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Agricultrices Nigeria : 2,3 milliards $ perdus, dit la FAO

Travail agricole au Nigeria, où les agricultrices fournissent 37 % du travail de production végétale

Chapô — L’écart de productivité entre agricultrices et agriculteurs du Nigeria coûte 2,3 milliards de dollars par an à l’agriculture du pays, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Le chiffre a été avancé le mardi 16 septembre 2026 à Abuja. Les femmes fournissent 37 % du travail de production végétale du pays, mais restent les dernières servies en terres, en crédit et en intrants.

Ce que la FAO reproche au Nigeria

C’est Jimmy Owani, Officer-in-Charge de la représentation de la FAO au Nigeria et auprès de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui a avancé le chiffre lors de la commémoration de l’Année internationale de la femme agricultrice 2026, à Abuja.

Le raisonnement est simple. Les agricultrices au Nigeria ne produisent pas moins parce qu’elles travailleraient moins, mais parce qu’elles accèdent moins bien aux ressources qui font le rendement : la terre, le financement, les services de conseil, les technologies, les marchés et les instances où se prennent les décisions. À travail égal, l’écart de production est donc un écart d’équipement, pas de compétence.

Une précision s’impose sur ce chiffre : la FAO parle d’« estimations » sans citer publiquement l’étude, l’année de référence ni la méthode de calcul qui les fondent. Nous le reprenons donc pour ce qu’il est — une estimation d’agence, pas une mesure vérifiable.

À l’échelle mondiale, l’organisation avance que combler les écarts de productivité et de salaires entre femmes et hommes ajouterait près de 1 000 milliards de dollars à l’économie. Les femmes représentent environ 41 % de la main-d’œuvre agroalimentaire mondiale.

Pourquoi 2,3 milliards de dollars comptent autant au Nigeria

Parce que l’agriculture n’y est pas un secteur parmi d’autres. Elle pèse entre 22 % et 25 % du produit intérieur brut nigérian et fait vivre environ 70 % des ménages ruraux. Dans un pays de plus de 200 millions d’habitants, premier marché de consommation du continent, le rendement des champs n’est pas une question sectorielle : c’est le prix du sac de riz.

Le pays importe massivement des denrées qu’il pourrait produire, et l’inflation alimentaire pèse sur les ménages urbains depuis plusieurs années. Toute production non réalisée se retrouve mécaniquement dans la facture d’importation, donc dans la pression sur le naira.

C’est ce qui distingue ce dossier d’une question d’équité abstraite. Il ne s’agit pas seulement de justice envers les agricultrices — il s’agit de production nationale manquante, payée par tous les consommateurs.

Ce qui bloque, concrètement

Le premier obstacle est foncier. Au Nigeria comme dans une large part de l’Afrique de l’Ouest, l’accès à la terre passe par des régimes coutumiers où l’héritage privilégie les hommes. Une agricultrice qui exploite sans titre n’a pas de garantie à présenter à une banque.

Le deuxième est financier et découle du premier : sans titre, pas de crédit ; sans crédit, pas d’engrais de qualité, pas de semences améliorées, pas d’irrigation, pas de stockage. Les récoltes se vendent alors au pire moment, juste après la moisson, quand les prix sont au plus bas.

Le troisième est commercial. Sans capacité de stockage ni accès aux circuits organisés, la production part sur des marchés informels. C’est un phénomène documenté à l’échelle régionale : l’essentiel du commerce céréalier ouest-africain échappe aux statistiques officielles, ce qui prive les productrices de prix de référence et les États de leviers d’action.

Des expériences existent pourtant à petite échelle, comme celle des agricultrices de Némabah au Sénégal, qui montrent qu’un accès organisé au marché change les volumes en une saison.

L’Année internationale de la femme agricultrice, que célébrait la réunion d’Abuja, n’a en elle-même aucun effet sur ces trois verrous. Ce qui en aurait : un titre foncier opposable, un produit de crédit adapté aux cycles agricoles, et un débouché garanti. Les trois relèvent de décisions nationales, pas de commémorations.

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