Réunis vendredi 23 octobre à Bruxelles, décideurs publics, financiers, professionnels de santé et entrepreneurs ont confronté leurs approches pour renforcer la souveraineté sanitaire africaine. Entre production pharmaceutique, mobilisation des capitaux et innovations technologiques, la 12e édition du forum a mis en évidence les conditions d’une transformation durable des systèmes de santé du continent.
Comment soigner davantage d’Africains sans dépendre presque entièrement des solutions venues d’ailleurs ? Et surtout, qui financera les infrastructures, les médicaments, les technologies et les entreprises nécessaires à cette ambition ? Ces interrogations ont traversé les travaux de la 12e édition du Rebranding Africa Forum (RAF), vendredi 23 octobre 2026, dans l’hémicycle du Brucity, à Bruxelles. Placée sous le thème « Systèmes de santé en Afrique : innover pour soigner, soigner pour développer », cette rencontre a réuni responsables institutionnels, banquiers, assureurs, professionnels de santé, chercheurs et entrepreneurs.
Dès l’ouverture, Paule-Renée Etogo-Ebongué, directrice générale du RAF, a situé les enjeux au-delà de la seule amélioration de l’offre de soins. « Investir dans la santé, c’est investir dans l’éducation, dans la productivité, dans la stabilité sociale et dans la croissance », a-t-elle souligné. Une manière de rappeler que les dépenses sanitaires doivent aussi être considérées comme des investissements dans le capital humain et le développement économique.
Premier invité de marque à prendre la parole, Pierre Dimba, ministre ivoirien de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, a présenté l’expérience de son pays autour de la Vision sanitaire 2030. Son entretien, conduit par Léone Ouédraogo, a porté sur deux ambitions complémentaires : élargir l’accès des populations à la couverture maladie et renforcer la souveraineté pharmaceutique. L’expérience ivoirienne a ainsi servi de point d’entrée à une question majeure pour les États africains : comment garantir un meilleur accès aux soins tout en réduisant la dépendance aux médicaments et aux équipements importés ?
Le financement de cette transformation a occupé une place centrale dans l’intervention suivante. Face à Bridget Uzezi Ugwe, le Dr George Agyekum Donkor, président de la Banque d’investissement et de développement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (BIDC), a inscrit son propos dans une perspective plus large : financer les populations, stimuler la prospérité et accélérer l’intégration régionale. La réflexion a notamment porté sur le rôle des institutions financières régionales dans la mobilisation des ressources et le soutien aux investissements structurants. Car développer une industrie de la santé suppose des capitaux de long terme, des infrastructures et des mécanismes de financement adaptés aux réalités africaines.
Produire localement, mais avec quels moyens ?
Cette problématique a été approfondie lors du premier panel, consacré à la souveraineté sanitaire et au financement durable. Autour de Léocadie Ebakissé, modératrice des échanges, trois expertises ont été confrontées : celle du Dr Didier Ngambe Mouliom, pharmacien industriel et fondateur de l’Institut africain des médicaments ; celle du Dr Basile Tchakounté, secrétaire général du Fonds africain de garantie et de coopération économique (FAGACE) ; et celle du Dr Jackie Ndona Kingolo, médecin de santé publique et directrice pays d’Ucoopia en République démocratique du Congo.
Les discussions ont mis en perspective les défis de la production locale de médicaments, de la sécurisation des chaînes d’approvisionnement, des assurances santé et de la mobilisation des financements. L’enjeu est de rapprocher les besoins des populations, les capacités industrielles et les investisseurs. Les garanties financières, le partage des risques et les partenariats public-privé figurent parmi les instruments examinés pour rendre possibles des projets encore difficiles à financer.
La matinée a également fait une place à l’innovation. L’Innovation Time de la RAF Academy a été consacré aux startups HealthTech et aux solutions technologiques susceptibles d’améliorer l’accès aux soins. Au-delà de la présentation des innovations, l’exercice posait la question de leur déploiement à grande échelle, notamment dans les territoires où les services de santé demeurent insuffisants.
Les petites et moyennes entreprises du secteur sanitaire ont retrouvé le devant de la scène dans l’après-midi, avec le Hard Talk de Constant N’Zi, directeur général du groupe African Guarantee Fund (AGF). Son intervention, consacrée aux garanties et au financement des PME de la santé, a permis d’examiner le rôle des instruments de partage des risques dans l’accès au crédit. Une problématique déterminante pour les entreprises qui souhaitent investir dans des laboratoires, des équipements, des services médicaux ou des solutions numériques, mais dont les capacités de financement restent limitées.
Le numérique, autre chantier de souveraineté
Le deuxième grand panel a déplacé le débat vers les technologies médicales et l’intelligence artificielle. Joël Parfait Kuate, fondateur de Digital House Company et EcoleduNumerique.be, Patricia Monthe, fondatrice de MEDx eHealthCenter, Yanis Arnopoulos, dirigeant d’Eurocham et du Groupe Arno, ainsi que le Dr Frédérique-Estelle Etogo-Asse, hépato-gastro-entérologue, ont échangé sous la conduite de Léocadie Ebakissé.
Télémédecine, intelligence artificielle appliquée au diagnostic, dossiers médicaux électroniques, surveillance épidémiologique et protection des données de santé figuraient parmi les grands axes de réflexion. Ces innovations peuvent améliorer l’accès aux services médicaux, notamment dans les régions éloignées. Leur développement pose cependant des questions essentielles de financement, de compétences, de cybersécurité et de maîtrise des données sanitaires. La souveraineté africaine se joue donc aussi sur le terrain numérique.
Dernier des quatre grands entretiens de la journée, celui de Manuel Moses, directeur général de l’African Trade & Investment Development Insurance (ATIDI), a remis les questions financières au premier plan. Consacré au risque africain et au coût du capital, il a exploré les conditions nécessaires à une architecture financière capable d’accompagner davantage d’investissements sur le continent. L’enjeu est notamment de réduire les obstacles liés à la perception des risques et de renforcer les mécanismes d’assurance et de garantie pour faciliter la mobilisation de capitaux.
Ces préoccupations ont également trouvé un prolongement dans les Deal Rooms, espaces de rencontres entre porteurs de projets, institutions financières et investisseurs, ainsi que dans les masterclasses du Groupe Activa et du FAGACE. Pour tous ces échanges, les participants ont marqué un intérêt participatif
La journée a par ailleurs été marquée par la cérémonie des Rebranding Africa Awards 2026, au cours de laquelle cinq personnalités ont été distinguées pour leurs contributions respectives au développement, à l’entrepreneuriat, à la gouvernance, à la culture et au financement de l’économie africaine.
À la clôture, Paule-Renée Etogo-Ebongué a insisté sur la nécessité de prolonger les échanges par des réalisations concrètes. Pour la directrice générale du RAF, la réussite d’une telle rencontre ne peut se mesurer uniquement à la qualité des interventions. Elle dépend aussi des projets, des alliances et des partenariats qui en découleront.
Le rendez-vous de Bruxelles aura ainsi permis de rapprocher plusieurs dimensions d’un même défi : renforcer l’accès aux soins, développer les capacités de production africaines, mobiliser des financements adaptés et exploiter les possibilités offertes par les technologies. Reste désormais à transformer ces pistes de réflexion en investissements et en réalisations au bénéfice des populations.
Simon Pierre Etoundi
REBRANDING AFRICA AWARDS 2026
Cinq personnalités distinguées
La cérémonie des Rebranding Africa Awards, organisée vendredi 23 octobre à Bruxelles, a mis à l’honneur cinq personnalités africaines pour leurs contributions dans différents domaines.
Development Champion Award : Dr Jean Kaseya
Directeur général des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), distingué pour son engagement en faveur de la souveraineté sanitaire et du renforcement des systèmes de santé africains.
Business Leadership Award : Manuel Moses
Directeur général de l’ATIDI, récompensé pour son action dans la couverture des risques et la mobilisation des investissements en Afrique.
Milestone Achievement Award : Richard Lowe
Président-directeur général du Groupe Activa, distingué pour son parcours entrepreneurial et sa contribution au développement du secteur privé africain.
Governance Leadership Award : Patrice Talon
Ancien chef de l’État béninois, aujourd’hui president du Sénat, il a été récompensé par les organisateurs pour les réformes économiques et institutionnelles conduites durant ses mandats présidentiels.
Media Leadership Award : Claudy Siar
Homme de médias, honoré pour sa contribution à la promotion des cultures africaines et afrodescendantes ainsi qu’à la valorisation des talents du continent.








