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Mbalam : le Cameroun perd l’arbitrage, 616 millions $

Mine de fer à ciel ouvert, comme le projet Mbalam au Cameroun visé par l'arbitrage

Sundance Resources a annoncé le 26 juillet 2026 qu’un tribunal arbitral constitué sous l’égide de la Chambre de commerce internationale avait condamné le Cameroun à lui verser environ 616 millions de dollars, soit près de 355 milliards de francs CFA, dans le litige portant sur le gisement de fer de Mbalam-Nabeba. La sentence reste confidentielle et Yaoundé n’a pas réagi publiquement.

L’arbitrage de Mbalam met le Cameroun face à une facture d’un ordre de grandeur inhabituel pour un contentieux minier. L’information n’est pas venue de Paris, siège de la procédure, mais de la City de Londres. Le 24 juillet 2026, Burford Capital, gestionnaire d’actifs spécialisé dans le financement de contentieux, indiquait dans un communiqué qu’une sentence supérieure à 600 millions de dollars venait d’être rendue en faveur d’une entreprise dont il finance les procédures. Deux jours plus tard, Sundance Resources confirmait être cette entreprise.

La junior minière australienne chiffre le montant à environ 616 millions de dollars, dommages, intérêts et frais compris. Elle indique que le tribunal a estimé que le Cameroun avait manqué à ses obligations légales envers elle et envers sa filiale camerounaise Cam Iron SA, s’agissant de leurs investissements dans le gisement. Le tribunal aurait également retenu une violation de la convention d’arbitrage elle-même, l’État n’ayant pas respecté l’ordonnance d’un arbitre d’urgence rendue au printemps 2022.

Ces éléments proviennent du communiqué de l’entreprise : la sentence n’étant pas publique, ils ne peuvent être vérifiés dans le texte de la décision. La conversion en francs CFA dépend par ailleurs du cours retenu ; sur la base des références publiées par la Banque centrale européenne le 24 juillet 2026, le montant avoisine 355 milliards de francs CFA. C’est l’ordre de grandeur d’une ligne budgétaire majeure pour un État dont les recettes d’exportation ont reculé de 23,6 % au premier trimestre 2026.

Mbalam : vingt ans de promesses, aucune tonne extraite

Le projet Mbalam-Nabeba est présenté depuis deux décennies comme l’un des plus importants gisements de minerai de fer d’Afrique. Il est à cheval sur la frontière entre le Cameroun et la République du Congo, ce qui suppose non seulement une mine, mais aussi un corridor ferroviaire et des infrastructures portuaires capables d’évacuer le minerai. Sundance Resources travaille sur ce périmètre depuis 2006. Aucune tonne n’a jamais été extraite.

La convention minière de Mbalam a été signée avec l’État camerounais le 30 novembre 2012. Le contentieux arbitral a ensuite été engagé sur le fondement d’un accord de transition conclu en 2015. Le cœur du litige tient à un acte administratif : Sundance soutient que le Cameroun n’a pas pris le décret présidentiel nécessaire pour donner plein effet au permis d’exploitation que Cam Iron considérait comme acquis.

La séquence s’est durcie en 2022, lorsqu’un arbitre d’urgence de la Chambre de commerce internationale a enjoint au Cameroun de s’abstenir de toute mesure susceptible de porter atteinte aux droits de l’entreprise. Yaoundé a néanmoins retiré les droits de Sundance et réattribué le périmètre à un autre opérateur. C’est ce passage en force que le tribunal aurait sanctionné, en plus du fond du dossier.

Un contentieux financé comme un actif

Le dossier dépasse désormais la relation entre une société minière et un État. Depuis 2021, Burford Capital avance les frais juridiques de Sundance via sa filiale Burford Asia Investments, en échange d’une part des sommes recouvrées. Le financeur estime que son droit à encaissement dépasserait 250 millions de dollars si la sentence était intégralement exécutée, soit plus de 100 milliards de francs CFA. Cette estimation vient du financeur lui-même et suppose un recouvrement complet.

Autrement dit, une part substantielle de ce que l’État camerounais pourrait verser ne reviendrait ni à un investisseur industriel ni à un fonds souverain, mais à un acteur financier dont le métier consiste à parier sur des litiges. Burford appelle d’ailleurs à la prudence : l’émission d’une sentence ne constitue pas un encaissement.

Cette architecture révèle une transformation du risque souverain. Un ancien permis minier peut être converti en créance arbitrale, puis financé, valorisé et poursuivi sur plusieurs juridictions pendant des années. Pour les États africains, la décision initiale sur un titre extractif ne s’arrête plus à la frontière administrative : elle peut alimenter durablement un marché mondial du contentieux.

Mbalam : l’arbitrage que le Cameroun peut encore contester

Une sentence arbitrale internationale ne se convertit pas spontanément en trésorerie. Un État condamné dispose de trois voies : négocier un échéancier, engager un recours en annulation devant le juge du siège — la procédure s’est tenue à Paris, avec une audience en janvier 2025 —, ou résister à l’exécution en misant sur la difficulté à saisir des actifs souverains. Sundance a déjà averti qu’une procédure d’exécution serait engagée en cas de non-paiement volontaire.

Chacune de ces options a un coût. Pour un pays qui sollicite régulièrement les marchés obligataires régionaux et les bailleurs multilatéraux, un défaut prolongé sur une sentence de la Chambre de commerce internationale pèse sur la prime de risque bien au-delà du montant en jeu. Le contraste est d’autant plus visible que Sundance a perdu, en janvier 2026, une procédure distincte contre la République du Congo, dans laquelle elle réclamait 8,8 milliards de dollars. Un même projet transfrontalier a donc produit des résultats juridiques opposés.

La question posée à Yaoundé dépasse la trésorerie. Elle porte sur la manière dont l’État entend sécuriser juridiquement les projets extractifs qu’il attribue, et sur le prix qu’il accepte de payer pour les reprendre. Le pays a déjà montré, avec les 44 tonnes d’or sorties de ses circuits officiels ou avec le départ du navire-usine Hilli Episeyo, que la maîtrise de ses ressources se joue autant dans les contrats que dans les gisements. Le détail complet du projet reste consultable sur le site de Sundance Resources.

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