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Legatum 2026 : la Tunisie 75e mondiale, 9 rangs perdus

Avenue de Tunis : le classement Legatum 2026 place la Tunisie 75e mondiale

L’édition 2026 du Legatum Prosperity Index place la Tunisie au 75e rang mondial et en tête de l’Afrique du Nord. Elle devance le Maroc (76e), l’Algérie (83e), la Libye (115e), l’Égypte (120e) et le Soudan (152e). À l’échelle continentale, elle se situe derrière l’île Maurice (45e mondiale, première d’Afrique) et le Botswana (70e).

Deux chiffres méritent pourtant plus d’attention que la première place : l’écart avec le Maroc est d’un seul rang, et la Tunisie occupait la 66e position en 2017.

Ce que dit le Legatum Prosperity Index 2026

Publié chaque année depuis 2007 par un groupe de réflexion britannique, l’indice agrège des dizaines d’indicateurs institutionnels, économiques et sociaux. L’Afrique du Sud, première économie industrialisée du continent, y apparaît au 86e rang mondial — onze places derrière Tunis. Le Sénégal ferme le top 10 africain à la 100e position.

Ce classement oblige à regarder au-delà du produit intérieur brut. La Suisse arrive en tête mondiale non par sa richesse, mais par l’absence de faiblesse majeure dans l’un des domaines mesurés.

La première place tient à un rang

L’écart entre la Tunisie et le Maroc est d’une seule position. Dans un classement composite agrégeant des dizaines d’indicateurs assortis de marges d’erreur, un rang ne constitue pas une différence statistiquement significative. Le titre de « première d’Afrique du Nord » relève donc davantage de la présentation que du constat robuste.

Ce qui est solide, en revanche, c’est le groupe. Tunisie, Maroc et Algérie figurent tous trois parmi les six premiers du continent, portés par des cadres institutionnels relativement structurés et des indicateurs sociaux équilibrés, malgré des pressions économiques persistantes.

La vraie information est dans la trajectoire

Le meilleur classement tunisien dans cet index remonte à 2017 : le pays occupait alors la 66e place mondiale. Neuf rangs perdus en moins d’une décennie — c’est l’information centrale du dossier, davantage que la position elle-même.

L’explication est structurelle. Si la Tunisie conserve sa première place régionale, c’est en grande partie grâce aux avancées socio-économiques réalisées entre les années 1990 et 2010, période durant laquelle la croissance annuelle moyenne avoisinait, voire dépassait, les 5 %.

C’est le paradoxe que désigne ce résultat : le pays est classé pour ce qu’il a construit hier, pas pour ce qu’il produit aujourd’hui. Un système éducatif, un réseau de santé, un tissu institutionnel bâtis sur deux décennies continuent de produire des indicateurs favorables longtemps après que l’investissement qui les a créés a cessé. Jusqu’au moment où ils cessent de le faire.

Une réserve méthodologique que les reprises omettent

L’édition 2026 introduit une nouvelle méthodologie, fondée sur une moyenne dite « moyenne p ». Son principe : empêcher qu’une performance excellente dans un domaine compense entièrement une faiblesse majeure dans un autre. Les pays présentant des déséquilibres marqués sont donc pénalisés.

Cette évolution éclaire plusieurs résultats — notamment le fait que de petites économies devancent de grandes puissances régionales. Mais elle impose une prudence rarement signalée : comparer un 66e rang obtenu en 2017 avec un 75e rang obtenu en 2026 sous une méthodologie révisée, c’est comparer deux mesures qui ne se calculent pas de la même façon.

Une partie du recul peut donc tenir au changement d’instrument plutôt qu’à une dégradation réelle. La conclusion sur le déclin reste vraisemblable — elle est cohérente avec les données macroéconomiques tunisiennes de la période — mais son ampleur chiffrée doit être maniée avec précaution.

Attention aux classements homonymes

Plusieurs indices circulent simultanément et donnent des résultats divergents. Le HelloSafe Prosperity Index, publié en avril 2026 par un comparateur canadien, classe la Tunisie sixième ou septième africaine selon les reprises et place l’Algérie en tête du Maghreb — l’inverse du résultat Legatum. Sa méthodologie diffère : produit intérieur brut par habitant en parité de pouvoir d’achat, revenu national brut, indice de développement humain, inégalités de revenus, taux de pauvreté.

Autre source de confusion, le Global Soft Power Index 2026 de Brand Finance situe également la Tunisie au 75e rang mondial, avec un score de 36,7 sur 100. La coïncidence de rang n’a aucun rapport avec l’indice Legatum.

Ces divergences ne discréditent pas les classements. Elles rappellent que chacun mesure ce qu’il a choisi de mesurer, et qu’un rang isolé de sa méthodologie ne signifie rien.

Deux enseignements qui dépassent la Tunisie

Le premier concerne la relation entre taille économique et prospérité. L’île Maurice, économie modeste, devance de quarante et un rangs l’Afrique du Sud, première puissance industrielle du continent. Le Botswana devance la Tunisie. Ces écarts traduisent le poids des institutions et de la stabilité, que le seul volume de richesse ne capture pas.

Le second est plus inconfortable. Un classement mesure des indicateurs, pas une expérience vécue. Un pays peut conserver un bon rang tout en voyant sa population percevoir une dégradation quotidienne — parce que les indicateurs agrégés réagissent avec retard, et parce qu’une moyenne nationale ne dit rien de sa distribution. La prospérité, pour être réelle, doit être ressentie autant que mesurée.

Les méthodologies comparées des indices de développement sont détaillées par le Legatum Institute.

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