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Minerais africains : 4 remèdes proposés par Shettima à l’ONU

Mineurs artisanaux extrayant des minerais africains, filière au cœur du débat

« Pendant des générations, l’Afrique a fourni les matériaux de la prospérité des autres. » C’est en lisant un discours du président Bola Tinubu que le vice-président nigérian Kashim Shettima s’est adressé le 21 septembre 2026 à New York à la troisième table ronde de l’Africa Minerals Strategy Group, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU. La formule reprise partout — « cessez d’exporter les richesses minérales de l’Afrique » — masque une proposition plus précise, et plus dérangeante pour les États : les pays producteurs de minerais africains se font concurrence par le bas, et c’est cela qui les appauvrit.

Quatre remèdes, et un diagnostic qui vise les États africains

Le discours, prononcé lors d’une table ronde intitulée « Des ressources à la richesse : coopération continentale pour la valeur ajoutée minérale », tient en quatre propositions.

D’abord un constat : « l’Afrique ne peut pas se considérer riche tant que les communautés situées autour des gisements restent pauvres ». Ensuite une critique du modèle : les ressources brutes quittent le continent et les produits finis reviennent à une valeur nettement supérieure.

Puis le diagnostic, qui est le cœur du discours : les pays africains « se font concurrence pour l’investissement par des redevances plus basses, des exigences de contenu local plus faibles et des concessions excessives ». Une course au moins-disant qui détruit leur pouvoir de négociation collectif.

Enfin les remèdes : « des marchés intégrés, des hubs de transformation régionaux et des corridors miniers transfrontaliers » ; des projets bancables dans la transformation ; et un critère de succès — que la stratégie soit « visible dans les routes, les chemins de fer, les usines, les entreprises africaines compétitives, les emplois qualifiés et les communautés minières prospères ».

Le ministre nigérian des Mines Dele Alake, qui préside le groupe, a appelé les membres à passer des déclarations aux projets. Le secrétaire général de l’ONU António Guterres, présent, a demandé que les minerais africains créent des emplois.

L’AMSG est un club, pas un cartel

Lancé en 2023 à l’initiative du Nigeria, l’Africa Minerals Strategy Group réunit des ministres des mines de pays producteurs pour parler d’une seule voix face aux acheteurs. Il n’a ni traité, ni secrétariat permanent, ni pouvoir contraignant. Il n’est pas un organe de l’Union africaine, dont la Vision minière africaine de 2009 et le Centre africain de développement minier portent les mêmes objectifs depuis quinze ans, avec des résultats limités.

Sa composition n’est pas publiée dans les comptes rendus. Et le Nigeria, qui l’anime, est un producteur minier marginal dont l’ambition est précisément de le devenir.

C’est la limite de l’exercice, et le discours la reconnaît en creux : l’appel à cesser de se faire concurrence s’adresse à des États souverains qui se font concurrence, et qui ont chacun de bonnes raisons de le faire. La Guinée a besoin de capitaux pour Simandou. La République démocratique du Congo négocie avec Washington. Madagascar tente des quotas. Le Niger vend son uranium au plus offrant. Un cartel supposerait des positions communes sur la fiscalité, le contenu local et les prix — ce que l’OPEP a mis des décennies à construire sur un seul produit.

Ce qui a déjà commencé, chacun de son côté

Le paradoxe est que le continent fait déjà, en ordre dispersé, ce que le vice-président nigérian appelle de ses vœux. Madagascar impose des quotas de transformation locale sur des minéraux qui pèsent 49 % de ses exportations. La RDC a interdit l’export de certains concentrés et canalise son cobalt artisanal vers un guichet d’État que courtisent les négociants. La Côte d’Ivoire formalise son or artisanal. Le Zimbabwe conditionne ses licences à la transformation.

Chacune de ces mesures est nationale, contestée par les opérateurs, et vulnérable à la concurrence du voisin qui n’en fait pas autant. C’est exactement le problème décrit à New York.

Ce qui manque n’est pas la volonté, c’est l’instrument

Les corridors transfrontaliers existent, mais ils sont financés et pensés par les acheteurs comme des voies d’évacuation, pas comme des chaînes de transformation — les quatre projets de minerais critiques financés par l’agence américaine DFC en donnent la mesure : la valeur ajoutée part aux États-Unis. Les hubs régionaux supposent une énergie bon marché que peu de pays peuvent offrir. Et les projets bancables supposent des banques : les institutions financières africaines financent des mines, rarement des fonderies.

Reste le mérite du discours : dire à New York, devant l’ONU et les investisseurs, que la concurrence entre États africains est le premier facteur de la faiblesse de leurs prix. C’est la thèse que NotreAfrik développe dans sa collection « Qui capte la valeur ? ». Et le Nigeria, qui n’a presque pas de mines, est peut-être le pays le mieux placé pour la porter sans être soupçonné de protéger ses propres gisements. C’est une lecture de la rédaction.

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