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Or Ghana : 103 tonnes déclarées, 44 400 $ d’impôts

Or Ghana : site d'orpaillage artisanal criblé de puits, district de Talensi

L’or du Ghana passé par le circuit officiel a changé d’échelle : les exportations d’or artisanal déclarées sont montées de 63,6 tonnes en 2024 à environ 103 tonnes en 2025, pour 10,8 milliards de dollars de devises. Le dispositif inspire désormais la Zambie. Mais la petite mine, qui représente plus de la moitié de la production nationale, a versé moins de 500 000 cedis d’impôts en 2025 — environ 44 400 dollars. Capter les flux et les taxer sont deux exercices distincts.

Ce que le Ghana a réussi

Le Ghana Gold Board (GoldBod), doté à partir de mai 2025 du monopole de l’achat et de l’exportation de l’or artisanal, centralise l’ensemble de la filière : fixation des prix, délivrance de licences, lutte contre la contrebande.

Les résultats en volume sont spectaculaires. Le pays a fait entrer jusqu’à 3,8 milliards de dollars de volumes supplémentaires dans son circuit officiel sur la seule année 2025. Son directeur général, Sammy Gyamfi, indiquait en août 2026 que 170 tonnes d’or avaient été absorbées par les canaux formels en dix-huit mois, pour plus de 17 milliards de dollars de recettes d’exportation.

L’objectif était explicite. Selon le ministère ghanéen des Mines, il s’agissait de « reprendre la main face aux acheteurs étrangers » et de garantir que « l’or ghanéen finance le Ghana, pas les réseaux informels ».

L’ampleur du problème, et elle dépasse l’aide au développement

Les ordres de grandeur donnent la mesure de l’enjeu.

Une étude de l’organisation suisse Swissaid, fondée sur les données commerciales des Nations unies, chiffre à 229 tonnes l’écart entre les exportations d’or déclarées par le Ghana et les importations enregistrées par ses partenaires commerciaux entre 2019 et 2024 — soit environ 11,4 milliards de dollars qui échappent au pays.

Le cas zambien illustre le même phénomène. Pour la seule année 2023, les Émirats arabes unis ont déclaré avoir importé pour 1,8 milliard de dollars d’or zambien, contre 128 millions déclarés à l’exportation par Lusaka.

Ces écarts entre déclaration d’origine et déclaration de destination constituent la mesure la plus fiable de la contrebande — la même méthode avait révélé les circuits de l’or centrafricain. Ils sont d’un ordre de grandeur qui dépasse l’aide publique au développement reçue par ces pays.

La limite fiscale, et elle est brutale

C’est ici que le modèle montre ses limites.

En 2025, les petites mines ont représenté plus de la moitié de la production ghanéenne d’or. Elles ont versé moins de 500 000 cedis d’impôts — environ 44 400 dollars — selon la Chambre des mines du Ghana.

À titre de comparaison, l’ensemble du secteur minier a versé environ 19 milliards de cedis de recettes fiscales la même année, contribution provenant en très grande majorité des grandes mines industrielles.

Le Fonds monétaire international (FMI) parle de recettes fiscales « proches de zéro » provenant de l’or artisanal, après la suppression en 2025 de la retenue à la source de 1,5 % — mesure destinée précisément à rendre le marché officiel plus compétitif face à la contrebande.

Autrement dit : pour attirer l’or vers le circuit légal, le Ghana a supprimé l’impôt qui l’en écartait. Il a capté les volumes au prix des recettes. Accra a réintroduit une redevance de 2 % sur la petite exploitation aurifère depuis mars 2026 ; son rendement reste à mesurer.

L’or devenu instrument de politique monétaire

Accra ne cherche plus seulement à empêcher l’or de sortir clandestinement. Le métal est devenu un outil de stabilisation macroéconomique, et c’est la nouveauté de 2026.

Depuis cette année, le GoldBod a repris l’essentiel des opérations d’achat auparavant menées par la Banque du Ghana. Une partie de l’or et des devises générées alimente les réserves internationales et le marché des changes.

Pour le seul mois de septembre 2026, l’organisme prévoyait de générer 1,4 milliard de dollars de devises : 700 millions mis à disposition des banques commerciales pour soutenir le marché des changes, 700 millions versés aux réserves de la banque centrale. En août, le dispositif avait déjà produit 1,315 milliard de dollars.

Un secteur longtemps jugé incontrôlable est ainsi devenu un levier de politique monétaire. C’est un résultat que peu d’États africains peuvent revendiquer.

Ce que le modèle coûte

Le FMI formule deux réserves, et elles sont chiffrées.

La première est budgétaire. L’État supporte les coûts d’achat de l’or artisanal — il faut payer les producteurs avant de revendre. Le Fonds a chiffré à environ 1,7 milliard de dollars en 2025 les pertes du programme d’achat mené alors par la banque centrale, soit 1,5 % du produit intérieur brut. Ces pertes provenaient des frais de service, des coûts d’analyse, des marges de négociation et des conditions de change retenues pour acheter le métal.

Depuis juillet 2026, ce risque a été transféré de la banque centrale au GoldBod et au gouvernement. Le Fonds demande désormais que les coûts soient réduits et que les comptes du GoldBod soient audités et publiés.

La seconde réserve porte sur la traçabilité. Le dispositif de suivi n’a été lancé qu’en 2026, avec une première phase couvrant environ 600 exploitations. Six cents sites dans un secteur dispersé qui produit plus de la moitié de l’or national : la couverture reste partielle.

Trois modèles coexistent sur le continent

Plusieurs pays regardent vers Accra. La Zambie explicitement : sa société publique d’investissement minier, ZCCM Investments Holdings, estime que la formalisation du secteur artisanal pourrait rapporter jusqu’à 1,8 milliard de dollars. La Côte d’Ivoire en débat depuis 2025.

Le cas ivoirien illustre l’urgence. Les autorités évoquent 142 tonnes et 4 600 milliards de FCFA échappant au contrôle de l’État — chiffres dont la période de référence et l’attribution restent disputées. Le Groupement de sécurité contre l’orpaillage illégal a démantelé plus de 8 500 sites depuis 2021, mais le nombre de sites clandestins actifs est passé de 801 en 2023 à plus de 1 600 en mai 2026.

Le Cameroun a suivi le chemin inverse en gelant la délivrance des agréments de commercialisation, ce qui a bloqué près de 200 bureaux d’achat et, selon le syndicat du secteur, poussé les orpailleurs vers les circuits parallèles.

Trois approches, donc : le monopole public d’achat au Ghana, la répression au Cameroun et en Côte d’Ivoire, l’absence de contrôle en Zambie jusqu’ici.

La leçon de fond

Le modèle ghanéen obtient des résultats mesurables sur les volumes. Il coûte cher, ne rapporte presque rien fiscalement pour l’instant, et sa traçabilité reste embryonnaire.

Mais il pose la bonne question. Un orpailleur vend à qui le paie le mieux et le plus vite. Tant que l’acheteur informel offre un meilleur prix et un paiement immédiat, aucune répression ne fera basculer les flux. Le Ghana l’a compris en devenant lui-même cet acheteur.

Reste à savoir si un État peut durablement acheter de l’or au prix du marché, le revendre, en supporter le portage financier et en tirer un bénéfice fiscal. Sur ce point, le bilan ghanéen n’est pas encore établi — et c’est précisément ce que devraient examiner les pays tentés de le copier.

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