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Lithium : l’Afrique x26 en 5 ans, BMI voit les cours chuter

Site d'extraction de lithium : l'Afrique devient la première source de nouvelle offre mondiale

L’Afrique est devenue en 2025 la première source de nouvelle offre mondiale de lithium, avec un apport supérieur à celui du reste du monde réuni. Le volume livré aux acheteurs internationaux depuis le continent a été multiplié par vingt-six en cinq ans, selon l’Agence internationale de l’énergie.

C’est précisément le moment que les prévisionnistes retiennent pour annoncer un retournement du marché.

Ce que disent les prévisionnistes du marché du lithium

Après une chute d’environ 80 % entre 2023 et 2024, les prix du lithium ont rebondi à partir du second semestre 2025. Ce redressement pourrait être de courte durée.

BMI, filiale de Fitch Solutions spécialisée dans l’évaluation des marchés de matières premières, s’attend à un recul des cours au second semestre 2026. Benchmark Mineral Intelligence anticipe de son côté un retournement à partir de 2027, après une année 2026 encore légèrement déficitaire.

La mécanique est simple : l’offre mondiale progresse plus vite que la demande. Fitch prévoit une hausse de la production supérieure à 13 %, et l’accélération africaine y contribue directement.

Autrement dit, les producteurs africains alimentent l’excédent qui menace leurs propres recettes.

La vague africaine, en cinq ans

Le calendrier des mises en production est dense. Le Mali, longtemps absent des radars du lithium, a vu deux sites entrer en service coup sur coup : Goulamina en 2024, exploité par le groupe chinois Ganfeng Lithium, puis Bougouni en 2025. La République démocratique du Congo a rejoint le cercle des producteurs cette année avec le projet Manono, où Zijin a commencé à exporter — un gisement qui figure parmi les plus importants au monde en roche dure. Le Ghana s’apprête à suivre avec Ewoyaa.

L’ampleur de la bascule est mesurable. Portée par une hausse de production de 44 %, l’Afrique représente désormais environ 14 % du marché mondial, contre une part marginale en 2020. Le continent a produit 124 230 tonnes d’équivalent carbonate de lithium en 2024 et détient 26,7 millions de tonnes de ressources identifiées, soit 5 % du total mondial.

Le cas zimbabwéen, révélateur du piège

Un chiffre résume le problème. Au premier trimestre 2026, les exportations zimbabwéennes de lithium ont augmenté d’environ 7 %, passant de 224 610 à 240 826 tonnes. Mais leur valeur a plus que doublé, de 84,2 à 178,6 millions de dollars.

Ce décalage — un volume qui progresse modestement, une valeur qui explose — signifie que la recette dépend presque entièrement du prix, pas de l’effort de production. Le mécanisme fonctionne dans les deux sens : si les cours reculent de moitié, un volume en hausse de 7 % ne compensera rien.

Le Zimbabwe l’a déjà vécu à l’envers. Au premier semestre 2025, ses exportations de concentré de spodumène avaient bondi de 30 %, à 586 197 tonnes, dans un marché où les prix avaient chuté de près de 90 % en deux ans. La société publique de commercialisation des minerais avait alors relevé la contradiction : des prix en baisse malgré une demande en hausse.

Une mine ne se finance pas sur le prix du jour

Il faut toutefois se garder d’une lecture trop courte, et c’est la nuance décisive du dossier.

Un projet minier s’évalue sur des décennies, pas sur la cotation du trimestre. La demande de long terme en lithium reste soutenue par l’électrification des transports et le stockage stationnaire d’électricité — deux tendances que personne ne conteste. Un excédent en 2027 ne dit rien de l’équilibre en 2035.

L’avantage africain existe par ailleurs : plusieurs gisements du continent présentent des teneurs et des coûts d’extraction qui les placent dans la moitié basse de la courbe de coûts mondiale. Dans un marché en excédent, ce sont les producteurs les plus chers qui ferment en premier.

Le risque n’est donc pas tant de produire au mauvais moment que de le faire au mauvais endroit de la chaîne de valeur.

Le vrai risque : reproduire le modèle extractif

Sur les quatre pays concernés, la production est majoritairement exportée sous forme de concentré, avec une transformation locale limitée. Le raffinage, la production de sels de lithium de qualité batterie et la fabrication de cellules se font ailleurs — principalement en Asie.

Cela signifie que l’Afrique s’expose pleinement à la volatilité des cours de la matière première, sans capter la marge de transformation qui, elle, est nettement plus stable. C’est exactement la position qu’occupait le continent sur le cobalt avant que les chimies sans cobalt ne réduisent la demande — et la leçon n’a pas encore été tirée.

Le mécanisme est le même que celui décrit dans notre analyse du cuivre congolais chez Glencore : le métal part, la valeur ajoutée se crée en aval, et les recettes suivent les cours mondiaux sans amortisseur.

Les données de production et de ressources sont publiées par l’Agence internationale de l’énergie.

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