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Ghana or : 1,7 milliard $ de pertes, 8 fois l’annonce

Lingot d'or fin et granulés d'or

Le programme d’achat d’or de la Banque du Ghana a coûté 1,7 milliard de dollars en 2025, soit 1,5 % du produit intérieur brut — près de huit fois les 214 millions annoncés jusqu’ici par les autorités monétaires. C’est le Fonds monétaire international qui le révèle. Le même dispositif a pourtant reconstitué les réserves du pays et accompagné une appréciation de 41 % du cedi.

Le chiffre et son écart

Le rapport pays n° 26/213 du FMI sur le Ghana, document de référence pour la consultation 2026 au titre de l’article IV, publié le 4 août 2026, chiffre à plus de 1,7 milliard de dollars les pertes du programme d’achat domestique d’or sur la seule année 2025.

Le contraste est brutal avec les 214 millions de dollars évoqués jusqu’ici par les autorités monétaires ghanéennes : l’écart dépasse un facteur sept.

Ces pertes sont par ailleurs en forte accélération. Elles s’élevaient à environ 400 millions de dollars en 2024. Elles ont donc plus que quadruplé en un an.

Comment un programme d’achat d’or perd de l’argent

Le mécanisme mérite d’être expliqué, car il n’a rien d’évident.

Une banque centrale qui achète de l’or à des producteurs nationaux le paie en monnaie locale, souvent à un prix supérieur au cours mondial converti — c’est ce différentiel qui rend le circuit attractif pour les vendeurs et détourne la production des filières informelles. L’écart entre ce qu’elle paie et ce que vaut le métal à la revente ou au bilan constitue la perte.

Cette perte n’est pas un accident : elle est le prix de l’objectif poursuivi. En achetant l’or localement, la banque centrale l’échange contre des cedis plutôt que de dépenser des devises, reconstitue ses réserves sans puiser dans ses dollars, et retire de la pression sur le marché des changes.

Autrement dit, le programme achète de la stabilité monétaire et la paie en pertes comptables. La question n’est pas de savoir si cela coûte — cela coûte toujours — mais de savoir combien, et si quelqu’un le sait.

Ce que le FMI conteste n’est pas le résultat

Sur les effets, personne ne discute vraiment. Le dispositif a contribué à renforcer les réserves de change, à fluidifier l’accès aux devises et à accompagner une appréciation du cedi de 41 %. Pour une économie qui sortait d’une crise de la dette, ce sont des résultats considérables.

Ce que le Fonds met en cause, c’est la méthode. Un écart d’un facteur sept entre le coût annoncé et le coût constaté soulève d’abord une question de périmètre comptable : que compte-t-on exactement, et selon quelles règles de valorisation ? Il soulève ensuite une question de transparence, plus politique. Un programme qui pèse 1,5 % du PIB n’est pas une opération technique de trésorerie : c’est un choix budgétaire implicite, financé sans passer par le budget.

Enfin, il pose une question de principe : jusqu’où une banque centrale peut-elle intervenir directement dans le commerce d’une matière première stratégique, en s’écartant de son mandat monétaire ?

Pourquoi cela dépasse le Ghana

Plusieurs pays africains producteurs d’or regardent ce dispositif avec intérêt. L’idée d’acheter sa propre production plutôt que de la voir partir par des circuits informels séduit d’autant plus que les cours sont élevés — c’est la même logique qui pousse le Cameroun à geler des agréments miniers ou la Centrafrique, dont les recettes d’exportation d’or ont été multipliées par dix, à formaliser ses filières.

Le cas ghanéen apporte donc une information précieuse à tous : le dispositif fonctionne, et il coûte beaucoup plus cher que ce qui est généralement annoncé. Les deux constats vont ensemble.

Ce qu’il faut surveiller

Trois éléments diront la suite : la réponse de la Banque du Ghana sur le périmètre comptable retenu par le Fonds, l’évolution des pertes en 2026 maintenant qu’elles sont documentées, et la publication ou non d’un chiffrage officiel régulier. Le rapport pays n° 26/213 est référencé au titre de la consultation 2026 sur l’article IV.

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