Partenaire RAF Academy — formations Intelligence Artificielle. Six modules pour professionnels, dès septembre 2026. Découvrir les formations

Sénégal-Algérie : le pari hydrocarbures de 2026

Plateforme pétrolière offshore, coopération Sénégal-Algérie sur les hydrocarbures

Le ministre sénégalais des Affaires étrangères Cheikh Niang a rencontré le 26 juillet 2026 à Alger son homologue algérien chargé des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, en présence du PDG de Sonatrach. Objectif affiché : activer un mémorandum d’entente déjà signé entre Sonatrach et Petrosen. Derrière la formule diplomatique, une question précise — celle du savoir-faire technique que Dakar ne détient pas encore.

Une rencontre menée par la diplomatie, pas par l’énergie

Le détail mérite d’être relevé : côté sénégalais, l’interlocuteur n’était pas le ministre de l’Énergie mais Cheikh Niang, chargé de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères. La rencontre s’est tenue au siège du ministère algérien, en présence des ambassadeurs des deux pays et de Noureddine Daoudi, PDG du groupe Sonatrach. Ce format — diplomatie sénégalaise face à énergie algérienne — indique que Dakar traite le dossier comme un enjeu de politique étrangère autant que sectoriel.

Le communiqué algérien liste un périmètre large : exploration, développement des gisements, production, raffinage, pétrochimie, transport et commercialisation, auxquels s’ajoutent la formation des cadres, la sécurité industrielle et la gestion des données pétrolières. Mais aucun accord nouveau, aucun montant ni calendrier n’ont été annoncés. Le verbe employé — « activer » un mémorandum existant — signale d’abord que ce document n’avait pas produit d’effet. L’axe le plus concret est la coopération entre l’Institut algérien du pétrole et son homologue sénégalais, pour la qualification des cadres locaux.

Le Sénégal entre dans l’après-découverte

Le pays est récemment entré dans le cercle des producteurs. Le champ pétrolier de Sangomar et le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim, partagé avec la Mauritanie, sont opérationnels : en janvier 2026, Sangomar a expédié quatre cargaisons totalisant 3,8 millions de barils, et Grand Tortue Ahmeyim trois cargaisons de gaz naturel liquéfié. Petrosen estime les ressources de Sangomar à environ 630 millions de barils et celles, gazières, à plusieurs centaines de milliards de mètres cubes — des estimations de ressources, distinctes de réserves commercialement certifiées.

Mais la production n’emporte pas la compétence. Les opérations sont conduites par des majors internationales, et l’État dispose d’une capacité limitée d’expertise autonome pour négocier, auditer et contrôler les coûts déclarés. C’est précisément ce que l’Algérie propose : Sonatrach est une compagnie nationale intégrée depuis des décennies, avec un appareil de formation constitué. Là où un partenaire occidental vend une prestation, une compagnie nationale africaine peut transférer un modèle d’organisation — un argument à forte portée politique pour un gouvernement qui a fait de la souveraineté sur les ressources un marqueur de son mandat.

L’autre lecture : l’expansion africaine de Sonatrach

Vu d’Alger, la séquence s’inscrit dans une stratégie plus large de partenariat Sud-Sud. L’Algérie a proposé ces derniers mois son expertise électrique au Niger, au Tchad puis au Bénin, visant des marchés où elle peut se positionner en alternative aux opérateurs européens, chinois ou marocains. Le contexte régional n’est pas neutre : le Sénégal est aussi partie prenante du Gazoduc africain atlantique porté par Rabat et Abuja, projet concurrent du gazoduc transsaharien algérien. Le rapprochement avec Dakar se lit donc aussi comme un positionnement dans une compétition d’influence ouest-africaine.

Le contenu local sera le test

Le ministère sénégalais de l’Énergie a consacré le 21 juillet 2026 un atelier à l’investissement local dans les opérations pétrolières et gazières. Cette priorité doit encadrer tout accord : une coopération entre compagnies publiques n’aura d’impact durable que si elle crée des compétences sénégalaises et améliore la capacité de l’État à contrôler les coûts. L’enjeu budgétaire est concret — l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives projette 205,4 milliards de francs CFA de recettes d’hydrocarbures en 2026.

Aucune des annonces ne constitue pour l’heure un engagement contraignant. Les indicateurs à suivre sont identifiables : une convention formalisée entre l’Institut algérien du pétrole et une structure sénégalaise, une prise de participation effective de Sonatrach dans un bloc d’exploration, ou l’entrée du groupe algérien dans un projet de raffinage. En l’absence de l’un de ces marqueurs dans les prochains mois, la séquence restera diplomatique.

Abonnez vous à notre newsletter

Articles similaires

Get the app