L’aviculture au Sénégal se dresse contre l’arrivée de grands producteurs étrangers. Le samedi 10 octobre 2026, à Thiès, l’Interprofession avicole du Sénégal (IPAS) a dénoncé un projet de ferme d’un million de poules pondeuses dans la région. Selon elle, le pays en compte aujourd’hui environ 3 millions, et 60 000 emplois de la filière seraient menacés.
L’interprofession demande à l’État de réexaminer les autorisations accordées à ces investisseurs et d’exiger des études d’impact avant que les projets n’avancent, selon l’Agence de presse sénégalaise (APS).
Un projet dont le promoteur n’est pas identifié
D’après l’APS, le secrétaire général de l’IPAS, Mamadou Bâ, a indiqué que les acteurs de la filière avaient été informés d’un projet d’implantation d’une ferme d’un million de pondeuses à Thiès. L’interprofession l’attribue à des investisseurs chinois. Elle évoque aussi un projet porté par des investisseurs brésiliens dans la région de Diourbel, dont la taille n’est pas précisée.
Ces éléments restent ceux de l’IPAS. Le site Thiesinfo, qui a couvert le point de presse, souligne que l’identité exacte du promoteur et la participation effective d’investisseurs chinois « restent à confirmer ». Aucune des sources consultées ne nomme d’entreprise, ni ne précise le site, le calendrier, le financement ou le statut administratif du projet. Aucune réaction des promoteurs ni des autorités n’avait été rapportée au 12 octobre 2026.
Les arguments de l’interprofession avicole
Le premier argument de l’IPAS porte sur le volume. Selon ses propres simulations, le cheptel actuel d’environ 3 millions de pondeuses suffit à approvisionner le marché sénégalais des œufs. Au-delà de 4,5 millions, le marché serait selon elle gravement déstabilisé. Thiesinfo rapporte la même crainte : une production supplémentaire non absorbée ferait baisser les prix et fragiliserait les petites fermes, moins capitalisées.
Le deuxième argument est social. L’interprofession avance le chiffre de 60 000 emplois menacés et compte entre 750 et 1 000 exploitations dans le bassin de Thiès, de Dakar et d’une partie de Saint-Louis. Ces chiffres sont ceux de l’organisation professionnelle ; ni l’APS ni Thiesinfo ne détaillent leur mode de calcul.
Le troisième argument est environnemental : selon l’IPAS, la gestion des fientes d’un élevage de cette taille n’aurait pas été prise en compte. Les quantités avancées lors du point de presse ne sont pas reprises ici, faute de période de référence et en raison d’un calcul incohérent dans la dépêche.
Les aviculteurs ne rejettent pas pour autant tout investissement. D’après Thiesinfo, ils réclament une évaluation économique préalable, des informations sur les capacités déjà installées et sur la demande, ainsi qu’une analyse des effets sur la concurrence, les prix, l’emploi et la survie des fermes existantes. L’IPAS demande aussi à être associée aux grandes décisions concernant le secteur.
Aviculture au Sénégal : une filière née à l’abri des frontières
L’enjeu s’explique par l’histoire de la filière. Depuis le 24 octobre 2005, en pleine épizootie de grippe aviaire, le Sénégal a suspendu les importations de produits avicoles : volailles vivantes, y compris les poussins d’un jour hors reproducteurs, viandes, découpes et œufs de consommation. Cette protection a permis l’essor d’une production locale. Selon les données de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) reprises par l’agence Ecofin, le pays a produit 159 502 tonnes de viande de poulet en 2024.
Le débat dépasse le Sénégal. Ailleurs sur le continent, le poulet importé congelé reste beaucoup moins cher que la production locale, et le Gabon a décidé d’interdire les importations de poulet de chair à partir du 1er janvier 2027. Au Sénégal, la question n’est plus de se protéger des cargaisons venues de l’extérieur, mais de savoir qui produira, sur place, pour le marché intérieur.
L’IPAS a fait savoir son opposition à ces implantations. La suite dépendra des informations que l’État rendra publiques sur les autorisations délivrées et des réponses des investisseurs visés, dès lors qu’ils seront identifiés.
Sources
- Agence de presse sénégalaise, « Aviculture : alerte sur les risques de l’installation de producteurs étrangers pour la filière locale », 11 octobre 2026.
- Thiesinfo, « Thiès : Mamadou Ba alerte sur un projet de ferme d’un million de poules pondeuses », 11 octobre 2026.
- Agence Ecofin (données FAO), juillet 2026 ; Fondation FARM, sur l’interdiction de 2005.
À lire aussi sur NotreAfrik : Poulet importé à 0,50 €, le local près de 4 fois plus cher · Poulet importé : 55 000 tonnes, Washington conteste à l’OMC · Agriculture : 130 milliards FCFA injectés dans le système alimentaire sénégalais








