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Fouta Djallon : la Cédéao se donne 3 mois pour agir

Paysage de collines près de Dalaba, dans le massif du Fouta Djallon en Guinée, château d'eau de l'Afrique de l'Ouest

La première édition du Forum régional de l’eau de l’Afrique de l’Ouest (FREAO), tenue les 24 et 25 septembre 2026 à Abidjan, s’est conclue par l’adoption à l’unanimité d’une « Déclaration d’Abidjan » en cinq axes, dont la préservation du massif du Fouta Djallon, présenté comme le « château d’eau » de la région. La feuille de route opérationnelle, assortie d’indicateurs de performance, n’existe pas encore : elle « devra être élaborée dans un délai de trois mois », selon l’Agence ivoirienne de presse (AIP). Le forum a réuni une Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) à douze membres, sans les trois pays sahéliens qui l’ont quittée.

« Sa véritable valeur résidera dans notre capacité collective à traduire ses recommandations en actions concrètes », a déclaré le ministre ivoirien des Eaux et Forêts, Jacques Assahoré Konan, appelant à ne pas laisser le texte « dormir dans nos archives ».

Ce qui a été adopté à Abidjan

Le forum, organisé par le Centre de gestion des ressources en eau (CGRE) de la Cédéao sous le thème « Valorisons l’eau pour transformer l’Afrique de l’Ouest », a clos une semaine de réunions. La 13e session du Comité technique des experts s’est tenue les 21 et 22 septembre, puis la 6e session du Comité ministériel de suivi de la gestion intégrée des ressources en eau le 23 septembre.

La Déclaration d’Abidjan, lue par le directeur du CGRE, trace des principes plus qu’un programme. Elle appelle à gérer ensemble l’eau, l’énergie, l’agriculture et l’environnement, à mobiliser des financements publics, privés et concessionnels, et à préparer une position commune ouest-africaine pour la Conférence des Nations unies sur l’eau de 2026. Elle ne chiffre ni le besoin d’investissement régional, ni les montants mobilisés.

L’enjeu est géographique avant d’être diplomatique. Selon la Cédéao, l’Afrique de l’Ouest compte 28 bassins fluviaux transfrontaliers, qui couvrent environ 71 % de la superficie régionale. Une décision prise en amont sur un barrage, l’irrigation ou les prélèvements peut modifier l’accès à l’eau plusieurs centaines de kilomètres plus loin.

Le Fouta Djallon, « château d’eau » menacé

La Déclaration nomme une urgence : « préserver le massif du Fouta Djallon, véritable château d’eau de l’Afrique de l’Ouest, dont la dégradation menace la sécurité hydrique de toute la sous-région ». Ce massif de Guinée est au cœur du système hydrographique ouest-africain, et sa protection engage donc bien au-delà du seul pays qui l’abrite.

C’est là que se situe la principale faille du texte. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, situés en aval et riverains des bassins du Niger et de la Volta, ont quitté la Cédéao en janvier 2025. Leur participation au forum d’Abidjan n’est pas documentée par les comptes rendus disponibles.

Lecture de la rédaction : une politique régionale de l’eau qui ne couvre pas ces trois pays protège la source sans ses principaux usagers d’aval. Le comité de suivi prévoit d’associer les organismes de bassin ; c’est vraisemblablement par eux, plus que par la Cédéao réduite à douze membres, que devra passer le dialogue sur le fleuve Niger.

Un comité de suivi pour éviter une déclaration de plus

Le dispositif de suivi est l’élément le plus concret. Un comité régional permanent associera la Cédéao, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), le Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS), les organismes de bassin, la société civile, des organisations de femmes et de jeunes et les partenaires techniques et financiers. Un rapport biennal sur l’état de l’eau en Afrique de l’Ouest doit être publié.

Le forum veut aussi créer un groupe spécialisé chargé des négociations internationales, pour porter une position commune à la conférence de l’ONU. Il a salué la Vision africaine de l’eau à l’horizon 2063. La prochaine édition est prévue au Cap-Vert en 2028.

Le vrai test : la feuille de route de fin d’année

Le premier point à l’ordre du jour d’Abidjan était la « mise en œuvre des résolutions antérieures ». C’est le signe que les engagements précédents de la Cédéao sur l’eau attendent encore leur traduction concrète.

La crédibilité de la Déclaration dépendra donc de trois éléments, attendus d’ici la fin de 2026. D’abord, une feuille de route qui désigne des projets, des responsables et des échéances. Ensuite, des indicateurs mesurables : accès à l’eau, stockage, qualité des ressources, état des bassins versants. Enfin, des montants, et les projets auxquels ils seront affectés. Sans eux, le Fouta Djallon restera un paragraphe de plus dans une déclaration.

Sources

  • Cédéao, « Le premier Forum régional de l’eau en Afrique de l’Ouest adopte un agenda régional commun pour la sécurité hydrique », 28 septembre 2026.
  • Agence ivoirienne de presse, « FREAO 2026 : l’Afrique de l’Ouest se dote d’un cadre commun pour relever les défis liés à l’eau », 26 septembre 2026 ; « La CEDEAO renforce la concertation régionale », 21 septembre 2026.
  • Linfodrome, « FREAO 2026 : Abidjan adopte la Déclaration d’Abidjan et passe le témoin au Cap-Vert », 25 septembre 2026.
  • Fraternité Matin, « Gouvernance de l’eau : les États ouest-africains réaffirment leurs engagements », 28 septembre 2026 ; Abidjan.net, 23 septembre 2026.
  • AMAP (Mali), « Afrique de l’Ouest : adoption d’une feuille de route régionale sur l’eau à Abidjan », 27 septembre 2026.

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