Le prix du carburant à la pompe ne bouge pas en Côte d’Ivoire du 1er au 30 novembre 2026 : le litre de super sans plomb reste à 905 francs CFA (F CFA), celui de gasoil à 725 F CFA et la bouteille de gaz butane de 12,5 kg à 5 200 F CFA. Mais ce maintien, reconduit pour un mois seulement, ne vaut pas pour tout le monde : les combustibles vendus à l’industrie augmentent, et le coût du dispositif pour l’État n’est pas publié.
Une grille valable un mois, pas un gel durable
Les tarifs figurent dans une note de la Direction générale des hydrocarbures (DGH), service du ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, qui fixe chaque mois les « prix maxima de détail » des produits pétroliers. Le site Koaci a relayé le 1er novembre 2026 cette note, valable « du 1er au 30 novembre 2026 » ; le quotidien Fraternité Matin en avait publié le détail le 31 octobre au soir.
Il s’agit donc d’une reconduction pour un mois, dans un mécanisme de révision mensuelle censé suivre les cours internationaux, et non d’un gel durable. Rien n’engage les prix de décembre.
Pour novembre, les prix plafonds sont les suivants :
- super sans plomb : 905 F CFA le litre ;
- gasoil : 725 F CFA le litre ;
- pétrole lampant : 780 F CFA le litre ;
- gaz butane domestique : 2 000 F CFA la bouteille de 6 kg, 5 200 F CFA celle de 12,5 kg, 6 965 F CFA celle de 15 kg, 8 125 F CFA celle de 17,5 kg, 11 610 F CFA celle de 25 kg et 13 000 F CFA celle de 28 kg.
Ces montants, concordants chez Koaci et Fraternité Matin, sont identiques à ceux d’octobre et de septembre 2026. La note elle-même n’a pas été retrouvée en ligne.
Prix du carburant : deux hausses en 2026 avant la pause
La stabilité actuelle suit deux relèvements. Jusqu’à fin avril 2026, le super était à 820 F CFA et le gasoil à 675 F CFA, selon l’Agence ivoirienne de presse (AIP). Au 1er mai, ils sont passés à 875 et 700 F CFA, puis, au 1er août, à 905 et 725 F CFA. Le pétrole lampant et le butane domestique n’ont pas été modifiés.
Par rapport au printemps, le litre de super a donc pris 85 F CFA (environ +10 %) et celui de gasoil 50 F CFA (environ +7 %). Pour un taxi ou un transporteur qui fait le plein chaque jour, la pause de novembre évite une troisième marche, sans effacer les deux premières. Le maintien du butane domestique, lui, ne profite qu’aux ménages qui cuisinent au gaz, pas à ceux qui utilisent le charbon de bois.
Qui paie la stabilité à la pompe ?
Selon une dépêche de l’AIP du 2 août 2026, qui cite le ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, l’État a mobilisé « près de 200 milliards de FCFA » « jusqu’à fin août 2026 » pour amortir la crise pétrolière. Sans intervention, toujours selon le ministère, le super aurait atteint 1 120 F CFA et le gasoil 894 F CFA en août. Le baril était alors passé de 71 dollars en février à un pic de 144 dollars en avril, avant de revenir vers 90 dollars fin juillet.
Ce montant n’est ventilé ni entre subventions directes et recettes fiscales abandonnées, ni par mois. Aucun chiffre n’a été retrouvé pour septembre, octobre ou novembre : il serait inexact d’attribuer un coût au maintien des prix de novembre.
Or la question de gouvernance est là : quelle part de l’effort repose sur le budget, sur la fiscalité, sur les marges des opérateurs ? Sans cette ventilation, le public constate la stabilité sans savoir qui la finance.
L’industrie, variable d’ajustement
Les tarifs industriels, eux, montent en novembre, selon Fraternité Matin. Le distillat diesel oil (DDO), utilisé par les entreprises et les groupes électrogènes, passe de 1 051 à 1 104 F CFA le kilo, et le DDO exonéré de 977 à 1 030 F CFA. Le fuel oil 180, destiné à l’industrie et aux centrales thermiques, passe de 546 à 600 F CFA le kilo.
La hausse la plus forte touche le butane en vrac à usage industriel : d’environ 660 à 896 F CFA le kilo selon le site Œil d’Afrique, soit près de +36 % en un mois. Selon Fraternité Matin, ce tarif s’appliquerait aussi aux bouteilles de plus de 28 kg, utilisées par les boulangeries et les restaurants. Une partie du surcoût pourrait se retrouver dans le prix du pain ou des repas, sans qu’aucune étude ne permette de le mesurer.
Ce que dit vraiment la Banque mondiale
Un chiffre circule depuis fin octobre en Côte d’Ivoire : une hausse de 18 % des prix alimentaires d’ici 2027. Il est réel, mais souvent mal attribué. Il ne vient pas d’un rapport sur l’économie ivoirienne : il provient des perspectives des marchés des matières premières (Commodity Markets Outlook) publiées par la Banque mondiale le 28 octobre 2026, un rapport mondial qui ne cite pas le pays.
Selon ce rapport, les cours mondiaux des produits alimentaires devraient progresser d’environ 10 % en 2026 puis de 7 % en 2027, soit 18 % cumulés. Ce sont des cours internationaux, pas les prix des étals d’Abidjan, où jouent aussi les récoltes locales, le transport et les marges. L’institution prévoit aussi une hausse de 32 % des prix de l’énergie en 2026, avec un Brent à 91 dollars en moyenne contre 69 dollars en 2025.
Décembre, premier test de la soutenabilité
Le maintien du prix du carburant à la pompe atténue un canal de transmission de la vie chère, le transport, sans pouvoir neutraliser la hausse des céréales importées ou des engrais. Dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), six pays sur huit ont augmenté leurs prix, selon notre comparatif des prix du carburant dans la zone.
Trois éléments permettront de juger la politique ivoirienne : la grille de décembre, la publication d’un coût actualisé du soutien aux prix, et l’évolution de l’inflation alimentaire mesurée par l’Agence nationale de la statistique (Anstat). Pour situer Abidjan sur le continent, notre panorama des prix des carburants en Afrique reste une base de comparaison.







