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Banques africaines : 22 dans le top Forbes, 0 géant

Exchange Square à Johannesburg, place où sont cotées les grandes banques africaines absentes du classement

Vingt-deux banques africaines de treize pays figurent dans le « World’s Top Performing Banks 2026 », premier classement de ce type publié le 9 septembre par Forbes avec Statista : 500 banques de 89 pays notées sur leurs seules performances financières — rentabilité, croissance, capital, qualité des actifs — et non sur leur taille. L’Égypte et le Kenya en placent quatre chacun. Mais l’information n’est pas dans la liste : elle est dans les absences. Ni Standard Bank, ni FirstRand, ni Attijariwafa, ni Ecobank, ni UBA. Les mastodontes du continent n’y sont pas.

Qui figure dans le classement

Le palmarès répartit les banques éligibles — plus de 3 milliards de dollars d’actifs, comptes publiés sur trois ans — en six catégories de taille. L’Afrique n’apparaît que dans quatre d’entre elles, et aucune banque africaine n’atteint les catégories supérieures.

Une seule grande banque : National Bank of Egypt. En taille moyenne : Arab African International Bank et Commercial International Bank en Égypte, Zenith Bank au Nigeria, Commercial Bank of Ethiopia, Crédit Populaire d’Algérie, MCB Group à Maurice. En taille moyenne inférieure : Equity Group et KCB Group au Kenya, Guaranty Trust Holding au Nigeria, la Banque internationale arabe de Tunisie, Capitec en Afrique du Sud, BGFIBank au Gabon, Saham Bank au Maroc. En petites banques : Suez Canal Bank, Stanbic Holdings et Co-operative Bank au Kenya, CRDB et NMB en Tanzanie, la Banque de Tunisie, Rawbank en RDC, Capricorn Group en Namibie.

Treize pays, dont deux seulement d’Afrique centrale. Et un vide complet : l’Union économique et monétaire ouest-africaine n’a aucun représentant. Aucune de ses banques ne franchit seule le seuil des 3 milliards de dollars d’actifs.

Ce que le classement mesure — et ce qu’il récompense

Contrairement aux palmarès fondés sur des sondages de clients ou sur le capital, celui-ci note des ratios : rentabilité, croissance et qualité des résultats, résilience du capital et du financement, qualité des actifs et efficacité.

Une banque qui gagne beaucoup sur peu d’actifs, croît vite et prête sainement est bien notée. Une banque énorme et mature, dans une économie stagnante, ne l’est pas.

C’est ce qui explique la carte. Les banques kényanes et égyptiennes affichent des rentabilités sur fonds propres très élevées, dans des économies où les taux d’intérêt sont hauts et où le financement de l’État est lucratif. Les banques nigérianes ont bénéficié de la réévaluation de leurs actifs en devises et de taux directeurs à plus de 25 %. Les banques sud-africaines, elles, opèrent dans une économie dont la croissance moyenne est très faible depuis dix ans : solides, mais lentes. Capitec, banque de détail numérique à forte croissance, est l’exception.

Autrement dit, le classement récompense la performance dans des économies à forte inflation et à taux élevés, où la marge d’intermédiation est large et où l’État est le premier emprunteur. Une part de cette performance est le revers d’une fragilité macroéconomique : la banque gagne ce que le Trésor paie. C’est une lecture de la rédaction.

Une précision sur la nature de l’exercice

Il s’agit d’un classement commercial, produit par un magazine avec un institut d’études, et dont les lauréats peuvent acquérir les signes distinctifs. Cela n’invalide pas la méthode, qui est publiée ; cela invite à le lire pour ce qu’il est — un outil de communication autant qu’une mesure.

Ce que les banques africaines en feront

Pour les vingt-deux, la distinction est un argument commercial : accès aux lignes de correspondants bancaires internationaux, aux syndications, aux investisseurs. Dans un contexte où le désengagement des grandes banques occidentales a coupé des dizaines de banques africaines de leurs relations en dollars depuis une décennie, ce n’est pas rien.

Pour les absentes, c’est un rappel : la taille protège, elle ne rapporte plus assez au goût des investisseurs. Plusieurs grands groupes du continent, ayant atteint les limites de la croissance organique, cherchent désormais des acquisitions transfrontalières — la bataille pour la couche de paiement en République démocratique du Congo en est une illustration parmi d’autres.

Deux enseignements pour le continent

La fragmentation d’abord. Vingt-deux banques performantes réparties dans treize pays, aucune dans les catégories mondiales, aucune capable de financer seule un grand projet minier ou industriel. Les banques africaines sont rentables mais petites, et le financement des grands chantiers africains reste largement étranger — c’est précisément l’argument porté à l’ONU par le vice-président nigérian sur les minerais : les projets bancables supposent des banques.

L’opportunité ensuite, et elle est ambiguë. Les pays où les banques sont les plus performantes sont ceux où l’argent est le plus cher. Le coût du crédit est un maillon qui capte sa part de la valeur, au même titre que le transport ou la transformation — y compris quand l’État lui-même passe par le système bancaire pour verser ses aides. Bonne nouvelle pour les actionnaires ; question ouverte pour les emprunteurs.

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