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Cacao ivoirien : le prix chute de 57 %, le fonds contesté

Cacao ivoirien : cabosse ouverte tenue par un planteur

Le prix bord champ du cacao ivoirien est fixé à 1 200 FCFA le kilogramme pour la campagne principale 2026-2027, contre 2 800 FCFA un an plus tôt — une baisse de 57 %. Trois jours après l’annonce, l’ancien ministre Ahoua Don Mello a publié une note accusant le fonds de réserve du Conseil du café-cacao, le mécanisme censé garantir ce prix, d’avoir « disparu dans la clandestinité ». Le gouvernement, lui, revendique 511 milliards de FCFA mobilisés. Deux lectures d’un même mécanisme, dont le fonctionnement reste opaque.

Un prix divisé par plus de deux

L’annonce a été faite le 1er septembre 2026 par le ministre de l’Agriculture Bruno Nabagné Koné, à l’ouverture des Journées nationales du cacao et du chocolat à Abidjan. Le prix minimum garanti est fixé à 1 200 FCFA/kg pour le cacao bien fermenté, bien séché et bien trié, et à 1 300 FCFA/kg pour le café, contre 1 700 la campagne précédente.

Deux précisions s’imposent, car elles changent la lecture.

La campagne principale s’ouvre exceptionnellement le 1er septembre et non le 1er octobre : c’est la conséquence de la déclaration conjointe signée le 16 juin 2026 par la Côte d’Ivoire et le Ghana pour harmoniser leurs calendriers et leurs prix.

Et les 1 200 FCFA ne constituent pas une nouvelle baisse. Ce prix reconduit celui de la campagne intermédiaire de mars-août 2026, lui-même ramené de 2 800 à 1 200 FCFA en mars. Le ministre a justifié l’arbitrage par la volatilité des cours et la nécessité de préserver l’équilibre budgétaire du mécanisme, rappelant que 1 200 FCFA reste le troisième prix le plus élevé jamais accordé pour une campagne principale.

La campagne écoulée a été difficile. Selon l’Agence ivoirienne de presse, l’État a dû racheter environ 123 000 tonnes de fèves résiduelles dans un contexte de ralentissement de la commercialisation. Le gouvernement et le Conseil du café-cacao ont mobilisé 280 milliards de FCFA d’appuis directs et 231 milliards de réajustements budgétaires pour évacuer les stocks — 511 milliards au total.

La charge d’Ahoua Don Mello

Dans une note datée du 4 septembre, Ahoua Don Mello — ancien ministre de l’Équipement, ancien directeur général du Bureau national d’études techniques et de développement, candidat à la présidentielle d’octobre 2025 — dénonce « un modèle à bout de souffle ».

Son argument central porte sur le fonds de réserve. Créé avec la réforme de la filière de 2011, ce fonds est alimenté en période de cours élevés par l’écart entre le prix de vente à l’exportation et le prix du marché international ; il doit, en période de cours bas, combler le manque à gagner des exportateurs et garantir le prix au planteur.

Selon lui, cet écart a « dépassé sur plusieurs exercices 1 000 000 FCFA la tonne pour une production de 2 000 000 de tonnes par an ». Or, écrit-il, « aucune trace de ce fonds ne figure dans le budget ni dans les rapports des contrôleurs de l’État ». Il réclame un audit et demande : « à qui profite ce fonds de réserve ? »

Il relie cette absence présumée de ressources aux stocks invendus accumulés dans les coopératives depuis le début de 2026, notamment à Abengourou.

Deux erreurs dans la note, qu’il faut signaler

La note contient deux inexactitudes qui n’invalident pas la question posée, mais qu’on ne peut pas reprendre telles quelles.

Elle affirme que le prix record de 2 800 FCFA/kg a été fixé en octobre 2025 « alors que les cours mondiaux dépassaient les 13 000 dollars la tonne ». La date est fausse : le pic historique, autour de 12 900 dollars à New York, date de décembre 2024. En octobre 2025, les cours évoluaient autour de 6 000 à 7 000 dollars.

Une note antérieure du même auteur, de février 2026, comportait par ailleurs une erreur d’un facteur mille dans le calcul des reversements. Elle a été corrigée depuis, mais le chiffre erroné circule encore.

Le mot « faillite », employé dans plusieurs reprises, est enfin une qualification de l’auteur, pas un constat comptable établi.

Ce que disent les chiffres du marché

Sur le niveau des cours, la note est en revanche cohérente avec les données. Le contrat de septembre à New York a évolué entre 5 400 et 6 200 dollars la tonne en août 2026, soit environ 3 100 à 3 500 FCFA/kg.

À ce niveau, un prix bord champ de 1 200 FCFA représente environ 35 % du cours mondial — alors que la réforme de 2011 fixait comme objectif de reverser au planteur au moins 60 % du prix à l’exportation.

Cet écart s’explique en partie par le fonctionnement même du mécanisme, que la note n’aborde pas. Le Conseil du café-cacao vend par anticipation, jusqu’à un an à l’avance, 70 à 80 % de la récolte attendue. Le prix garanti pour 2026-2027 reflète donc largement les ventes réalisées fin 2025 et début 2026, quand les cours étaient tombés à 3 500-4 100 dollars la tonne — et non les cours actuels, remontés près de 6 000 dollars sur les craintes de mauvaise récolte au Ghana.

C’est le prix à payer d’un mécanisme de lissage : il protège le planteur quand le marché s’effondre, et le prive du redressement quand le marché remonte. Le Cameroun, en marché libre, connaît l’exact symétrique.

La contrebande a changé de sens

Ahoua Don Mello alerte sur une inversion des flux : le sac de 64 kilos se négocierait autour de 100 euros côté ivoirien contre plus du double côté ghanéen, ce qui pousserait les fèves ivoiriennes vers le Ghana.

La référence de 2 100 FCFA/kg qu’il donne pour le Ghana est plausible. Depuis le 12 février 2026, le Ghana Cocoa Board paie 2 587 cedis le sac de 64 kilos, soit 41 392 cedis la tonne — environ 2 100 à 2 250 FCFA/kg au taux courant. Le Ghana n’avait pas encore annoncé son prix pour 2026-2027 au 5 septembre.

Le sens de cette contrebande s’était déjà inversé une première fois : en février 2026, le COCOBOD justifiait sa propre baisse de prix par un prix ivoirien supérieur de 20 % qui aspirait les fèves ghanéennes.

Autrement dit, l’harmonisation signée en juin visait précisément à mettre fin à ce jeu de bascule. Six mois plus tard, l’écart s’est rouvert dans l’autre sens.

Un débat sans chiffres officiels

Le point aveugle de cette controverse est l’absence de données publiques sur le fonds de réserve. Ni le Conseil du café-cacao ni le ministère n’en publient le solde.

Les 511 milliards de FCFA annoncés le 1er septembre sont présentés comme des appuis à l’évacuation des stocks, pas comme un état du fonds. Les deux chiffres ne mesurent pas la même chose, et aucun ne répond à la question posée.

C’est ce qui rend la controverse impossible à trancher publiquement. Un mécanisme de stabilisation dont le solde n’est pas publié ne peut être ni défendu ni mis en cause sur pièces — il ne peut qu’être cru ou soupçonné.

La demande d’audit ne porte donc pas seulement sur un soupçon. Elle porte sur la condition de possibilité du débat lui-même, à un moment où la traçabilité devient obligatoire dans la filière et où le planteur, lui, sait exactement ce qu’il touche.

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