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Données agricoles : la Namibie annule un contrat de 2,4 M$

Champ de maïs au Nigeria, le type de parcelle que les systèmes de données agricoles par satellite cartographient

Le Nigeria a lancé en juillet 2026 le National AgroProductivity System (NAPS), présenté comme sa première plateforme nationale de suivi des cultures par imagerie satellitaire et intelligence artificielle. Le Kenya avait ouvert la voie en février avec CroME. En août, la Namibie a fait le chemin inverse : elle a résilié un contrat de 2,4 millions de dollars passé avec l’américain 6th Grain Corporation, au motif qu’il ne respectait pas les procédures de marchés publics. Trois décisions, une même question : à qui appartiennent les données agricoles d’un pays africain ?

Ce que ces systèmes savent faire

Le principe est partout le même. Des images satellitaires — gratuites avec Sentinel de l’Agence spatiale européenne et Landsat de la NASA, payantes chez Planet ou Airbus — sont croisées avec des relevés de terrain et des modèles d’apprentissage automatique. Le système cartographie alors les surfaces cultivées, identifie les cultures, suit leur état sanitaire et prévoit les rendements.

L’intérêt est considérable là où la statistique agricole repose encore sur des enquêtes déclaratives, coûteuses et tardives. Le NAPS nigérian doit fournir en continu les surfaces, la répartition des cultures et les risques pesant sur la sécurité alimentaire, dans un pays de plus de 200 millions d’habitants où une mauvaise estimation de la récolte de maïs ou de riz se paie en importations mal calibrées. Au Kenya, CroME associe la Kenya Space Agency au ministère de l’Agriculture pour alimenter les décisions d’importation.

Une réserve s’impose d’emblée : aucune de ces plateformes n’a publié de résultats. Ni précision des prévisions, ni surfaces effectivement suivies, ni trace d’une décision publique qu’elles auraient modifiée. Ce sont des lancements, pas encore des bilans.

Pourquoi la Namibie a annulé

La résiliation namibienne n’est pas un désaveu de la technologie. L’examen interne a conclu que l’accord ne satisfaisait pas aux exigences légales applicables aux contrats conclus au nom de l’État — autrement dit, un marché passé sans mise en concurrence conforme. Le pays travaillait déjà depuis plusieurs années avec la FAO et l’initiative NASA Harvest de l’université du Maryland sur l’amélioration de ses prévisions de rendement.

Ce précédent éclaire la manière dont ces dispositifs arrivent sur le continent : proposés par des sociétés étrangères, négociés de gré à gré avec un ministère technique, sans que les règles de commande publique, de protection des données ou de propriété intellectuelle aient été pensées pour un objet aussi neuf qu’un modèle prédictif entraîné sur un territoire national.

Le cas nigérian pose une autre question

Le NAPS est développé avec OCP Africa, filiale du groupe marocain OCP, premier exportateur mondial de phosphates et fournisseur majeur d’engrais du Nigeria, et avec la société marocaine Ground Truth Analytics. Le système qui indiquera à l’État nigérian quels champs manquent de fertilisation est donc coproduit par un vendeur d’engrais.

Aucune des sources consultées ne relève ce point. Il ne s’agit pas d’une accusation : rien n’indique un manquement. Il s’agit d’une clause à écrire. Qui détient les données produites ? Qui peut les réutiliser ? Qui audite le modèle ? Ces questions valent pour tout partenariat de ce type, et elles se posent avant la signature, pas après.

Trois risques pour les données agricoles

Le premier risque est la dépendance : un système propriétaire hébergé à l’étranger, dont la licence s’éteint avec le contrat, laisse l’État sans historique ni continuité. Le deuxième est l’asymétrie : le négociant, l’assureur ou le fournisseur d’intrants qui accède aux prévisions de récolte avant le ministère dispose d’un avantage de marché considérable. Le troisième touche à la souveraineté : les images viennent de satellites européens, américains ou chinois, les modèles de laboratoires étrangers, et seule la vérité terrain est africaine — c’est pourtant elle qui donne sa valeur au reste.

Des contrepoids existent. Digital Earth Africa diffuse gratuitement des produits d’observation continentaux adossés aux données ouvertes Sentinel et Landsat. L’Éthiopie, l’Égypte, le Nigeria, le Kenya et l’Afrique du Sud lancent leurs propres satellites d’observation. L’Union africaine dispose d’une politique spatiale et d’une agence installée au Caire. Mais l’écart entre disposer d’images et disposer d’un système de décision reste immense, et c’est dans cet écart que s’installent les fournisseurs.

Les cinq chiffres qui manquent

Pour juger ces programmes, cinq indicateurs suffiraient : le nombre d’hectares effectivement suivis, la précision des prévisions, le nombre d’agriculteurs qui reçoivent l’information, le nombre de ceux qui modifient une décision grâce à elle, et le gain de rendement ou de revenu qui en résulte. Aucun n’est publié aujourd’hui.

Sans eux, l’Afrique disposera de très belles cartes de ses champs. Avec eux, elle saura si les satellites nourrissent réellement quelqu’un. Un modèle qui annonce en juin une perte de 30 % sur une récolte ne vaut que si une administration prépositionne des stocks, un assureur indemnise ou un agriculteur change de calendrier. La valeur n’est pas dans la carte : elle est dans la décision que la carte déclenche. C’est une lecture de la rédaction.

À lire également : Céréales en Afrique de l’Ouest : 84 % du commerce invisible, Mauritanie : semis aériens sur 8,7 millions d’hectares, et notre dossier L’IA sous contrainte : comment l’Afrique innove. Les produits d’observation continentaux sont accessibles sur le portail de Digital Earth Africa.

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