JOJ Dakar : l’État prévoit 91 milliards FCFA de chantiers

Piscine olympique nationale de Dakar, l'un des sites des JOJ Dakar rénovés grâce à un prêt de l'AFD

Les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026, premier événement olympique organisé en Afrique, se tiennent du 31 octobre au 13 novembre 2026. Le budget d’organisation affiché est de 32 milliards de francs CFA (FCFA), financés à 60 % par le Comité international olympique (CIO) et ses partenaires, selon le comité d’organisation. Mais la loi de finances 2026 réserve à elle seule « au moins 91 milliards FCFA » aux infrastructures des JOJ Dakar, et aucun document public ne consolide la facture totale.

Le budget du COJOJ : 32 milliards, financés à 60 % hors du Sénégal

Le chiffre de 32 milliards a été donné par Mamadou Diagna Ndiaye, président du Comité d’organisation des JOJ (COJOJ), dans un entretien publié par Le Soleil le 15 octobre 2026. Il présente ce budget opérationnel comme « sécurisé à 100 % et public », et rejette le montant de 80 milliards avancé par certains commentateurs. Les dépenses de l’État en routes, en eau et en stades relèvent selon lui d’une autre logique : un patrimoine qui restera au pays, qu’il ne chiffre pas.

Ce budget ne recoupe pas le plan de financement officiel antérieur. Le compte rendu du Conseil interministériel du 15 octobre 2024, publié par la Primature, prévoyait 36 milliards FCFA de l’État, dont 7,5 milliards alors mobilisés, plus 5,7 milliards de contreparties et de travaux. Il attendait 54 milliards du CIO, « non encore mobilisés », 1,8 milliard des fédérations internationales de baseball et de wushu, 3,6 milliards de billetterie et de recettes commerciales et 7,5 milliards d’agences internationales.

Or 60 % de 32 milliards font 19,2 milliards, selon un calcul de la rédaction, loin des 54 milliards inscrits en 2024. Ni le COJOJ ni le CIO n’ont publié de tableau expliquant l’écart. Le CIO ne publie pas non plus, à notre connaissance, le montant de sa contribution à l’organisation de Dakar 2026.

Infrastructures : l’essentiel de la facture pour l’État

Le gros de l’effort public se trouve ailleurs. La note au public de la Primature sur le budget 2026, publiée en décembre 2025, inscrit un « programme d’infrastructures pour les Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) : au moins 91 milliards FCFA », auxquels s’ajoutent 6,9 milliards pour des infrastructures sportives de proximité. C’est près de trois fois le budget d’organisation du COJOJ, sur la seule année 2026. Le document ne ventile pas ce montant par site.

Une partie des chantiers est financée à crédit. Selon sa fiche projet, l’Agence française de développement (AFD) a accordé à la République du Sénégal un prêt de 80 millions d’euros, soit environ 52,5 milliards FCFA à la parité fixe, sur une période courant du 4 novembre 2022 au 4 novembre 2026. Il finance la réhabilitation du stade Iba Mar Diop et de la piscine olympique de Dakar, des terrains de proximité dans les quartiers mal équipés et une stratégie de gestion et de maintenance. Les documents consultés ne disent pas si ce prêt est compris dans les 91 milliards.

Un prêt n’est pas une subvention : il devra être remboursé, à un moment où la dette du Sénégal est au centre d’une restructuration. Le coût du stade Abdoulaye Wade, de Dakar Arena ou du village de Diamniadio n’est pas imputé aux JOJ dans les documents publics consultés par NotreAfrik, et le coût d’entretien après les Jeux n’est pas publié.

Retombées des JOJ Dakar : une estimation privée

Le chiffre le plus cité, 649,2 milliards FCFA de richesse supplémentaire entre 2024 et 2026, soit environ 1 % du produit intérieur brut (PIB), ne vient ni de l’État ni du CIO. Il sort du simulateur Sunu-impact du cabinet Gaye et Associés Consulting, dont le directeur général, l’économiste-statisticien Babacar Gaye, a détaillé les résultats à Seneweb le 31 octobre 2026.

La fourchette va de 342,6 à 1 044,3 milliards selon les hypothèses, avec 97,4 milliards de recettes fiscales et 30 382 emplois-années, dont une bonne part temporaire. Babacar Gaye parle lui-même d’ordres de grandeur issus d’une simulation, pas de certitudes, et recommande une évaluation indépendante. La méthodologie complète n’est pas publiée.

Une telle estimation doit être lue avec prudence. Tout visiteur n’est pas un visiteur supplémentaire, toute dépense n’est pas un gain net, et une partie des marchés rémunère des fournisseurs étrangers. Le montant des contrats ne dit pas la valeur restée au Sénégal : elle dépend des achats et des recrutements locaux, qu’aucune liste publique des marchés ne permet aujourd’hui de mesurer.

Qui capte la valeur, qui paie la suite ?

Les gagnants immédiats sont identifiables : entreprises de génie civil, de sécurité, de transport, hôtels et restaurants de Dakar, Diamniadio et Saly, sponsors en quête de visibilité. Le dispositif de sécurité, qui mobilise 14 600 personnels, montre aussi l’ampleur des dépenses publiques indirectes, qui n’entrent pas dans le budget du COJOJ.

La facture durable, elle, revient au contribuable : remboursement du prêt, entretien des sites, subventions éventuelles si les équipements ne s’autofinancent pas. Une piscine rénovée mais trop chère pour les clubs et les écoles, ou fermée faute de maintenance, rapporterait moins que prévu. Le président Bassirou Diomaye Faye veut, selon Le Soleil, que le sport devienne une économie ; aucun objectif chiffré ni fonds dédié n’accompagne encore ce cap.

Un bilan consolidé à publier après les Jeux

En août, NotreAfrik recensait 30 mesures de préparation des JOJ et les dates à surveiller. Selon le communiqué du Conseil des ministres du 28 octobre 2026, repris par la presse, il doit encore finaliser une stratégie d’héritage dépassant les infrastructures ; elle n’est pas publiée.

Pour juger l’opération, il faudra un compte consolidé séparant ce qui aurait été construit sans les Jeux, les dépenses strictement événementielles et les coûts récurrents, puis un suivi de la fréquentation des sites sur plusieurs années. D’ici là, la seule certitude chiffrée est budgétaire : l’État a inscrit pour les JOJ un effort d’infrastructures près de trois fois supérieur au budget d’organisation mis en avant.

Abonnez vous à notre newsletter

Articles similaires

Get the app