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Journée panafricaine de la femme : 64 ans, l’eau au centre

Journée panafricaine de la femme : 64 ans après la conférence de Dar es-Salaam

La Journée panafricaine de la femme, célébrée le 31 juillet, a 64 ans : elle remonte à la première Conférence des femmes africaines de Dar es-Salaam, en 1962. L’édition 2026 était placée sous le thème de l’accès durable à l’eau et à l’assainissement. Un choix qui déplace le regard des principes vers une contrainte matérielle mesurable — et qui en dit long sur ce qui bloque encore.

L’origine de la Journée panafricaine de la femme

Le 31 juillet 1962, des femmes venues de l’ensemble du continent se réunissent pour la première fois à Dar es-Salaam, en Tanzanie, dans le cadre de la Conférence des femmes africaines. L’objectif est explicitement politique : unir leurs forces par-delà les différences ethniques et linguistiques, en soutien aux luttes d’indépendance alors en cours.

Cette dynamique conduit, le 31 juillet 1963, à la création de l’Organisation panafricaine des femmes à Addis-Abeba. Lors de son premier congrès, tenu à Dakar en 1974, l’organisation consacre officiellement le 31 juillet comme Journée internationale de la femme africaine. L’initiative est largement associée à Aoua Keïta, figure malienne des luttes pour l’émancipation des femmes africaines.

Ces dates fondatrices varient selon les sources, plusieurs reprises confondant la conférence de 1962, la création de l’OPF en 1963 et la consécration de 1974. Nous retenons ici la chronologie de l’organisation elle-même.

Une distinction utile s’impose par ailleurs. La Journée panafricaine des femmes ne se confond ni avec le 8 mars, ni avec la Journée internationale des femmes et des filles d’ascendance africaine instaurée par les Nations unies, qui répond à des objectifs propres aux réalités des diasporas. L’OPF a depuis obtenu le statut d’agence spécialisée de l’Union africaine.

Pourquoi le thème 2026 porte sur l’eau

L’édition 2026 était placée sous le thème de l’accès durable à l’eau et à l’assainissement, en cohérence avec l’Agenda 2063 de l’Union africaine — les commémorations y associant la paix communautaire et les moyens de subsistance. Dans son message, le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a salué les femmes ayant participé aux luttes de libération, à la consolidation de la paix et au développement.

Le choix peut surprendre pour une journée consacrée aux droits des femmes. Il est en réalité cohérent, et c’est ce qui en fait l’intérêt.

Le chiffre est documenté : dans les foyers sans eau disponible sur place, les femmes et les filles assurent la collecte dans sept cas sur dix, selon l’analyse conjointe de l’OMS et de l’UNICEF publiée en 2023. Ce temps se compte en heures quotidiennes — des heures soustraites à la scolarité, à l’activité économique, au repos. L’absence de sanitaires séparés dans les établissements scolaires est par ailleurs identifiée de longue date comme un facteur d’absentéisme et d’abandon chez les adolescentes.

Le thème n’est donc pas un déplacement du sujet, mais un recentrage : il désigne une contrainte matérielle mesurable plutôt qu’un principe déclaratif. On peut compter des forages, des kilomètres évités, des heures rendues. On compte plus difficilement une intention.

Le vrai débat : le texte contre son effectivité

Plus de six décennies après sa création, la date reste un moment d’interpellation autant que de commémoration. Les inégalités persistent en politique, en économie et dans les processus de paix.

Les questions posées à cette occasion sont précises : quelles lois sont effectivement appliquées ? Quels moyens leur sont consacrés ? Quelle place réelle les femmes occupent-elles dans les décisions publiques et économiques ?

C’est la distinction entre le cadre juridique et son effectivité qui structure le débat contemporain. Le continent ne manque pas d’instruments — Protocole de Maputo adopté en 2003, stratégies nationales de genre, quotas électoraux dans plusieurs pays. Il manque de mécanismes de mise en œuvre, de budgets dédiés et de données de suivi.

Le dossier de la Convention de l’Union africaine sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes et des filles illustre cette mécanique. Adoptée par les chefs d’État en février 2025, c’est le premier traité continental exclusivement consacré à ce fléau — et au 31 juillet 2026, les ratifications restaient insuffisantes pour son entrée en vigueur. Un texte peut exister sans produire d’effet juridique tant que la chaîne signature-ratification-transposition n’est pas parcourue jusqu’au bout.

Les écarts persistent par ailleurs là où ils se mesurent le mieux. ONU Femmes évaluait à 21 % l’écart moyen de rémunération entre femmes et hommes en Afrique orientale et australe, dans un rapport publié en 2023 — y compris après prise en compte de l’éducation, de l’ancienneté et de la nature de l’emploi. Les femmes demeurent en outre minoritaires dans de nombreux parlements, gouvernements et administrations territoriales.

Ce que les célébrations ont montré

Au Mali, le lancement des activités s’est tenu le 31 juillet à Koulikoro, sous la présidence du général de corps d’armée Ismaël Wagué représentant le chef de l’État, aux côtés de la ministre de la Promotion de la femme, de l’enfant et de la famille, Djénéba Sanogo. Les autorités y ont rappelé les défis auxquels les femmes restent confrontées : inégalités, violences basées sur le genre, effets du changement climatique et crises sécuritaires.

Au Togo, l’édition a coïncidé à Lomé avec le Salon international de l’entrepreneuriat féminin, organisé les 31 juillet et 1er août.

Cette coïncidence n’est pas anodine. Elle traduit un glissement observable depuis plusieurs années : la journée, née d’une revendication politique liée aux indépendances, s’articule de plus en plus autour de l’entrepreneuriat et de l’autonomisation économique. Ce déplacement ouvre des opportunités concrètes ; certaines militantes y lisent aussi une dépolitisation. Cette lecture est rapportée comme un point de débat, non comme un constat établi.

Une date qui offre un autre cadre de référence

Le 31 juillet reste peu connu en Europe, où le 8 mars occupe l’essentiel de l’espace médiatique. Il offre pourtant un cadre distinct : celui d’une histoire de l’émancipation féminine indexée sur les luttes de libération africaines, et non calquée sur les chronologies occidentales.

Pour les associations de la diaspora, c’est un point d’ancrage identifiable pour aborder des sujets qui traversent les communautés africaines d’Europe — accès aux droits, situations transnationales, transmission entre générations — sans passer par un cadre de référence extérieur.

Reste l’essentiel, qui ne se règle pas un 31 juillet. Tant que l’eau se porte à la tête sur plusieurs kilomètres, la question de la participation économique des femmes est déjà tranchée avant d’être posée. C’est pourquoi le thème de cette édition vaut mieux qu’un slogan : il désigne le point où les droits proclamés rencontrent les heures d’une journée. Les programmes genre de l’Union africaine publient les états de ratification des instruments continentaux — c’est là, plus que dans les discours de célébration, que se mesurera l’écart entre le texte et l’effet.

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