La justice centrafricaine ouvre ce mardi un procès particulièrement attendu dans l’histoire récente du pays. L’ancien président François Bozizé, aujourd’hui âgé de 79 ans et installé en exil en Guinée-Bissau, est jugé par contumace devant la Cour pénale spéciale (CPS) pour des faits qualifiés de crimes contre l’humanité.
Au cœur de cette procédure figurent des accusations portant sur des actes commis entre 2009 et 2013 dans la localité de Bossembélé. Meurtres, tortures, disparitions forcées, violences sexuelles et autres traitements inhumains sont notamment évoqués dans le dossier examiné par les magistrats.
Une affaire qui remonte aux dernières années du régime Bozizé
Selon les éléments retenus par la Cour pénale spéciale, les exactions reprochées auraient été perpétrées au sein d’installations sécuritaires situées à Bossembélé, notamment dans un centre de détention civile et un site d’instruction militaire.

Les juges estiment disposer d’éléments suffisamment sérieux pour examiner la responsabilité de François Bozizé en tant qu’ancien chef de l’État et supérieur hiérarchique des forces concernées. Trois anciens responsables militaires de son régime comparaissent également dans ce dossier. Contrairement à l’ancien président, ils se trouvent actuellement détenus en Centrafrique.
Cette procédure trouve son origine dans une enquête ouverte par la CPS, qui avait conduit à l’émission d’un mandat d’arrêt international contre l’ancien dirigeant en février 2024.
Le parcours d’un ancien président devenu chef rebelle
Arrivé au pouvoir à la suite d’un coup d’État en 2003, François Bozizé a dirigé la Centrafrique pendant près d’une décennie. Élu en 2005 puis reconduit en 2011, il a gouverné dans un contexte marqué par des crises sécuritaires récurrentes et de nombreuses rébellions armées.
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Son renversement en mars 2013 par la coalition rebelle de la Séléka a plongé le pays dans une spirale de violences sans précédent. Les affrontements qui ont suivi entre groupes armés ont provoqué des milliers de morts et déplacé une grande partie de la population.
Dans ce contexte, l’ancien président a été accusé d’avoir favorisé l’émergence des milices anti-balaka, créées pour tenter de reconquérir le pouvoir face à la Séléka. Les Nations unies ont par la suite attribué aux deux camps de nombreuses violations graves du droit international humanitaire.
Un procès symbolique pour la lutte contre l’impunité
Au-delà du cas de François Bozizé, ce procès constitue un test majeur pour la Cour pénale spéciale, juridiction créée avec l’appui des Nations unies afin de poursuivre les auteurs des crimes les plus graves commis en Centrafrique depuis 2003.
Lire : Justice : ouverture en juin du procès de l’ancien président centrafricain François Bozizé
Après avoir quitté le pays à la suite de l’échec de la rébellion menée par la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), l’ancien chef de l’État vit en exil depuis plusieurs années. Il avait déjà été condamné en 2022 aux travaux forcés à perpétuité dans une autre affaire liée à son rôle au sein de cette coalition rebelle.
L’ouverture de ce nouveau procès marque ainsi une étape importante dans les efforts engagés par la justice centrafricaine pour établir les responsabilités dans les violences qui ont profondément marqué le pays au cours des deux dernières décennies.
Notre Afrik avec AFP








