En Afrique subsaharienne, 820 millions de personnes vivent dans une zone couverte par le haut débit mobile sans utiliser l’internet. Le chiffre vient du rapport State of Mobile Internet Connectivity 2026 de la GSMA, l’association mondiale des opérateurs, publié le 15 septembre 2026. Le réseau est là. L’obstacle est le terminal : un smartphone d’entrée de gamme coûte aux 20 % les plus pauvres de la région l’équivalent de 76 % de leur revenu mensuel.
Le déficit d’usage, neuf fois plus large que le déficit de couverture
Le constat mondial est désormais stable. Sur la planète, 4,8 milliards de personnes utilisent l’internet mobile sur leur propre appareil. 3,4 milliards ne l’utilisent pas — et plus de 90 % d’entre elles, soit 3,1 milliards, vivent pourtant sous couverture d’un réseau haut débit.
C’est ce que la GSMA appelle le « déficit d’usage », par opposition au « déficit de couverture », celui des zones sans réseau. Le premier est neuf fois plus large que le second. Autrement dit : le problème n’est plus l’antenne.
La croissance ralentit par ailleurs : 160 millions de nouveaux utilisateurs en 2025, contre 190 millions en 2024.
L’Afrique subsaharienne concentre le problème
C’est la région la moins connectée du monde. Fin 2023, 27 % de la population y utilisait l’internet mobile, avec un déficit de couverture de 13 % et un déficit d’usage de 60 %, selon l’édition 2024 du même rapport.
La couverture, elle, a été largement construite. La 4G est passée de 41 % de la population africaine en 2019 à 84 % en 2024, et seuls 9 % des Africains restent hors de toute couverture haut débit. L’investissement dans les réseaux a produit ses effets ; c’est l’accès au terminal qui bloque.
Deux précisions de périmètre, parce que les chiffres circulent mélangés. Les 820 millions concernent l’Afrique subsaharienne et n’incluent pas l’Afrique du Nord. À l’échelle du continent entier, le rapport Mobile Economy Africa 2026 de juin parlait de « près d’un milliard » de personnes, soit 63 % de la population. Les deux chiffres sont compatibles ; ils ne s’additionnent pas.
Nous signalons aussi une limite de notre lecture : le taux de déficit d’usage régional actualisé ne figure pas dans le communiqué de la GSMA, et nous n’avons pas consulté le corps du rapport. Nous ne l’extrapolons donc pas à partir des 60 % de 2023.
Ce qui change cette année : le prix de la mémoire
L’information neuve de cette édition n’est pas l’écart d’usage, connu depuis des années. C’est que la situation se dégrade au lieu de s’améliorer.
Le prix des mémoires a plus que doublé entre le troisième trimestre 2025 et le premier trimestre 2026, puis augmenté encore de 80 à 90 % au deuxième trimestre. La cause n’est pas africaine : elle tient à la demande des centres de données dédiés à l’intelligence artificielle, qui absorbent la production mondiale de puces mémoire.
Le smartphone d’entrée de gamme est le premier touché, parce que la mémoire y représente une part bien plus lourde du coût que dans un appareil haut de gamme. Nous avions documenté fin août l’effet sur les volumes : les livraisons africaines ont reculé de 7 % au deuxième trimestre 2026, et le segment sous 100 dollars s’est effondré de 34 %.
La GSMA en tire une formule : le risque d’une « fracture de l’IA », entre ceux qui peuvent se connecter et les autres.
Une inversion qu’il faut nommer
Pendant quinze ans, la politique de connectivité en Afrique a consisté à couvrir le territoire : licences, antennes, fibre, partage d’infrastructures. Cette politique a fonctionné — 84 % de couverture 4G le disent.
Le facteur limitant s’est déplacé, et il est désormais hors de portée des opérateurs comme des régulateurs africains. Un ministère des télécommunications peut attribuer des fréquences ; il ne peut rien sur le prix mondial de la DRAM, fixé par la demande des centres de données américains et asiatiques.
Les leviers qui restent sont fiscaux et commerciaux : droits de douane et taxes sur les terminaux, financement à crédit de l’appareil, marchés de l’occasion reconditionnée. Ce sont des leviers réels — dans plusieurs pays, la fiscalité représente une part à deux chiffres du prix de vente d’un smartphone d’entrée de gamme. Mais ce ne sont plus des leviers d’infrastructure.
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