Le président guinéen Mamadi Doumbouya a réaffirmé, lors du Conseil des ministres du
jeudi 30 juillet 2026, l’attachement de son pays au franc guinéen. Plusieurs médias régionaux
y ont vu un rejet de l’ECO. Le communiqué officiel du sommet de la CEDEAO dit autre chose : la
Guinée a demandé à rejoindre la task force chargée de piloter la monnaie unique — et sa demande
a été approuvée.
Ce que Doumbouya a dit
Réuni au palais Mohamed V à Conakry, le Conseil des ministres a relayé le message
présidentiel par la voix du porte-parole du gouvernement, Faya François Bourouno. Le chef de
l’État a rappelé que la Guinée bat sa propre monnaie depuis plus de six décennies et qu’elle a
bâti sur cette base une politique monétaire autonome.
« La République de Guinée reste attachée à sa souveraineté économique pour continuer à
décider de son avenir économique à travers le franc guinéen », a déclaré Mamadi Doumbouya,
présentant la monnaie nationale comme le socle de la stratégie de développement du pays.
Le franc guinéen n’exclut pas la table des négociations
Le communiqué final de la 69e session ordinaire des chefs d’État de la Communauté
économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), tenue le 19 juillet 2026, est explicite.
La conférence y réitère l’objectif d’un lancement de l’ECO en 2027, prend acte de la demande de
la République de Guinée d’intégrer la task force présidentielle, puis approuve cette demande.
La nuance est décisive. Participer aux travaux techniques ne vaut pas adhésion automatique,
mais ne constitue pas davantage un retrait. Conakry entre dans la salle de négociation en
défendant sa monnaie — deux gestes qui ne se contredisent pas. C’est ce qui explique la
divergence des titres dans la presse régionale, entre « rejet de l’ECO » et « double
position ».
Cette prudence de lecture s’impose d’autant plus qu’aucune transcription intégrale du propos
présidentiel n’est publique. Savoir si le président visait le calendrier 2027, la souveraineté
monétaire en général, ou l’architecture actuelle de l’ECO change entièrement la portée de la
déclaration.
Une monnaie nationale depuis 1960
La sensibilité du sujet tient à l’histoire. La Banque centrale de la République de Guinée
(BCRG) rappelle que le pays a créé sa banque centrale et son franc national en 1960, deux ans
après l’indépendance. Contrairement à la majorité des anciennes colonies françaises d’Afrique
de l’Ouest, la Guinée n’a jamais intégré l’Union monétaire ouest-africaine et n’utilise pas le
franc CFA.
La monnaie est devenue un marqueur de souveraineté, sans être exempte de fragilités. Le
rapport du Comité de politique monétaire du troisième trimestre 2025 relevait une dépréciation
annuelle de 0,70 % du franc guinéen sur le marché officiel et de 0,43 % auprès des bureaux de
change agréés à fin septembre 2025.
Le levier Simandou
Conserver sa monnaie permet à Conakry de fixer ses taux directeurs, de gérer la liquidité
bancaire et d’adapter son régime de change. Cette latitude devient stratégique avec la montée
en puissance du projet de fer de Simandou et la hausse attendue des recettes minières : la
Banque mondiale projetait une croissance moyenne de 10 % pour 2026 et 2027, portée par
l’extractif.
Une économie plus grande et plus exportatrice négocie mieux. La Guinée peut ainsi peser sur
la pondération institutionnelle du futur ensemble monétaire et défendre les intérêts des pays à
monnaie nationale, plutôt que de laisser l’architecture se dessiner entre les grands États et
les membres de l’union du franc CFA. La contrepartie est une discipline exigeante : financement
monétaire, tensions budgétaires ou afflux massif de devises peuvent déstabiliser prix et taux de
change.
Un ECO à géométrie variable
Le sommet de juillet a acté un lancement différencié : l’ECO démarrerait avec les seuls pays
respectant les critères de convergence — déficit budgétaire, inflation, financement du déficit
par la banque centrale, réserves de change — les autres rejoignant plus tard. Aucun pays n’est
intégré mécaniquement.
La région reste fragmentée. Huit pays utilisent le franc CFA émis par la Banque centrale des
États de l’Afrique de l’Ouest ; la Guinée, le Ghana, le Nigeria, la Gambie, le Liberia et la
Sierra Leone disposent de monnaies nationales. Depuis le retrait du Burkina Faso, du Mali et du
Niger, le bloc politique ne recouvre plus l’espace monétaire de l’union. Fusionner des zones aux
régimes de change et aux niveaux d’inflation aussi différents suppose une convergence que trois
décennies de discussions n’ont pas produite — l’échéance a déjà été repoussée plusieurs fois.
Les vraies questions restent sans réponse
Quelle banque centrale émettra l’ECO ? Quel régime de change ? Comment répartir droits de
vote et réserves ? Quelles règles budgétaires s’imposeront aux participants ? L’enregistrement
de la marque « ECO » auprès de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle ne
répond à aucune de ces questions.
La task force doit se réunir avant le sommet ordinaire de décembre 2026. D’ici là, la
position guinéenne n’est pas la seule à faire l’objet de lectures divergentes : le Nigeria, la
Sierra Leone et la Gambie ont démenti début août tout retrait du processus. Pour l’heure, le
seul engagement formel disponible montre une Guinée qui entre dans la négociation, pas une
Guinée qui en claque la porte.








