Le 26 octobre 2026, l’eurobond du Gabon à échéance 2034 s’échangeait à 77,83 % de sa valeur nominale sur la Bourse de Francfort, soit 7,9 % sous son prix d’émission, selon Sika Finance. Deux jours plus tard, le 28 octobre, la plateforme African Eurobonds le donnait à 80,75 à l’achat et 82,00 à la vente : l’écart avec le prix d’émission est revenu autour de 3,7 %. Dans les deux cas, le marché exige davantage que les 12,8 % que Libreville a acceptés il y a deux semaines.
Un eurobond du Gabon vendu avec une forte décote
Le 14 octobre 2026, le ministère de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations a annoncé la levée de 580 millions de dollars (près de 340 milliards de francs CFA) sur huit ans, avec un coupon de 9,375 %, dans un communiqué publié sur son site. Selon Gabon Media Time, le carnet d’ordres a approché le milliard de dollars après des rencontres du ministre Thierry Minko avec plus d’une centaine d’investisseurs, et la prime de risque était inférieure d’environ 50 points de base à celle de juillet.
Le coupon ne dit pas le coût réel. Le cabinet Squire Patton Boggs, conseil juridique de la République gabonaise, indique un rendement de 12,8 % à l’émission. Sika Finance donne un prix de placement de 84,527 % du nominal, cohérent avec ce rendement d’après notre propre calcul. Pour 580 millions de dollars à rembourser, l’État a donc encaissé environ 490 millions de dollars avant frais.
Le titre (code ISIN XS3517332253), coté à la Bourse de Londres et réglé le 21 octobre 2026, s’amortit en trois tranches égales en octobre 2032, 2033 et 2034. Le Trésor versera environ 27,2 millions de dollars de coupon chaque semestre jusqu’au premier remboursement. Selon notre calcul, les intérêts cumulés sur la vie du titre atteignent environ 380 millions de dollars. Squire Patton Boggs précise que les fonds serviront au service de la dette, y compris l’apurement de certains arriérés, et aux besoins budgétaires généraux.
7,9 % ou 3,7 % : une question de date et de source
Le chiffre de 7,9 %, repris le 27 octobre par Financial Afrik sous le titre d’un décrochage de « près de 8 % », vient d’une cotation indicative relevée en début de séance le 26 octobre sur Finanzen.at. Sika Finance précise lui-même qu’il ne s’agit pas d’un cours de clôture. Le recul est de 6,7 points de prix, soit 7,92 % de la valeur d’émission.
La dernière clôture indicative disponible, celle du 28 octobre 2026 sur African Eurobonds, situe le titre autour de 81,4 en milieu de fourchette. La perte se réduit alors à environ 3,2 points, soit 3,7 % : c’est un calcul de la rédaction. Ces prix restent indicatifs, et la plateforme rappelle qu’il ne s’agit pas de cotations exécutables.
Prix et rendement évoluent en sens inverse. Un titre acheté 77,83 rapporterait environ 14,6 % par an jusqu’à l’échéance, et environ 13,6 % au prix du 28 octobre, selon notre calcul. Dès le 23 octobre, la plateforme MSA Trader citée par Sika Finance affichait un rendement de 14,101 %, soit 130 points de base au-dessus du niveau d’émission.
Qui paie, qui gagne
La baisse sur le marché secondaire ne change rien à ce que le Gabon doit : coupon et capital restent fixés par le contrat. Les perdants immédiats sont les investisseurs qui ont souscrit à 84,5 et revendent plus bas. Les acheteurs du 26 octobre, eux, captent un rendement supérieur à 14 % sur une dette en dollars.
Pour l’État, l’addition viendra plus tard. Un titre durablement sous son prix d’émission sert de référence aux investisseurs pour fixer le prix de la prochaine émission. Or le Gabon a déjà levé 1,5 milliard de dollars en moins de trois mois, après les 920 millions de dollars empruntés en juillet au même coupon, ce qui épuise le plafond d’emprunt extérieur inscrit au budget rectificatif 2026.
Toute la courbe gabonaise sous le pair
Le titre 2034 n’est pas isolé. Le 28 octobre 2026, African Eurobonds affichait le 9,375 % 2033 à 83,375-84,50, le 7 % 2031 à 80,50-81,375 et le 9,5 % 2029 à 90,375-91,375. La plateforme recense cinq eurobonds gabonais en circulation, pour 3,46 milliards de dollars : les quatre dont nous avons relevé la clôture s’échangent tous sous leur valeur nominale.
Les agences de notation expliquent une partie de cette méfiance. Fitch a confirmé le 22 mai 2026 la note CCC- du Gabon en devises, synonyme de risque de défaut substantiel. Moody’s maintient la note Caa2 et, selon Financial Afrik, a abaissé la perspective à négative en juin 2026. Aucune notation actuelle de S&P n’a été trouvée dans les sources examinées.
Le stock de dette lui-même reste discuté. Comme nous l’expliquions le 15 octobre, l’audit officiel et la Banque mondiale divergent sur le ratio d’endettement, et le Fonds monétaire international (FMI) n’a pas encore ouvert de programme. Le rendement de 14,1 % relevé le 23 octobre est antérieur au naufrage de la plateforme Prospector 5 sur le permis pétrolier Dussafu, le 24 octobre : aucune donnée ne permet d’attribuer la baisse à cet accident.
Le prix de la prochaine émission
Libreville a montré qu’elle pouvait encore accéder aux marchés internationaux. Le prix de cet accès reste élevé : plus de 12 % à l’émission, entre 13,5 % et 14,6 % sur le marché secondaire selon le jour retenu, d’après nos calculs. Pour un pays dont une part des emprunts sert à payer des échéances et des arriérés passés, chaque point de rendement supplémentaire alourdit la facture future.
Les prochains signaux à suivre sont la publication d’un chiffre de dette accepté par le FMI, un éventuel accord avec ses services et la tenue des cotations sur plusieurs semaines. Une seule séance ne fait pas une tendance, mais une courbe entière sous le pair en dessine une.








