Rebranding Africa Forum 2026 23 & 24 octobre 2026 · Bruxelles « Systèmes de santé en Afrique :
Innover pour soigner,
Soigner pour développer. »
Réserver ma place

Cacao EUDR : 1,5 M€ de lobbying Mondelez, dit Global Witness

Fèves de cacao, matière première visée par le règlement européen EUDR contre la déforestation

Entre 1,2 et 1,5 million d’euros : c’est ce que Mondelez International, propriétaire de Milka, Cadbury et Toblerone, aurait consacré au lobbying auprès des institutions européennes depuis l’adoption du règlement anti-déforestation — l’EUDR — en 2023, selon une enquête de l’ONG britannique Global Witness publiée le 8 septembre 2026. Ce texte conditionne l’accès du cacao africain au premier marché mondial du chocolat. La bataille se joue à Bruxelles ; la facture, elle, se réglera à Abidjan, Accra, Yaoundé et Lagos.

Ce que vise le règlement Mondelez EUDR conteste

Le règlement européen sur la déforestation — RDUE en français, EUDR selon son sigle anglais — impose aux entreprises qui commercialisent sept matières premières sur le marché européen de démontrer que leurs produits ne proviennent pas de terres déboisées après le 31 décembre 2020. Sont concernés le cacao, le café, le soja, le caoutchouc, le bois, le bétail et l’huile de palme.

Pour le cacao, cela signifie une géolocalisation des parcelles, une traçabilité jusqu’au champ et une déclaration de diligence raisonnée avant toute importation de fèves ou de produits dérivés — un chantier déjà engagé en Côte d’Ivoire, où la carte du producteur est devenue obligatoire. La Côte d’Ivoire et le Ghana fournissent à eux seuls environ 60 % du cacao mondial, et l’Union européenne reste leur premier débouché.

Une précision de calendrier, souvent fautive dans les reprises : le règlement est en vigueur depuis 2023. C’est son entrée en application qui est fixée au 30 décembre 2026 pour les grands et moyens opérateurs, et au 30 juin 2027 pour les micro et petites entreprises hors filière bois.

Un revirement documenté

Mondelez n’a pas toujours combattu ce dispositif. Dans sa contribution à la consultation de la Commission européenne en 2020, le groupe se déclarait favorable à un cadre harmonisé de diligence raisonnable. Il figurait aussi dans la « Cocoa Coalition » qui, en 2024, appelait l’Union à ne pas reporter le texte, aux côtés de Ferrero, Mars, Nestlé et Tony’s Chocolonely.

Le basculement intervient en juillet 2025. Le groupe rompt avec les autres majors du chocolat et réclame un report supplémentaire de douze mois, au motif que les producteurs de cacao ne seraient pas prêts. Nestlé, Mars, Ferrero et Barry Callebaut prendront publiquement la position inverse.

Selon Global Witness, Mondelez a ensuite multiplié les contacts avec des responsables européens et des élus du Parti populaire européen, formation de centre droit à l’origine de plusieurs amendements d’allègement. Des démarches sont recensées à Bruxelles, mais aussi en Allemagne, en France, en Irlande et au Luxembourg.

L’ONG rapporte également qu’en juin 2026, le directeur général de Mondelez, Dirk Van de Put, a obtenu un entretien avec Andrew Puzder, ambassadeur des États-Unis auprès de l’Union européenne et opposant déclaré au règlement.

Ce que répond le groupe, et ce que le chiffre ne dit pas

Deux précisions s’imposent, et Global Witness en donne une elle-même.

La fourchette de 1,2 à 1,5 million d’euros correspond à la dépense globale de lobbying européen déclarée par Mondelez, et non à un budget spécifiquement affecté au règlement déforestation. La présenter autrement serait fausser le dossier.

Quant à la position du groupe, elle est publique : dans le registre allemand de représentation d’intérêts, Mondelez déclare soutenir les objectifs du règlement tout en demandant un report de son application, au nom de la complexité de mise en œuvre et de la compétitivité industrielle. Le groupe met aussi en avant son programme Cocoa Life, doté d’un milliard de dollars sur 2012-2030 et déployé dans huit pays producteurs, dont la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria et le Cameroun.

Le lobbying est une activité légale et déclarée. Ce que Global Witness conteste, c’est l’objectif poursuivi, pas la légalité du moyen. L’ONG affirme par ailleurs que Mondelez est, parmi les grands chocolatiers qu’elle a étudiés, le seul à ne pas publier la part de sa chaîne d’approvisionnement considérée comme exempte de déforestation.

L’Afrique de l’Ouest s’organise, et se heurte à ses propres retards

Le 14 juillet 2026 à Abuja, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria et le Cameroun ont signé la Déclaration d’Abuja, acte de naissance d’une Alliance pour la valorisation du cacao. Deux objectifs affichés : basculer de l’exportation de fèves brutes vers la transformation locale, et coordonner une réponse commune au règlement européen. Les signataires veulent faire reconnaître leurs systèmes nationaux de traçabilité et refusent que le coût de la conformité retombe sur les petits planteurs.

Le Cameroun affiche des chiffres records — 309 518 tonnes sur la campagne 2024-2025, en hausse de 13 % — et son ministre du Commerce Luc Magloire Mbarga Atangana assure que près de 99 % des bassins cacaoyers et caféiers sont couverts par les dispositifs de géolocalisation. Cette déclaration ministérielle n’est pas recoupée par une source indépendante. Un rapport de l’ONG Mighty Earth chiffre à l’inverse à 360 000 hectares les pertes forestières dans les régions cacaoyères camerounaises depuis 2020.

Qui paie la traçabilité ?

Le nœud est financier, et c’est là que le dossier cesse d’être européen.

Une étude du cabinet néerlandais Profundo, citée par Global Witness, évalue le coût de la conformité au règlement à 0,10 % du chiffre d’affaires mondial des grands groupes. Mondelez a tiré plus de 11 milliards de dollars de revenus du seul chocolat en 2024.

À l’autre bout de la chaîne, des exportateurs libériens interrogés par la même ONG décrivaient un soutien financier et technique quasi inexistant de la part des négociants internationaux — alors même que ces derniers ont besoin de ces systèmes pour satisfaire leurs propres obligations.

C’est la question que l’Alliance d’Abuja a commencé à formuler, et elle dépasse Mondelez : si l’Europe impose la traçabilité, et si les grands acheteurs en supportent un coût marginal, pourquoi l’investissement repose-t-il sur ceux qui captent la part la plus faible de la valeur ? La même asymétrie se lit ailleurs sur le continent, du chiffrage contesté de l’orpaillage ivoirien aux débats sur la transformation des minerais.

Le 30 décembre 2026, le compte à rebours s’arrête. La Commission européenne a confirmé qu’il n’y aurait pas de troisième report.

Sources

  • Global Witness, enquête publiée le 8 septembre 2026. Le rapport n’a pas été consulté en version primaire : les éléments qui lui sont attribués proviennent des reprises de l’Agence Ecofin (12 septembre 2026, versions française et anglaise) et d’EUobserver (8 septembre 2026).
  • Global Witness, « Chocolate giants fuel deforestation in West Africa’s last rainforest », novembre 2025, pour le volet libérien, l’étude Profundo et les revenus chocolat de Mondelez.
  • Parlement européen, communiqué du 17 décembre 2025 sur le report et la simplification du règlement.
  • Commission européenne, rapport de révision COM(2026) 191 final, 4 mai 2026.
  • Registre allemand de représentation d’intérêts, pour la position déclarée de Mondelez.
  • Mongabay, août 2025, pour la production camerounaise et le rapport Mighty Earth.
  • Reprises de la Déclaration d’Abuja du 14 juillet 2026, citant la presse nigériane.

Les accusations rapportées dans cet article sont celles de Global Witness. NotreAfrik a sollicité Mondelez et publiera sa réponse.

Abonnez vous à notre newsletter

Articles similaires

Get the app