Le poulet importé reste imbattable sur les marchés d’Afrique, et c’est d’abord une question de prix. Dans plusieurs capitales ouest-africaines, la volaille congelée importée se vend autour de 0,50 euro le kilo, quand le poulet local s’affiche entre 1,8 et 2,4 euros, selon une tribune publiée le 8 octobre 2026 par l’Agence Ecofin. L’Afrique subsaharienne importe plus de 2 millions de tonnes de morceaux de poulet congelés par an, pour près de 3 milliards d’euros.
L’auteur de la tribune en tire une thèse : la souveraineté avicole se gagnera sur la compétitivité, pas par les seules interdictions d’importer.
Face au poulet importé, produire moins cher est possible
Selon la tribune, avec des installations modernes, une génétique et une discipline de production comparables, l’Afrique atteint les niveaux de coût, de rendement et de qualité des grands pays producteurs. Un projet de filière intégrée modélisé en mars 2026 dans un pays d’Afrique centrale aboutirait à un poulet local vendable à moins de 1 000 FCFA le kilo en sortie d’abattoir. Il s’agit d’une modélisation, pas d’une production réelle.
Le maillon faible est connu : l’aliment. Il représente à lui seul plus de la moitié du coût de production, selon Gabon Media Time, et le maïs et le soja qui le composent restent largement importés. Sans provenderies locales ni production de céréales, le poulet africain part avec un handicap.
Le Gabon, laboratoire de l’interdiction
Le Gabon a choisi la manière forte : les importations de poulet de chair y seront interdites à partir du 1er janvier 2027. Le pays a importé près de 68 000 tonnes de poulets congelés en 2024, pour environ 65 milliards de francs CFA, selon l’Institut national de la statistique. Sans montée en puissance des élevages et des provenderies d’ici là, l’interdiction risque de se traduire par des pénuries et une hausse des prix pour les consommateurs.
Le marché régional montre l’ampleur du défi. Dans la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), les importations de viande de poulet et de dinde brésiliennes ont dépassé 70 000 tonnes en 2025, dont près de 65 000 pour le seul Congo, selon Ecomatin.
Protéger sans affamer
D’autres pays misent sur l’investissement. Le Ghana a annoncé des accords de financement pour son programme national de transformation de l’aviculture, qui vise à réduire la dépendance aux importations et à créer 12 000 emplois directs.
La leçon dépasse l’aviculture. Une barrière à l’importation peut donner du temps aux producteurs ; elle ne remplace ni le maïs, ni les couvoirs, ni la chaîne du froid. C’est sur le prix du kilo, au marché, que se jugera la souveraineté avicole.
Sources
- Agence Ecofin, « La souveraineté avicole africaine est d’abord une bataille de compétitivité », 8 octobre 2026.
- Gabon Media Time, 2026 ; Institut national de la statistique du Gabon, via Infos Gabon, 8 juillet 2026 ; Ecomatin, 20 mars 2026.
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