Les recettes d’exportation d’or de la Centrafrique ont atteint environ 181 milliards de FCFA en 2025, contre 18,1 milliards un an plus tôt — une multiplication par dix en un exercice. Le métal jaune détrône le bois et le diamant, longtemps en tête du commerce extérieur de Bangui. Reste à savoir ce que cette envolée doit au prix de l’or, et ce qu’elle doit au pays.
Les chiffres
En 2025, les recettes tirées des exportations d’or centrafricain se sont établies à environ 181 milliards de FCFA, soit de l’ordre de 313 millions de dollars selon le taux de conversion retenu. L’année précédente, elles atteignaient 18,1 milliards de FCFA, autour de 31 millions de dollars.
L’or s’impose désormais comme le principal moteur des recettes extérieures du pays, devant le bois et le diamant qui occupaient traditionnellement le haut du classement.
Selon la Banque africaine de développement, deux facteurs expliquent cette progression : l’envolée des cours mondiaux et la formalisation partielle de circuits jusqu’ici informels.
Effet prix ou effet volume : la distinction décisive
C’est la question qui commande toutes les autres, et elle n’est pas tranchée par les données disponibles.
Les cours mondiaux de l’or ont fortement progressé au cours de 2025. Mécaniquement, un pays qui exporte la même quantité de métal voit la valeur de ses exportations grimper sans avoir extrait un gramme de plus. La hausse de la valeur exportée ne prouve donc pas que la production physique centrafricaine ait augmenté dans les mêmes proportions.
La différence est loin d’être théorique. Un effet prix est réversible : il s’inverse le jour où les cours refluent, et il ne laisse derrière lui ni mine supplémentaire, ni emploi, ni compétence. Un effet volume, lui, traduit une capacité productive nouvelle qui survit au retournement du marché.
Tant que les tonnages exportés ne sont pas publiés à côté des valeurs, la performance de 2025 reste ambiguë. C’est la première donnée à réclamer.
La formalisation : ce que le chiffre mesure vraiment
Le second facteur avancé par la Banque africaine de développement est peut-être plus intéressant que le premier, et il est souvent mal lu.
Quand un État formalise des circuits d’exportation jusque-là informels, une partie de ce qui sortait déjà du territoire devient simplement visible. L’or ne se met pas à exister : il entre dans les statistiques. Une progression des exportations déclarées peut donc refléter une amélioration du contrôle plutôt qu’une hausse de l’activité.
Ce n’est pas une mauvaise nouvelle — c’est même l’objectif de toute politique de traçabilité, et cela conditionne les recettes fiscales. Mais cela signifie qu’une partie du bond de 2025 pourrait correspondre à de l’or qui partait déjà, sans être compté.
Ce qui reste à démontrer : la transformation en recettes publiques
Exporter davantage et encaisser davantage sont deux choses distinctes. Pour un pays doté d’un appareil productif limité, d’infrastructures de transport insuffisantes et d’un marché intérieur étroit, la question n’est pas le montant exporté mais ce qu’il en reste sur place.
Trois canaux déterminent cette conversion : la fiscalité minière effectivement perçue, les emplois formels créés dans la filière, et la part de valeur ajoutée retenue avant l’exportation. Aucun des trois n’est documenté par les données publiées à ce jour.
S’y ajoute une contrainte propre au pays : l’exploitation aurifère centrafricaine reste marquée par l’informalité, des difficultés de traçabilité et un environnement sécuritaire complexe. Ces facteurs pèsent directement sur la capacité de l’État à capter la ressource.
Une dynamique régionale
La Centrafrique n’est pas seule dans ce mouvement. L’or est devenu un enjeu de souveraineté économique dans plusieurs pays du continent, avec les mêmes questions de circuits parallèles et de captation de la rente — comme l’illustre le gel des agréments miniers au Cameroun.
Ce que la Centrafrique fera de cette rente comptera davantage que son montant. Une envolée des cours offre une fenêtre : elle ne construit ni administration fiscale, ni filière. Le cadre monétaire de la zone, dont dépend la conversion de ces recettes, relève de la Banque des États de l’Afrique centrale.








