Une majorité d’Africains soutient la libre circulation dans sa région — 56 % — mais 64 % souhaiteraient que leur pays admette moins de demandeurs d’emploi étrangers, et 70 % moins de réfugiés. Le rapport phare 2026 d’Afrobarometer, fondé sur 50 961 entretiens dans 38 pays, livre surtout un constat inattendu sur l’immigration : la plus forte résistance ne vient pas des plus pauvres.
Une enquête de 50 961 entretiens
Afrobarometer a présenté le 5 août 2026 le troisième rapport de sa série phare annuelle, « Beyond borders ». Il s’appuie sur 50 961 entretiens en face-à-face menés dans 38 pays africains au cours des vagues de terrain de 2024 et 2025.
L’étude examine cinq dimensions de la relation entre l’Afrique et le reste du monde : commerce et intégration économique, migrations, compétition entre grandes puissances, place du continent dans la gouvernance mondiale, et climat.
Sa valeur tient à ce qu’elle mesure : non pas les politiques officielles des gouvernements, mais la façon dont les citoyens eux-mêmes perçoivent l’ouverture des frontières.
56 % pour la libre circulation régionale
Une courte majorité — 56 % — se déclare favorable à la libre circulation des personnes au sein de sa sous-région, pour travailler ou commercer.
Le résultat compte pour les projets d’intégration portés par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la Communauté d’Afrique de l’Est et la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). Il indique qu’une majorité de citoyens adhère au principe d’une mobilité régionale accrue, dès lors qu’elle est associée au travail et aux échanges.
Mais l’adhésion est loin d’être uniforme. Elle s’effondre dans certains pays, l’Afrique du Sud se distinguant par une opinion particulièrement réticente à l’immigration et aux entrées de travailleurs étrangers.
Immigration : le paradoxe que mesure Afrobarometer
Le soutien de principe se retourne dès que la question devient concrète. Interrogés non plus sur la libre circulation mais sur l’accueil effectif, 64 % des répondants souhaitent que moins de demandeurs d’emploi étrangers soient admis dans leur pays, et 70 % souhaitent que moins de réfugiés le soient.
L’écart entre 56 % de soutien à la mobilité et ces deux chiffres dessine la ligne de partage. Les citoyens distinguent la circulation — pouvoir aller travailler ailleurs, faire du commerce transfrontalier — de l’installation d’étrangers chez eux, perçue comme une concurrence pour les emplois et les ressources.
Ce n’est pas une contradiction logique. C’est la même position vue des deux côtés de la frontière : je veux pouvoir partir, je veux pouvoir revenir, et je préfère que peu de gens viennent.
Le résultat qui dérange : les plus instruits résistent le plus
C’est le constat le plus inattendu du rapport, et il contredit une intuition répandue. Ce sont les répondants les plus instruits et les plus aisés qui expriment la plus forte résistance à l’accueil de demandeurs d’emploi et de réfugiés.
L’explication tenant à l’insécurité économique des plus démunis ne suffit donc pas. Elle est même contredite par les données : ceux qui devraient être les plus exposés à la concurrence sur le marché du travail informel ne sont pas les plus fermés.
Cette inversion mérite d’être versée au débat africain sur les migrations, souvent conduit en supposant que la xénophobie serait un produit mécanique de la pauvreté. Le rapport ne dit pas pourquoi il en va autrement — il documente le fait, pas sa cause.
Ce que cela signifie pour la ZLECAf et les unions régionales
L’enjeu est direct. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et les protocoles de libre circulation des communautés régionales supposent une acceptation sociale de la mobilité. Les données d’Afrobarometer indiquent que cette acceptation existe pour les biens et pour le travail temporaire, mais qu’elle se réduit fortement dès qu’il s’agit d’installation durable.
Autrement dit, l’obstacle n’est pas seulement douanier ou administratif. Un protocole de libre circulation ratifié dans une capitale peut se heurter à une opinion qui l’accepte en principe et le refuse en pratique — ce qui explique en partie pourquoi les engagements de mobilité restent, dans plusieurs communautés régionales, moins appliqués que signés.
Le rapport complet et les données par pays sont publiés par Afrobarometer.