Les importations de poisson du Cameroun ont bondi de 29 % en 2025, selon l’Institut national de la statistique (INS) — à rebours de la politique d’import-substitution affichée par Yaoundé. Le chiffre s’ajoute à deux autres publications récentes qui dessinent le portrait d’une économie sous tension extérieure : des exportations de cacao en chute de 34,65 %, et des prix sortie-usine en accélération de 1,4 % au premier trimestre 2026.
Le poisson au Cameroun, talon d’Achille de l’import-substitution
C’est le chiffre le plus contrariant pour la politique économique affichée. La quasi-totalité des volumes correspond à du poisson de mer congelé : 267 259 tonnes en 2025, pour une valeur d’environ 230,8 milliards de francs CFA.
Le renchérissement s’ajoute aux quantités. Le prix moyen à l’importation est passé de 809 à 864 francs CFA le kilogramme, soit une hausse de 6,8 %. Le pays paie donc plus cher un produit qu’il importe en plus grande quantité.
Cumulées avec le lait en poudre, en hausse de 8 %, ces deux dépendances alimentaires ont mobilisé 264,1 milliards de francs CFA de devises en 2025, contre 201 milliards un an plus tôt — un bond de 31,4 %.
La dynamique heurte de plein fouet le Plan intégré d’import-substitution, qui fait de la réduction des importations alimentaires un objectif central. Sur ce produit précis, la trajectoire est exactement inverse à la cible.
Une nuance de calendrier à ne pas transformer en contradiction
Un second chiffre circule et semble contredire le premier : au premier trimestre 2026, les importations de poisson reculent de 35,5 % en valeur, selon le Comité national économique et financier.
Les deux données ne s’opposent pas. Elles portent sur des périodes différentes — l’année 2025 complète d’un côté, le premier trimestre 2026 de l’autre — et sur des mesures différentes, volumes et valeurs. Un trimestre ne renverse pas une tendance annuelle, et un recul en valeur peut refléter une baisse des prix autant qu’une baisse des volumes.
Ce qu’on peut dire prudemment : la dépendance halieutique reste massive en 2025, et le début 2026 marque une inflexion dont il faudra vérifier si elle se confirme sur l’ensemble de l’exercice.
Le cacao, l’autre bout de l’équation
Pendant que la facture alimentaire grimpe, la première recette d’exportation s’effondre. Les exportations de fèves de cacao sont tombées à 125 469 tonnes en 2025-2026, contre 192 012 tonnes la campagne précédente, pour des recettes ramenées à environ 400,9 milliards de francs CFA.
Lues ensemble, les deux séries racontent un pays qui gagne moins sur ses exportations et dépense plus pour se nourrir. C’est l’effet de ciseau classique des économies dépendantes d’une matière première : la volatilité des cours frappe les recettes, tandis que la facture d’importation, elle, est peu compressible à court terme.
Des prix sortie-usine qui frémissent
Troisième signal : les prix à la production dans l’industrie ont accéléré de 1,4 % au premier trimestre 2026, portés principalement par les hydrocarbures. Le périmètre statistique exact de cet indicateur mérite d’être conservé lorsqu’il est cité, car il ne mesure pas les prix à la consommation.
Un mouvement de cette ampleur n’est pas spectaculaire en soi. Il compte parce qu’il s’inscrit dans une séquence : une industrie dont les coûts d’entrée montent, dans une économie dont les rentrées de devises se contractent.
Ce que trois statistiques ne disent pas
Il faut se garder d’en tirer un diagnostic global. Ces trois séries proviennent de trois institutions distinctes, portent sur des périodes qui ne se recouvrent pas exactement, et ne prétendent pas décrire l’ensemble de l’économie camerounaise.
Ce qu’elles éclairent, en revanche, est cohérent : la vulnérabilité extérieure du pays s’est accrue en 2025. Moins de recettes d’exportation, plus de devises consacrées à l’alimentation importée, et des coûts industriels orientés à la hausse.
Cette équation en rejoint une autre, plus structurelle : celle du financement. Quand les recettes d’exportation reculent, l’État se tourne davantage vers le marché régional des titres publics, et le système bancaire absorbe une part croissante du risque souverain — un mécanisme déjà documenté pour l’ensemble de la zone CEMAC.
Le rendez-vous statistique suivant sera celui du bilan définitif de la campagne cacaoyère et des comptes extérieurs du premier semestre 2026. Ils diront si 2025 était un creux ou un palier.








