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Fonds du Botswana : 1 milliard de pulas pour l’après-diamant

Fosse à ciel ouvert de la mine de diamants de Jwaneng, source des dividendes qui alimenteront le fonds du Botswana pour l'après-diamant

Le 21 octobre 2026, De Beers a versé 1 milliard de pulas, environ 73 millions de dollars, au Diamonds for Development Fund, le fonds du Botswana chargé de préparer l’après-diamant. Présidé par l’ancien patron de la Banque africaine de développement (BAD), le fonds doit ensuite être alimenté par les dividendes du diamant, au moment où le prix moyen réalisé par De Beers a chuté de 45 % en un an. Un fonds financé par le diamant peut-il vraiment préparer la sortie du diamant ?

Un fonds du Botswana né de l’accord avec De Beers

Le Diamonds for Development Fund (Fonds « Diamants pour le développement ») n’est pas un fonds souverain classique. Il découle des accords signés le 27 février 2025 entre le gouvernement botswanais et De Beers sur l’avenir de Debswana, la coentreprise détenue à parts égales par l’État et le groupe, qui produit l’essentiel des diamants du pays.

Selon le communiqué publié à la signature, De Beers s’engageait à verser 1 milliard de pulas d’emblée, puis des « contributions annuelles » prélevées sur les dividendes qu’il perçoit de Debswana, « en fonction des performances » de la coentreprise. Aucun montant annuel n’était fixé. C’est ce premier milliard qui vient d’être transféré, annoncé conjointement le 21 octobre 2026 par le gouvernement et De Beers.

La conversion varie (environ 75 millions de dollars en février 2025, 73 millions selon Rapaport et l’Agence Ecofin en octobre 2026) ; le montant contractuel est en pulas. Le communiqué conjoint parle de la « contribution initiale » de De Beers, tandis que le Botswana Daily News, quotidien gouvernemental, écrit que l’État et De Beers ont « avancé » ensemble ce milliard.

Adesina à la tête d’un conseil de dix membres

Le 29 mai 2026, De Beers et le gouvernement ont annoncé la nomination de Akinwumi Adesina à la présidence du fonds, effective le 15 juin 2026. Cet économiste nigérian a dirigé la BAD de 2015 à septembre 2025, comme le retrace sa biographie. Le fonds est doté d’un conseil indépendant de dix membres, dont la liste nominative n’a pas été publiée.

Selon le communiqué du 21 octobre, ce conseil a tenu ses premières réunions à Gaborone en septembre 2026 et y a rencontré le président Duma Boko, des chefs d’entreprise et des institutions financières. Le fonds se présente comme une plateforme d’investissement « catalytique », destinée à attirer des capitaux privés, institutionnels et internationaux bien plus importants que sa dotation.

« La réception de la contribution initiale marque une étape importante », a déclaré Akinwumi Adesina, président du fonds, ajoutant que celui-ci passe désormais à la mise en œuvre. Pour Bogolo Kenewendo, ministre des Minéraux et de l’Énergie, il s’agit d’« un instrument stratégique pour faire avancer la transformation économique du Botswana ».

Un capital versé, pas encore un seul projet financé

Entre l’argent versé, les investissements engagés et les résultats mesurables, seule la première étape est acquise. Le fonds achève encore sa stratégie et son plan d’affaires ; le communiqué ne cite ni bénéficiaire, ni secteur prioritaire, ni objectif chiffré d’emplois. Ses statuts et ses règles de prévention des conflits d’intérêts ne sont pas publics.

La vraie question est celle de la répartition : le fonds financera-t-il surtout de grandes entreprises déjà bancarisées, ou des PME et fournisseurs locaux en quête de capital patient ? Sans indicateurs annuels publiés (capital investi hors diamant, capitaux privés mobilisés, emplois créés), personne ne pourra en juger.

Une dotation indexée sur le marché qu’elle doit compenser

La principale fragilité tient à la construction même du fonds. Au-delà du premier milliard, il dépend des dividendes de Debswana, donc d’un marché en crise. D’après le rapport de production publié par De Beers le 20 octobre 2026, le prix moyen réalisé sur ses ventes de brut est tombé à 84 dollars le carat au troisième trimestre, contre 154 dollars un an plus tôt. Sur neuf mois, la baisse atteint 37 %, et l’indice des prix du brut a reculé de 20 % sur le trimestre.

De Beers cite la pression des diamants de synthèse sur les pierres naturelles bon marché (voir l’essor du diamant de laboratoire en Inde). Les volumes, eux, sont contrastés : la production au Botswana a baissé de 20 % au troisième trimestre, à 4,83 millions de carats, en raison d’une maintenance planifiée à Orapa, mais elle progresse de 14 % sur neuf mois. De Beers prévient qu’une maintenance à Jwaneng réduira « substantiellement » la production au quatrième trimestre.

L’enjeu budgétaire est réel. Le diamant reste le premier produit d’exportation, entre un peu plus de la moitié et environ 80 % des ventes selon les sources et les périodes, et environ un tiers des recettes publiques selon l’Agence Ecofin. Selon la Banque mondiale, citée par la même agence, l’économie s’est contractée de 2,8 % en 2024 puis de 0,7 % en 2025.

Qui capte la valeur du diamant botswanais

Les accords de 2025 ont aussi modifié le partage en aval de la mine. Le contrat de vente de dix ans, prolongeable de cinq ans, attribue à Okavango Diamond Company (ODC), société publique de commercialisation, 30 % de la production de Debswana pendant cinq ans, puis 40 % les cinq années suivantes, et 50 % en cas de prolongation. Les licences de Debswana sont prolongées d’août 2029 à juillet 2054.

Le Botswana occupe ainsi plusieurs positions à la fois : coactionnaire de la mine, vendeur direct via ODC, actionnaire de De Beers à hauteur de 15 %, et bénéficiaire d’un fonds alimenté par ce même groupe. Selon Bloomberg, citant des sources anonymes le 13 octobre 2026, cette part pourrait monter à environ 25 % lors de la cession de De Beers par Anglo American ; aucune transaction n’est annoncée.

Ce qui décidera de l’après-diamant

Un milliard de pulas, sans stratégie publiée, ne prépare pas à lui seul la diversification. Le Botswana a déjà tenté d’autres pistes, jusqu’au cannabis médical et au chanvre, et le Fonds monétaire international (FMI), cité par l’Agence Ecofin, désigne des obstacles plus structurels : accès au financement et au foncier, approvisionnement électrique insuffisant.

Le versement du 21 octobre 2026 est un commencement vérifiable. La prochaine preuve attendue est la publication de la stratégie du fonds, avec ses premiers projets et ses objectifs chiffrés.

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