Nommée le 16 octobre 2026 ministre déléguée chargée de la Formation professionnelle et de la Qualification, Madiha Khayr a quitté le gouvernement marocain le 18 octobre, à la demande de la cheffe du gouvernement, acceptée par le roi Mohammed VI. Le Parti de l’Istiqlal passe de 7 à 6 postes dans un exécutif de 32 membres, à la veille de la présentation du programme gouvernemental devant le Parlement.
Le communiqué du Cabinet royal, diffusé le dimanche 18 octobre 2026 par l’agence officielle MAP et repris par Hespress, tient en quelques lignes. La cheffe du gouvernement Fatima Ezzahra El Mansouri a saisi le souverain d’une demande de fin de fonctions visant Madiha Khayr, et le roi « a bien voulu accepter ladite demande », « conformément aux dispositions de l’article 47 de la Constitution ». Le texte n’expose aucun motif. La procédure utilisée est celle du quatrième alinéa de cet article, qui permet au chef du gouvernement de demander au roi de mettre fin aux fonctions d’un ou de plusieurs membres de son équipe.
Madiha Khayr n’arrivait pas de nulle part. Députée de Béni Mellal réélue aux législatives du 23 septembre 2026, elle avait été désignée le 8 octobre présidente du groupe istiqlalien à la Chambre des représentants, selon l’agence APA. Son portefeuille était rattaché au ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire, de la Formation professionnelle et de la Qualification, dirigé par Nabil Benabdallah, secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS), d’après la composition officielle publiée sur le portail du gouvernement Maroc.ma.
Madiha Khayr : une explication officielle politique, des rumeurs non établies
Les seules explications officielles sont venues du porte-parole du gouvernement, Samir Belfkih, ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville, membre du Parti authenticité et modernité (PAM). Dans une déclaration reprise par L’Economiste le 18 octobre 2026, il indique que le gouvernement a traité en urgence cette nomination au regard « des informations judiciaires et médicales à caractère personnel véhiculées à ce sujet ». Il présente la décision comme relevant d’une appréciation « politique et institutionnelle » partagée par les composantes de la majorité, qui ont exprimé « leur volonté commune de faire réussir cette expérience gouvernementale ». L’objectif affiché : finaliser l’investiture parlementaire, puis se consacrer au programme.
Ce que la presse marocaine rapporte au-delà de cette déclaration doit être lu avec précaution. Des contenus ont circulé sur les réseaux sociaux à propos de faits anciens remontant à 2004, selon Médias24 et Hespress. Aucune source officielle n’établit qu’ils concernent la ministre, aucune décision de justice n’est connue, et une source istiqlalienne citée par la presse a mis en doute l’authenticité d’un des documents. Ni Madiha Khayr ni son parti ne s’étaient exprimés publiquement au 20 octobre 2026 dans les contenus que nous avons examinés. La présomption d’innocence demeure entière.
L’Istiqlal a tiré une première conséquence interne : le 19 octobre 2026, il a désigné Rahal El Makkaoui, membre de son comité exécutif, à la présidence de son groupe parlementaire, selon LeSiteinfo et Hespress. En revanche, aucun remplaçant au portefeuille de la Formation professionnelle, ni aucun intérim formalisé, n’avait été annoncé au 20 octobre 2026.
Ce que le départ change dans l’arithmétique de la coalition
La coalition réunit le PAM, l’Istiqlal, l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et le PPS. Elle totalise 207 des 395 sièges de la Chambre des représentants, neuf de plus que la majorité absolue, comme NotreAfrik l’a détaillé dans son article sur le gouvernement El Mansouri et ses 207 sièges sans le RNI. L’Istiqlal y apporte 65 députés, soit près d’un tiers des voix de la majorité.
Selon le décompte de Hespress English, les 32 membres du gouvernement se répartissaient le 16 octobre ainsi : 11 pour le PAM, 7 pour l’Istiqlal, 5 pour l’USFP, 3 pour le PPS, 5 personnalités sans étiquette (dont l’Intérieur, les Affaires étrangères et les Habous) et le secrétaire général du gouvernement. Avec le départ de Madiha Khayr, l’Istiqlal tombe à 6 postes. Calcul de la rédaction sur cette base : le parti disposait d’un poste pour 9,3 députés ; il passe à un pour 10,8, contre un pour 8,8 au PAM. Ce décompte par parti n’est publié que par un seul média : il reste à confirmer.
L’enjeu dépasse la comptabilité. Le portefeuille vacant est au cœur du programme présenté le 19 octobre 2026 devant les deux chambres. Selon Le Matin, l’exécutif promet de former chaque année 100 000 jeunes selon les besoins des employeurs, de porter l’apprentissage à 150 000 à 200 000 bénéficiaires par an et d’offrir une première expérience professionnelle à près de 100 000 jeunes par an à partir de 2027, dans un pays qui compte environ 2,9 millions de 15-29 ans sans emploi, ni études, ni formation. Ce chantier se retrouve sans ministre délégué au moment où se prépare le projet de loi de finances 2027, un budget hérité du gouvernement sortant.
Un précédent rapide en 2021, une logique différente
Une fin de fonctions aussi précoce n’est pas inédite. En octobre 2021, Nabila Rmili, membre du Rassemblement national des indépendants (RNI), nommée ministre de la Santé le 7 octobre dans le gouvernement Akhannouch, avait quitté son poste le 14 octobre pour se consacrer à la mairie de Casablanca, selon TelQuel. Son prédécesseur avait été reconduit le jour même : le départ était présenté comme son choix, et le remplacement était simultané. Rien de tel cette fois, ni dans la forme ni dans le calendrier.
Le test de la première cheffe du gouvernement
L’épisode de 2026 se distingue par sa procédure : c’est la cheffe du gouvernement qui a pris l’initiative, au nom de la majorité, avant même le vote d’investiture. Pour Fatima Ezzahra El Mansouri, première femme à diriger un gouvernement marocain, le signal est double. Il montre une capacité à trancher en 48 heures ; il pose aussi la question des vérifications menées par les partis sur les profils qu’ils proposent, puisque la décision rapide ne dit rien de ce qui a été contrôlé avant le 16 octobre.
Médias24 a consacré le 19 octobre 2026 un article aux controverses entourant plusieurs autres membres de l’exécutif, qui ont tous fait l’objet de démentis, d’acquittements ou de débats publics distincts. Avec neuf sièges de marge, la coalition a peu de place pour les frictions entre partenaires. Reste à savoir si l’Istiqlal obtiendra un remplaçant issu de ses rangs, ce qui rétablirait l’équilibre négocié le 16 octobre, ou si le portefeuille sera absorbé par le ministère de tutelle, tenu par le PPS. Le vote d’investiture, lui, est la prochaine échéance où cette arithmétique sera comptée.








