Rebranding Africa Forum 2026 23 & 24 octobre 2026 · Bruxelles « Systèmes de santé en Afrique :
Innover pour soigner,
Soigner pour développer. »
Réserver ma place

AES-CEDEAO : 37 % des importations du Sahel en jeu à Dakar

Vannerie aux couleurs de l'AES, la confédération qui négocie avec la CEDEAO à Dakar

Réunis le 16 octobre 2026 à Ouagadougou, les chefs de la diplomatie du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont arrêté une position commune avant d’ouvrir à Dakar, le 17 octobre, les premières négociations formelles entre la Confédération des États du Sahel (AES) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). L’enjeu est d’abord économique : selon une évaluation de la Banque mondiale de mai 2024, 37 % des importations des trois pays sahéliens proviennent de l’espace CEDEAO, et jusqu’à 44 % pour le Mali.

AES-CEDEAO : une délégation unique et une ligne rouge

Vingt et un mois après le retrait effectif des trois pays de la CEDEAO, le 29 janvier 2025, la séquence a été préparée côté sahélien par une réunion du Comité ministériel de pilotage de l’AES, selon le gouvernement burkinabè et le quotidien Sidwaya. Autour de la table : Karamoko Jean Marie Traoré, ministre burkinabè des Affaires étrangères et président du comité, Abdoulaye Diop, son homologue malien, et Bakary Yaou Sangaré, chef de la diplomatie nigérienne. Deux jours de travaux d’experts, les 14 et 15 octobre, avaient produit un projet d’accord-cadre, selon Burkina24.

La position tient en quelques principes : unicité de la délégation, résolution des différends par les Africains eux-mêmes, primauté des intérêts des populations, respect de la souveraineté des États et consolidation de la Confédération. Le ministre burkinabè a démenti toute intention de réintégrer la CEDEAO, décrivant deux entités distinctes composant ensemble le bloc ouest-africain. Abdoulaye Diop a plaidé pour des discussions menées « d’entité à entité » et pour un instrument juridique encadrant la relation.

À l’ouverture, le 17 octobre, la séance était coprésidée par Karamoko Jean Marie Traoré pour l’AES et par Cheikh Niang, ministre sénégalais des Affaires étrangères et président du Conseil des ministres de la CEDEAO. Le communiqué conjoint prévoit des groupes de travail thématiques chargés de préparer un accord-cadre de coopération, dont les résultats seront soumis aux ministres avant une prochaine session, à une date restant à fixer. Aucun accord définitif n’a été signé. Les domaines abordés, selon l’Agence de presse africaine : circulation des personnes et des biens, infrastructures, développement, paix et sécurité, questions juridiques et institutionnelles.

Ce que pèsent les échanges

Derrière ces rubriques, une asymétrie chiffrée. D’après l’évaluation préliminaire de la Banque mondiale, l’or représente 70 à 95 % des exportations des trois pays, essentiellement vers des destinations hors CEDEAO : seulement 1 à 2 % des exportations maliennes et burkinabè, et environ 6 % des nigériennes, partent vers l’espace communautaire. À l’inverse, 37 % de leurs importations viennent de la CEDEAO, dont 34 % de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

Le détail est éclairant. Le Mali importe 44 % de ses achats depuis la CEDEAO, dont 20 % du Sénégal et 18 % de la Côte d’Ivoire ; le Burkina Faso 35 %, dont 21 % de Côte d’Ivoire ; le Niger 25 %, dont 8 % du Nigeria. Autrement dit, le pays hôte des négociations est aussi le premier fournisseur régional du Mali. Le coût d’une rupture se lit aussi chez les voisins côtiers : selon Kaweru Infos, qui s’appuie sur un rapport de la CEDEAO et sur l’institut statistique du Bénin, le port de Cotonou a perdu environ 20 % de trafic entre 2022 et 2023, et les exportations béninoises vers l’UEMOA ont reculé de 30,2 % en 2024. Ces données sont antérieures au retrait effectif ; aucune série plus récente n’a été trouvée.

Ports, douanes et monnaie : les dépendances croisées

Les trois États sont enclavés. La Banque mondiale identifie Dakar puis Abidjan comme débouchés principaux du Mali, Cotonou pour le Niger, Lomé, Abidjan et Tema pour le Burkina Faso. Pendant les sanctions de 2023, le détour du fret nigérien par Lomé a plus que doublé les coûts de transport, selon la même source. La valeur logistique du transit sahélien est captée par les ports côtiers, qui en ont besoin autant que le Sahel a besoin d’eux.

Ces frontières, nous les avions regardées de près dans notre Grand Format du 30 juin 2026. Sur le plan douanier, la CEDEAO a annoncé le 29 janvier 2025 que les biens des trois pays continueraient de bénéficier du Schéma de libéralisation des échanges et que leurs ressortissants conserveraient la libre circulation sans visa, « jusqu’à nouvel ordre ». L’AES a mis en circulation son passeport le même jour et institué le 28 mars 2025 un prélèvement confédéral de 0,5 % sur les importations en provenance de pays tiers, selon APA ; Le360 indique qu’il vise aussi les marchandises issues de la CEDEAO. Ce double régime fait partie des sujets que l’accord-cadre devra clarifier, même s’il ne figure explicitement dans aucun compte rendu de Dakar.

Reste la monnaie, hors du champ formel des discussions. Les trois pays demeurent membres de l’UEMOA et de la zone de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest. Pour la Banque mondiale, une sortie de l’UEMOA serait le scénario le plus coûteux : une perte de 1,6 à 2,3 points de croissance du PIB, contre 0,3 à 0,5 point pour le Burkina Faso et le Mali dans l’hypothèse d’une sortie ordonnée de la seule CEDEAO, et environ 1,2 point pour le Niger. L’équation de Dakar se résume ainsi : la souveraineté revendiquée par l’AES et la cohésion recherchée par la CEDEAO se négocient d’abord au prix du conteneur et du passage en douane.

Sources

À lire aussi

Abonnez vous à notre newsletter

Articles similaires

Get the app