Sahara occidental : veto russe, la mission de l’ONU expire

Salle du Conseil de sécurité de l'ONU à New York, où le mandat de la mission au Sahara occidental n'a pas été renouvelé

À l’ONU, le Conseil de sécurité n’a pas renouvelé, le 30 octobre 2026, la mission des Nations unies au Sahara occidental, la MINURSO. Un veto russe a bloqué le texte américain, le contre-projet russe n’a pas réuni assez de voix, et le mandat a expiré le 31 octobre à minuit, heure de New York. C’est l’issue du vote que nous annoncions dans notre article sur le budget et l’échéance de la MINURSO : reste à savoir qui surveillera désormais le cessez-le-feu.

Ce que l’ONU a réellement voté sur le Sahara occidental

Entre « veto russe », « revirement russe » et compromis franco-britannique, le compte rendu officiel de la séance, publié par le service de presse de l’ONU sous la cote SC/16498, permet de trancher. Deux projets de résolution ont été mis aux voix le 30 octobre 2026, et aucun n’a été adopté.

Le premier, déposé par les États-Unis (document S/2026/868), a obtenu 11 voix pour, 3 abstentions et 1 voix contre, celle de la Russie. Membre permanent, Moscou a donc opposé son veto. Le second, présenté par la Russie (S/2026/870), prévoyait une simple prolongation jusqu’au 31 octobre 2027 : il n’a recueilli que 3 voix pour (Chine, Somalie, Russie), 1 contre (États-Unis) et 11 abstentions, alors qu’il en fallait 9.

Le « revirement » tient à un changement d’attitude : en 2025, la Russie s’était abstenue lors de l’adoption de la résolution 2797, qui avait prolongé la mission d’un an. Elle a cette fois voté contre. Quant au compromis prêté à Paris et à Londres, il n’a donné lieu à aucun nouveau vote au 1er novembre 2026.

Le texte américain prolongeait la mission d’un an mais retirait le mot « référendum » de son nom. Selon Al Jazeera, il faisait aussi du plan d’autonomie proposé par Rabat en 2007 la seule base des négociations et demandait un recensement des réfugiés.

Washington, Moscou et Pékin s’opposent sur une lettre

Pour la délégation américaine, conduite par l’ambassadeur Mike Waltz, il est « regrettable » qu’en 2026 un veto serve à « préserver la lettre R » de référendum. Elle juge le statu quo « inacceptable » et demande que tout retrait soit « ordonné et stable ».

Le représentant russe, l’ambassadeur Vassily Nebenzia selon Al Jazeera, estime que le texte américain « aurait pu inverser l’ensemble du processus » et imposait une solution unilatérale. Il qualifie son vote de « veto salvateur, pour ainsi dire ». Selon Al Jazeera, il a ajouté que le Conseil ne pouvait pas trancher d’avance les questions de souveraineté.

Le délégué chinois, qui s’est abstenu, a jugé les consultations insuffisantes : le mandat d’une mission « ne doit pas servir à exercer une pression politique ». Le représentant de la France a regretté le veto et averti qu’une fermeture brutale serait « extrêmement alarmante » dans un contexte de reprise des tensions. Celui du Royaume-Uni a exprimé son « immense déception ».

Rabat, Alger et le Front Polisario : trois lectures

Le Cabinet royal marocain a pris acte du non-renouvellement dès le 30 octobre au soir. Selon Al Jazeera, il demande que le personnel et le matériel de l’ONU partent dans les prochains jours et que la question soit retirée de l’ordre du jour du Conseil. Il se dit attaché au cessez-le-feu. En séance, le représentant du Maroc a accusé l’Algérie de saper le travail du Conseil et a appelé à laisser les habitants des camps de Tindouf « rentrer chez eux ».

Le représentant de l’Algérie a remercié la Russie pour son projet de « reconduction technique » et dénoncé un « échec de ce Conseil de sécurité ». Le ministère algérien des Affaires étrangères a ensuite exprimé ses regrets et jugé le texte américain trop favorable à Rabat. Pour le Front Polisario, son représentant à l’ONU, Sidi Omar, a salué le veto russe, estimant que le projet américain menaçait l’autodétermination des Sahraouis.

Chacun peut revendiquer un gain, mais aucun ne repart avec un règlement. Rabat obtient le départ d’une mission qu’il réclame désormais, sans que le Conseil n’adopte le texte qui lui était favorable. Le Polisario évite ce texte, mais perd des observateurs internationaux capables de constater les incidents. Aucun de ces votes ne vaut reconnaissance d’une souveraineté sur le territoire.

Sans MINURSO, qui surveille le cessez-le-feu ?

Il faut distinguer trois choses : le rejet d’un texte, l’expiration d’un mandat et le démantèlement d’une mission. Les deux premiers sont acquis. Pour le troisième, le site marocain Yabiladi rapporte, le 1er novembre 2026, une déclaration du porte-parole du Secrétaire général, Stéphane Dujarric : une période de liquidation aurait commencé le jour même, confiée à une équipe réduite chargée du rapatriement des équipements. Cette déclaration n’a pas été retrouvée sur le site de l’ONU au moment de la rédaction.

La mission comptait 155 militaires, selon Reuters et Al Jazeera, pour un budget d’environ 62 millions de dollars sur l’exercice ouvert en juillet 2026. L’ONG Oxfam, citée par Al Jazeera, craint que la perte de ses fonctions de surveillance et de désescalade ne fragilise la sécurité. Des hostilités de faible intensité se poursuivent depuis la reprise de la lutte armée annoncée par le Polisario en novembre 2020.

Pour les habitants du territoire et les réfugiés des camps de Tindouf, en Algérie, l’aide humanitaire relève d’autres agences et ne s’arrête pas mécaniquement. Mais sans observateur reconnu par tous, les versions contradictoires d’un même incident deviendront plus difficiles à départager.

Après le vote, ce qui peut encore changer

Une nouvelle résolution reste juridiquement possible, à condition de réunir 9 voix sans veto. Le 31 octobre au soir, Yabiladi affirmait, sur la foi d’une source anonyme, que la France et le Royaume-Uni cherchaient un compromis pour éviter un retrait définitif. Ni sa durée ni ses termes n’ont été publiés.

Le précédent existe : en 2009, la mission de l’ONU en Géorgie avait fermé après un veto russe. L’envoyé personnel du Secrétaire général, Staffan de Mistura, reste chargé du dossier. Début octobre, trois États de plus affichaient leur appui à Rabat, comme nous le relevions dans notre point sur les appuis diplomatiques au Sahara occidental. Le vote du 30 octobre montre surtout que ces soutiens ne suffisent pas à faire adopter un texte quand un membre permanent s’y oppose.

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