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Finance islamique Ghana : un cadre bouclé en 8 mois

Finance islamique Ghana : le siège de la Bank of Ghana à Accra

La finance islamique au Ghana dispose désormais d’un cadre réglementaire complet, et aucune institution ne pourra exercer sans licence. Le gouverneur de la Bank of Ghana l’a confirmé le 31 août 2026, huit mois après la publication du projet de directive. Un détail dit tout de la stratégie : le régulateur parle de « banque sans intérêt », jamais de « banque islamique ».

La séquence réglementaire

Johnson Pandit Asiama, gouverneur de la Bank of Ghana, a confirmé dans un discours du 31 août 2026 que le cadre de la non-interest banking and finance est achevé.

Le calendrier a été soutenu. Un projet de directive a été publié en consultation le 9 décembre 2025. Après quatorze jours de dépôt de commentaires, la version définitive — la Guideline for the Regulation and Supervision of Non-Interest Banking in Ghana — a été publiée le 13 janvier 2026. Elle constitue le texte de référence pour tout opérateur souhaitant entrer sur ce marché.

Le dispositif a été complété le 18 août 2026 par l’inauguration du Non-Interest Financial Advisory Council, organe consultatif de cinq membres comprenant au moins un indépendant et au moins une femme.

Le choix des mots, et il est délibéré

C’est l’élément le plus significatif du dossier.

Le régulateur parle de « banque sans intérêt » plutôt que de « banque islamique », et présente ces produits comme des instruments commerciaux ouverts à tous les Ghanéens, indépendamment de leur confession. Le gouverneur s’exprimait d’ailleurs devant la communauté œcuménique, lors d’une rencontre consacrée à la finance sans intérêt à Accra — un cadre qui dit à lui seul l’intention.

Ce choix répond à une contrainte de marché. Le Ghana est majoritairement chrétien, avec une minorité musulmane significative, principalement dans le nord. Positionner ces produits comme confessionnels reviendrait à en limiter la clientèle ; les présenter comme des instruments commerciaux ouvre l’accès à l’ensemble de la population.

L’argument technique existe par ailleurs. La banque sans intérêt ne repose pas sur le taux mais sur le partage des risques et l’adossement à des actifs réels : le financier achète un bien et le revend avec marge, ou participe au résultat d’une opération. Ces mécanismes sont utilisables par n’importe quel client.

L’ambition dépasse la banque

Le mandat de l’organe consultatif ne s’arrête pas à la banque centrale. Il pourra appuyer la Securities and Exchange Commission, qui régule les marchés de capitaux, et la National Insurance Commission, chargée de l’assurance.

Cette configuration dessine un écosystème complet : banques participatives, sukuk — les obligations conformes à la charia — et assurance takaful.

Le sukuk est le segment le plus stratégique. Il permet à un État ou à une entreprise de lever des fonds auprès d’investisseurs du Golfe et d’Asie du Sud-Est, sur des marchés qui n’achètent pas d’obligations conventionnelles. Pour un pays sorti d’un défaut souverain en 2022 et dont l’accès aux marchés internationaux reste contraint, c’est un canal de financement supplémentaire — au même titre que les emprunts destinés aux diasporas.

L’Égypte y recourt régulièrement, avec des émissions souveraines de plusieurs centaines de milliards de livres égyptiennes. Le Sénégal a également émis des sukuk.

Le calendrier économique n’est probablement pas un hasard

Un élément de conjoncture éclaire l’intérêt du moment, et il mérite d’être présenté pour ce qu’il est : une hypothèse de lecture, pas une déclaration du régulateur.

Les banques ghanéennes voient leur rentabilité se comprimer. Selon Fitch Ratings, la baisse rapide des taux directeurs — 650 points de base de réduction depuis juillet 2025 — écrase les marges d’intérêt nettes. La marge nette du secteur est tombée à 11,4 % en août 2025, contre 14,8 % en janvier. Les rendements des bons du Trésor à 91 jours sont passés de 25,1 % à 10,2 % en un an.

Autrement dit : le modèle fondé sur la marge d’intérêt devient moins rentable au moment précis où le régulateur ouvre un segment qui n’en dépend pas.

Un marché de niche devient attractif quand le marché principal se resserre. La coïncidence de calendrier ne prouve rien, mais elle explique pourquoi les établissements pourraient s’y intéresser.

Un mouvement régional

Le Ghana rejoint un ensemble qui s’élargit.

Le Nigeria dispose d’un secteur structuré ; Summit Bank Ltd, nouvelle banque sans intérêt, a lancé ses opérations à Abuja en novembre 2025. La Banque centrale de Somalie a annoncé en juillet 2025 le lancement officiel de son processus de délivrance de licences.

Cette diffusion répond à une logique d’inclusion financière autant que de captation de capitaux. Une part de la population ouest-africaine reste en dehors du système bancaire pour des motifs religieux — un facteur régulièrement invoqué mais rarement quantifié, et il serait imprudent d’avancer un chiffre.

Dans une région où le taux de bancarisation de l’UEMOA est retombé à 25,2 % après la fermeture de millions de comptes dormants — le même mouvement que celui qui a fait tomber les créances douteuses de l’Union à 9,1 % — tout mécanisme susceptible d’élargir la base bancarisée mérite attention.

Trois indicateurs, et une limite structurelle

Le nombre de licences effectivement délivrées d’abord. Un cadre réglementaire complet ne crée pas d’opérateurs : il autorise leur création. À ce jour, aucun décompte public n’est disponible.

Le volume des dépôts collectés ensuite, rapporté à l’ensemble du système bancaire ghanéen. C’est la mesure de la demande réelle, et la seule qui distingue une politique d’une intention.

L’émission d’un premier sukuk souverain enfin. Elle validerait la partie marchés de capitaux du dispositif et testerait l’appétit des investisseurs internationaux pour la signature ghanéenne sur ce segment.

Reste une limite que le texte ne peut pas lever. La banque sans intérêt suppose des compétences spécifiques : comités de conformité, structuration de produits adossés à des actifs, audit charia. Ces expertises sont rares et coûteuses. Un conseil consultatif de cinq membres constitue un point de départ, pas une capacité de supervision à l’échelle d’un système bancaire.

C’est la limite habituelle de ce type de réforme. Le texte précède toujours la compétence.

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