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El Niño faim : 49 millions de personnes de plus d’ici 2027

Dechargement de sacs de riz sur un marche ouest-africain, alors que la faim menace 55 millions de personnes en Afrique de l'Ouest

Le Programme alimentaire mondial estime à 81 % la probabilité d’un épisode El Niño très intense, potentiellement le plus violent depuis 1950. Conséquence projetée : la faim aiguë gagnerait 49 millions de personnes de plus dans 45 pays, le total passant de 225 à 274 millions d’ici fin 2027. L’Afrique orientale et australe concentrerait à elle seule plus de 18 millions de cas supplémentaires.

Ce que disent les projections

Dans une analyse publiée le mercredi 5 août 2026, le Programme alimentaire mondial (PAM) avertit que près de 49 millions de personnes supplémentaires risquent de basculer dans l’insécurité alimentaire aiguë d’ici à la fin de 2027.

Sur les 45 pays étudiés, le total passerait de 225 à 274 millions de personnes, soit une hausse d’environ 22 %. L’Afrique orientale et australe compterait plus de 18 millions de cas supplémentaires, l’Afrique de l’Ouest et centrale près de six millions.

L’agence chiffre à 81 % la probabilité qu’un épisode El Niño très intense se développe.

Ce que le chiffre de 49 millions ne dit pas

Cette précision est essentielle, et elle est souvent perdue dans la reprise de ce type d’annonce.

Les 49 millions ne désignent pas 49 millions de personnes menacées de famine. Ils désignent l’augmentation projetée du nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë — une catégorie qui va de la difficulté à assurer trois repas par jour jusqu’aux situations d’urgence, en passant par la vente de biens du foyer pour acheter à manger.

La distinction n’est pas un détail de vocabulaire. Confondre les deux conduit à deux erreurs symétriques : soit on crie à la famine généralisée et l’alerte perd sa crédibilité, soit on découvre plus tard que le chiffre était moins dramatique qu’annoncé et l’on cesse d’écouter l’agence. Le PAM mesure une dégradation, pas une catastrophe annoncée.

Pourquoi El Niño transforme la sécheresse en faim

El Niño est un réchauffement anormal des eaux de surface du Pacifique équatorial. Ses effets se propagent par l’atmosphère et modifient les régimes de pluie très loin de leur origine.

En Afrique orientale et australe, le schéma est documenté : sécheresse dans le sud du continent, pluies excessives et inondations dans la Corne. Les deux détruisent les récoltes, par des mécanismes opposés. Une saison agricole manquée ne se rattrape pas : elle se paie l’année suivante, sur des greniers déjà vides.

S’y ajoute un effet de second tour, souvent sous-estimé. Une mauvaise récolte fait monter les prix locaux au moment précis où les revenus agricoles s’effondrent. Les ménages ruraux subissent donc le choc deux fois — comme producteurs, puis comme acheteurs.

Le vrai enjeu : anticiper, pas constater

C’est le point le plus important du rapport, et il est encourageant.

Pour la première fois, les mécanismes climatiques permettent d’anticiper plusieurs mois à l’avance une partie du choc alimentaire. Un épisode El Niño se détecte dans les températures océaniques bien avant que la première récolte ne soit perdue.

La question n’est donc plus de savoir si l’aide arrivera, mais si elle arrivera avant les récoltes perdues. Ce sont deux économies totalement différentes. Distribuer des semences résistantes à la sécheresse, reconstituer des stocks régionaux, sécuriser des lignes de crédit avant la crise coûte une fraction de ce que coûte une opération d’urgence une fois la famine installée — et sauve infiniment plus de moyens de subsistance.

L’obstacle n’est pas la connaissance : elle est disponible. Il est financier et administratif. Les mécanismes d’aide se déclenchent traditionnellement sur constat de crise, pas sur prévision. Un financement anticipatif suppose d’accepter de dépenser pour un événement qui pourrait ne pas se produire — un pari politiquement inconfortable, même quand il est économiquement rationnel.

Ce qu’il faut surveiller

Trois signaux dans les prochains mois : la confirmation ou non de l’intensité annoncée par les mesures océaniques, le déclenchement effectif de financements anticipatifs par les bailleurs, et l’état des stocks céréaliers régionaux avant la prochaine saison. Ce dernier point est décisif et mal documenté : une part considérable des flux céréaliers ouest-africains échappe à toute statistique officielle, ce qui complique l’évaluation des réserves réellement disponibles.

Les analyses de sécurité alimentaire sont publiées par le Programme alimentaire mondial.

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