe de 156 allégations en 2024 à 329 en 2025 (+73 %). L’Afrique concentre désormais le plus gros contingent annuel avec 100 cas, devant l’Amérique du Sud (97). Selon l’Agence Ecofin, la RDC, la Zambie et la Guinée réunissent la quasi-totalité des cas africains, et le cuivre est le minerai le plus fréquemment mis en cause.
Ce que le chiffre recouvre : des morts, de l’eau, des terres
Le rapport documente 92 allégations mondiales portant sur les droits et la sécurité des travailleurs, dont 22 décès — près du double de 2024. S’y ajoutent les atteintes aux communautés riveraines et les attaques contre les défenseurs de l’environnement (42 recensées). Le volet environnemental est lourd : en février 2025, la rupture du bassin de rétention de la mine de cuivre Sino-Metals Leach Zambia a déversé quelque 50 millions de litres de résidus toxiques dans le bassin de la rivière Kafue. Derrière l’expression « sécurisation des chaînes d’approvisionnement », il y a donc des ouvriers, des agriculteurs et des familles qui négocient avec des entreprises dont le poids dépasse parfois celui de l’administration locale.
Le risque a changé de nature : il est devenu financier
C’est le point le plus stratégique du rapport. Près de 70 % des mines associées à au moins une allégation sont détenues par des sociétés cotées ou liées à elles ; dix entreprises et 33 mines concentraient la moitié des cas de 2025. Le contentieux social ne se cantonne plus à un débat entre ONG et opérateurs : il remonte aux actionnaires, aux fonds indiciels et aux acheteurs soumis aux obligations de vigilance. La chercheuse du BHRRC ayant piloté le rapport, Blanca Racionero Gomez, souligne que ces conflits se traduisent désormais par des retards et des suspensions de projets — 27 recensés en 2025. Ignorer les populations ne sécurise pas l’approvisionnement : cela transforme le conflit social en risque opérationnel.
À qui profite l’accélération
La flambée coïncide avec l’intensification de la course aux minerais critiques : corridor de Lobito reliant les zones cuprifères de RDC et de Zambie au port angolais, protocoles d’accord signés avec la Guinée et le Maroc en février 2026, après la RDC et le Rwanda fin 2025. Plus la demande est pressante, moins les délais de consultation communautaire résistent à la pression du calendrier. Or près de la moitié des mines mises en cause n’avaient même pas de politique publique élémentaire en matière de droits humains. La diplomatie minérale — infrastructures contre accès aux métaux — doit être jugée à une question simple : donne-t-elle aux États producteurs les moyens de contrôler les opérateurs et de transformer sur place, ou sert-elle surtout à accélérer l’exportation ?
Une exigence qui est aussi un levier
Une allégation n’est pas une condamnation, et le Tracker ne recense que ce qui est documenté publiquement — ce qui favorise les pays où la presse est active. La hausse africaine reflète donc en partie une meilleure visibilité des abus. L’Union africaine a adopté en 2025 une Stratégie africaine des minerais verts liant gestion durable, industrialisation et partage des bénéfices ; reste à la traduire en règles nationales — publication des contrats, consentement réel des communautés, inspections indépendantes, transformation locale. Pour les capitales qui revendiquent la transformation de leurs minerais, cette redevabilité n’est pas un handicap : c’est le terrain même sur lequel se jouera la crédibilité de leurs ambitions industrielles.
Sources : Business & Human Rights Resource Centre, Transition Minerals Tracker 2026 (24 juin 2026) ; Union africaine, Stratégie africaine des minerais verts (mars 2025) ; Agence Ecofin ; Reuters ; Mongabay.




