L’AFD autorise 100 M€ pour l’agence portuaire du Maroc

Barques de pêche bleues dans le port d'Essaouira, l'un des sites du programme financé par l'AFD au Maroc

Le 3 novembre 2026 à Rabat, l’Agence française de développement (AFD) et l’Agence nationale des ports (ANP) du Maroc ont signé une déclaration conjointe sur un financement de 100 millions d’euros. C’est un prêt, pas un don, et il couvre treize sites portuaires, dont au moins trois au Sahara occidental. Dans le même temps, l’AFD assume sa sortie du Sahel et la part de l’Afrique dans ses engagements est tombée à 30 %.

AFD au Maroc : un prêt, pas un cadeau

La déclaration a été signée par Mustapha Farès, directeur général de l’ANP, et Catherine Bonnaud, directrice de l’AFD au Maroc. Le site Yabiladi parle d’une convention de financement : la signature du prêt lui-même reste à établir.

Le montage figure dans la fiche publiée après le conseil d’administration de l’AFD du 21 mai 2026. Il associe un prêt bonifié de 100 millions d’euros, deux subventions européennes de 13,2 et 1,8 million, et 2 millions du Blue Mediterranean Partnership. Soit environ 117 millions au total, dont près de 17 millions de dons, tous sur fonds délégués (calcul de la rédaction).

Selon Le360, citant l’agence officielle MAP, le prêt court sur treize ans et va directement à l’ANP, sans garantie de l’État marocain. Le taux n’est pas publié, pas plus que l’origine de la bonification. L’ANP devra rembourser, et rien n’indique que les 100 millions aient déjà été versés.

Treize sites, dont au moins trois au Sahara occidental

La fiche de l’AFD dessine un périmètre plus large que le seul Sud. Elle cite notamment Nador, Casablanca, Jorf Lasfar, Safi (deux sites), Essaouira, Agadir, Sidi Ifni, Tan-Tan, Tarfaya, Laâyoune, Boujdour et Dakhla. Le programme court ainsi de Nador, sur la Méditerranée, jusqu’à Dakhla.

Selon Le360, reprenant la MAP, six sites des « provinces du Sud » figurent parmi les localités retenues des « provinces du Sud », selon sa propre expression : Tan-Tan, Tarfaya, Laâyoune, Boujdour, Dakhla et Lamhiriz. Cette dernière localité est absente de la fiche AFD. Lamhiriz, cité par la fiche, se situe selon la presse marocaine au sud de Dakhla, donc au Sahara occidental. Laâyoune, Boujdour et Dakhla se trouvent au Sahara occidental, territoire que l’Organisation des Nations unies inscrit sur sa liste des territoires non autonomes. Tan-Tan, Tarfaya et Sidi Ifni sont situés hors de ce territoire.

Aucune des deux parties ne publie la répartition des 100 millions par port : impossible de dire quelle fraction ira au Sahara occidental. Selon Le360, le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, a présenté ces investissements comme un moyen de mieux relier les « provinces du Sud », selon sa formule, au reste du pays. L’ambassadeur de France, Philippe Lalliot, a insisté sur la protection du littoral et redit l’engagement français, « y compris au Sahara » selon Le360 (traduction de la rédaction).

Le Sahel : une sortie engagée depuis 2022

Selon l’AFD, les nouveaux financements sont suspendus au Mali depuis novembre 2022, au Niger depuis le 29 juillet 2023 et au Burkina Faso depuis le 6 août 2023, avec clôture de la quasi-totalité des projets. Au Mali, elle avait engagé 355 millions d’euros entre 2019 et 2021.

Devant la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, le 8 juillet 2026, Christophe Lecourtier, directeur général de l’AFD depuis mai 2026 et ancien ambassadeur de France à Rabat, a parlé d’un « processus d’extinction accélérée dans les pays du Sahel ». Plus tard, à un député qui citait des financements au Mali, au Niger, au Burkina Faso, en Algérie et en Chine, il a répondu : « Il n’est pas question que l’AFD intervienne dans les pays qui nous ont claqué la porte sur les doigts. »

L’argent du Sahel finance-t-il les ports ? Rien ne le démontre. Évoquant l’arrêt des prêts à la Chine et la sortie du Mali, le directeur général a indiqué que « des crédits initialement prévus sur certaines zones ont ainsi pu être réaffectés à de nouveaux projets », sans montant ni destination. La fiche marocaine, elle, n’en dit rien.

Où va l’argent public français

Le groupe AFD a engagé 13,7 milliards d’euros en 2025 : 4,2 milliards en Afrique, 3,5 dans les Orients, dont 1,3 pour le voisinage européen, 3,3 en Amérique latine, 2,2 dans les Trois Océans. L’Afrique pèse 30 % de ces engagements, contre 40 % en 2024, soit environ 1,3 milliard de moins à total stable (estimation de la rédaction). L’Amérique latine progresse de 50 %.

L’AFD nuance : la moitié de son portefeuille de 35 milliards reste sur le continent. Christophe Lecourtier a promis aux députés que l’Afrique continuerait à représenter « environ 60 % de nos interventions », sans préciser le périmètre de ce chiffre, très éloigné des 30 % publiés. Il a aussi fixé à 60 % la part de l’effort budgétaire réservée aux pays les moins avancés, vulnérables ou en crise, ce qui pourrait expliquer l’écart, sans que la rédaction puisse le confirmer. L’agence ne donne pas, dans ce bilan, de ventilation par pays pour 2025.

La contrainte est budgétaire. Selon le directeur général, les crédits alloués à l’agence ont diminué d’environ 70 % entre 2024 et mai 2026, et de 80 % pour les subventions. Le bilan de l’AFD résume la suite d’une formule, « Moins de dons, plus de prêts », et évoque une adaptation à la solvabilité des partenaires. En 2025, le groupe a engagé 10,5 milliards de prêts pour 0,8 milliard de dons.

Dans ce modèle, le Maroc a un atout : l’ANP porte sa propre dette. Sandra Kassab, directrice Afrique de l’AFD, y voyait en novembre 2025 « notre premier terrain d’action », avec une exposition de l’ordre de 3,5 milliards d’euros. Reste une question : Christophe Lecourtier a annoncé qu’« aucun crédit budgétaire ne sera désormais consacré aux pays émergents, ce qui « ne signifie pas que nous cesserons pour autant toute coopération avec eux » », sans dire si le Maroc en fait partie.

Qui capte la valeur, sur un territoire disputé

Premier bénéficiaire visible : l’ANP, qui finance son plan sans recourir à une garantie de l’État. Côté français, l’AFD affirme que plus de 90 % de ses projets impliquent un acteur français, mais aucun marché n’est documenté à ce stade pour ce programme.

Le 30 juillet 2024, Emmanuel Macron a écrit au roi Mohammed VI que le présent et l’avenir du Sahara occidental s’inscrivaient dans le cadre de la souveraineté marocaine et que le plan d’autonomie était la seule base d’une solution, et Alger a rappelé son ambassadeur à Paris. Le Front Polisario, lui, revendique l’autodétermination. Depuis, le mandat de la mission de l’ONU a expiré le 31 octobre 2026 après un veto russe, et Rabat a gagné de nouveaux appuis. Ni ces votes ni ce prêt ne tranchent le statut du territoire.

Restent à connaître la convention de prêt, la ventilation par port, les marchés attribués et les décaissements. D’ici là, ce qui est établi tient en deux chiffres : 100 millions d’euros de prêt autorisés par l’AFD, et une Afrique passée de 40 à 30 % des engagements de l’AFD.

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