Le rachat de Société Générale Cameroun, devenue General Bank of Cameroon (GBC), figure désormais au chapitre des risques du Rapport pays 2026 de la Banque africaine de développement (BAD) consacré au Cameroun. L’institution y juge que la multiplication des recapitalisations et acquisitions publiques dans le secteur bancaire constitue une « source de préoccupation majeure ». L’État détient 83,68 % de la deuxième banque du pays.
Une précision s’impose d’emblée, et elle est décisive : le rapport de la BAD ne conclut pas à une fragilité particulière de General Bank of Cameroon et ne contient aucun audit de l’établissement. L’alerte porte sur l’accumulation des participations publiques dans le secteur, pas sur la santé de la banque.
D’une filiale française à une banque d’État
Le 12 mai 2026, le ministre des Finances Louis Paul Motaze officialisait la finalisation du rachat par l’État des 58,08 % détenus par le groupe Société Générale dans sa filiale locale. Plusieurs sources camerounaises évaluent l’opération à environ 129 milliards de francs CFA, soit quelque 230,5 millions de dollars toutes taxes comprises.
C’était l’aboutissement de la convention de cession signée le 15 juillet 2025 à Douala avec François Bloch, directeur général Afrique du groupe français, dans le cadre du retrait de Société Générale du continent. Cumulée à sa participation historique de 25,60 %, l’opération porte l’État à 83,68 % du capital, l’assureur SanlamAllianz Cameroun Assurances conservant les 16,32 % restants.
Ce contrôle public n’a officiellement « pas vocation à durer » : les autorités ont engagé la recherche d’un actionnaire stratégique. Un courrier de la présidence daté du 27 avril 2026, signé du secrétaire général Ferdinand Ngoh Ngoh, semble accorder une longueur d’avance au consortium formé par la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) et NSIA Banque. Plusieurs groupes régionaux — BGFI, Coris Bank International, Zenith Bank — restent cités parmi les prétendants. Plus d’un an après la signature de la cession, le dossier du repreneur demeure ouvert. Les informations de presse sur une revente rapide ne doivent pas être confondues avec un calendrier officiel de désengagement.
Ce que la BAD redoute exactement chez General Bank of Cameroon
L’alerte du Rapport pays 2026 tient en trois inquiétudes. L’accumulation d’abord : le rachat de GBC n’est pas un acte isolé mais l’exemple le plus récent d’une expansion publique dans le capital bancaire, par acquisitions et recapitalisations successives.
La gouvernance ensuite. Un État à la fois actionnaire, régulateur indirect, premier emprunteur et premier client des banques cumule des casquettes que les standards de supervision recommandent précisément de séparer — avec les risques d’interférence dans l’allocation du crédit que cette confusion emporte.
L’interdépendance enfin. Plus les bilans bancaires se remplissent de titres publics, et plus le capital des banques appartient à l’État, plus un choc budgétaire devient un choc bancaire, et réciproquement. Cette « boucle souverain-banques » est exactement celle que documentent, à l’échelle de la sous-région, les records d’endettement des États de la CEMAC sur le marché des titres publics, dont les adjudications tchadiennes du mois d’août donnent un aperçu concret.
Un système bancaire qui, par ailleurs, se porte bien
L’avertissement de la BAD ne décrit pas un secteur en crise, et il faut le dire pour ne pas fausser la lecture. À fin novembre 2025, le système bancaire camerounais affichait un bilan agrégé de 13 592,9 milliards de francs CFA, pour 8 865,4 milliards de dépôts et 6 924,2 milliards de crédits. Seize banques sur dix-huit respectaient entièrement les normes prudentielles, et le taux brut de créances en souffrance reculait de 14,3 % à 12,9 %.
Le rappel a néanmoins une résonance particulière au Cameroun, où la mémoire des crises bancaires des années 1980-1990 — une dizaine d’établissements liquidés entre 1987 et 2000, souvent après des années de gestion administrée et de crédits dirigés — reste le contre-exemple fondateur de la supervision régionale née de cette époque.
Sauver sans s’incruster : l’équation de Yaoundé
La position des autorités camerounaises n’est pas indéfendable, et mérite d’être exposée. Face au retrait des groupes français, l’État a évité qu’une banque systémique ne tombe en déshérence ou ne soit bradée. Le portage public se veut transitoire, le temps d’organiser une cession ordonnée. Et la BAD elle-même ne conteste pas l’opération en soi, mais sa répétition et l’absence d’une stratégie de sortie claire.
Tout se jouera donc sur deux tests. Le calendrier d’abord : la vente effective de GBC à un opérateur bancaire crédible, dans un processus transparent, validerait le discours du portage temporaire. Le périmètre ensuite : la capacité de l’État à ne pas transformer chaque difficulté bancaire en prise de participation durable.
La question se pose alors que le secteur financier camerounais connaît par ailleurs des mouvements de fond, du côté des services financiers mobiles comme du financement bancaire des grands projets miniers. Le Rapport pays de la BAD a le mérite de poser la question au bon moment : avant que l’exception ne devienne la doctrine.







