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Palmier à huile : 90 milliards FCFA, combien au planteur ?

Tas de régimes et de fruits de palmier à huile devant une huilerie en tôle en Côte d'Ivoire

Dans la filière ivoirienne du palmier à huile, PALMCI, filiale du groupe SIFCA, affirme verser chaque année 90 milliards de francs CFA (FCFA), soit environ 137 millions d’euros, à 30 000 planteurs partenaires. Son directeur général l’a déclaré le 24 octobre 2026 à San Pedro. Le chiffre est un montant brut : ni l’entreprise ni l’État ne publient ce qu’il reste au planteur une fois ses charges payées.

La déclaration a été faite place Saint-Pierre, à San Pedro, lors de la clôture de la Journée du planteur, une manifestation organisée par PALMCI depuis 2016. Selon l’Agence ivoirienne de presse (AIP), qui en a rendu compte le 25 octobre 2026, Lacina Coulibaly, directeur général de PALMCI, a résumé : « Chaque année, ce sont 90 milliards de francs CFA qui leur sont versés. » Il a ajouté que ces 30 000 planteurs assurent 75 % de l’approvisionnement des usines de l’entreprise.

Ce que disent les 90 milliards de PALMCI

Le directeur général a aussi cité, selon l’AIP, environ 3 milliards FCFA par an d’assistance technique, 2 milliards FCFA par an d’entretien des routes de desserte et 27 000 plantations géolocalisées. Ces dépenses financent des services et des pistes, pas les revenus des ménages.

Divisés par 30 000, les 90 milliards donnent une moyenne de 3 millions FCFA par planteur et par an, soit 250 000 FCFA par mois. C’est un calcul de la rédaction : des recettes brutes moyennes, pas un revenu, qui mélangent petits et grands exploitants. Le rapport annuel 2025 de PALMCI situe ces fournisseurs sur environ 145 000 hectares de plantations villageoises, soit près de 5 hectares en moyenne, là encore par calcul de la rédaction.

Le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, présent à San Pedro, a lui-même déplacé la question vers la rentabilité. Selon Fraternité Matin, il a réclamé une pesée juste, une information claire sur les prix et des paiements à l’heure : « Produire davantage doit nous permettre de mieux vivre. »

Un prix du régime fixé par l’État

Le planteur ne négocie pas son prix. Depuis décembre 2020, l’État plafonne le prix de l’huile de palme brute pour protéger le consommateur, rappelle le rapport annuel 2025 de PALMCI. Le Conseil Hévéa-Palmier à huile-Coco (CHPC), autorité de régulation, a fixé par une note du 31 décembre 2025 le régime bord champ à 80 000 FCFA la tonne pour janvier 2026, et l’huile brute à 620 000 FCFA la tonne. En octobre 2026, le site du CHPC affiche un prix du régime de 90 FCFA le kilo, communiqué par l’interprofession (AIPH).

Ces prix ne sont pas nets pour le producteur. La note de décembre 2025 précise que les cotisations professionnelles de l’interprofession et l’acompte sur l’impôt sur les bénéfices restent à sa charge, sans en publier le montant. Le rapport annuel de PALMCI mentionne aussi des « retenues légales » opérées sur les planteurs villageois au titre de leurs contributions aux charges de la filière.

Les chiffres de PALMCI ne se raccordent pas simplement. En 2025, l’entreprise a acheté 766 402 tonnes de régimes aux plantations villageoises. Au prix de 80 000 à 90 000 FCFA la tonne, cela représente 61 à 69 milliards FCFA, calcul de la rédaction, en deçà des 90 milliards annoncés. PALMCI n’a pas expliqué publiquement cet écart, qui peut tenir au transport, à des primes ou au périmètre retenu.

Que reste-t-il au planteur après les charges ?

Aucun coût de production officiel et daté par hectare n’a été trouvé auprès du CHPC, de l’AIPH ou du ministère. Main-d’œuvre de récolte, engrais, entretien, transport des régimes jusqu’à l’usine et cotisations restent à la charge du planteur, mais leur poids n’est pas chiffré publiquement.

Le transport compte particulièrement : un régime coupé doit être usiné vite. La proximité d’une usine, l’état de la piste et la fiabilité du pont-bascule pèsent sur le prix réellement encaissé. Le 29 juillet 2026, le CHPC a ordonné l’arrêt des achats sur les ponts-bascules non homologués dans les filières hévéa, palmier et coco.

Le partage dépend aussi de la concurrence entre acheteurs. Dans son rapport annuel, PALMCI accuse certains raffineurs de payer les régimes au-dessus du prix plafonné et de « violer les règles », ce qui pèse selon elle sur ses marges. Pour le planteur, cette surenchère peut être une aubaine ; elle montre surtout que le prix officiel n’est pas toujours le prix payé.

Une entreprise de plus en plus dépendante des villages

Le rapport annuel 2025 montre un basculement. Les plantations industrielles de PALMCI ont produit 603 421 tonnes de régimes, en recul de 11 % en raison de l’abattage et de la replantation, tandis que les achats villageois progressaient de 13 %. La part villageoise atteint ainsi environ 56 % des régimes, calcul de la rédaction, contre 75 % de l’approvisionnement cités par le directeur général, un écart qui peut tenir au périmètre retenu.

En 2025, PALMCI a réalisé 197,6 milliards FCFA de chiffre d’affaires (+15 %) et 15,5 milliards FCFA de bénéfice net. Au premier semestre 2026, selon son rapport publié à la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), le chiffre d’affaires a reculé de 15 % et le résultat net de 41 %, à 13,5 milliards FCFA. Ces comptes ne disent pas la marge réalisée sur les régimes achetés aux planteurs.

Les chiffres qui manquent pour juger

Pour savoir qui capte la valeur, il faudrait quatre données publiques : le prix moyen effectivement payé par tonne, le coût de production par hectare, le revenu net médian des planteurs et la part du prix final de l’huile revenant à chaque maillon. Aucune n’est publiée aujourd’hui. Le programme de 1 077 milliards FCFA de relance des filières palmier à huile et coco serait l’occasion de les produire.

La pression va croître. Le rapport annuel 2025 de PALMCI prévient que la mise en conformité avec le règlement européen contre la déforestation (relevés GPS, surveillance satellitaire) pèsera sur le coût de revient. La concurrence asiatique s’installe aussi en Afrique, comme le montrent les projets indonésiens d’huile de palme sur le continent. Si la traçabilité devient une condition d’achat, son coût reviendra en partie aux 30 000 planteurs.

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