Partenaire RAF Academy — formations Intelligence Artificielle. Six modules pour professionnels, dès septembre 2026. Découvrir les formations

Minerais critiques : 30 % des réserves, Chine face aux USA

Minerais critiques ouest-africains au cœur de la rivalité Chine États-Unis

Lithium malien, coltan ivoirien, graphite guinéen et ghanéen : le sous-sol ouest-africain ne se résume pas à l’or. L’Afrique détiendrait près de 30 % des réserves mondiales de minerais critiques. Sur ce terrain, deux méthodes s’opposent en Afrique de l’Ouest : Washington arrive avec un slogan, Pékin avec des actifs déjà achetés.

Deux moments, deux méthodes

Deux séquences de juillet 2026 résument le rapport de force. Début juillet à Paris, l’agence américaine de financement du développement (DFC) était présente au forum Mining on Top Africa. Le 10 juillet à Abidjan, le département américain du Trésor exposait sa vision lors du Forum ministériel sur les minéraux critiques organisé par la Banque africaine de développement. Son représentant, Jeremy Wiggins, a résumé l’offre en trois mots : « capitaux, kilowatts et clients » — une approche fondée sur les infrastructures, le capital privé et la transformation locale, sans nommer la Chine.

Pendant ce temps, en mai 2026, le chinois Zhejiang Huayou Cobalt concluait deux accords pour prendre le contrôle du projet de lithium Ewoyaa, au Ghana : 210 millions de dollars pour acquérir Atlantic Lithium, propriétaire majoritaire, et 71 millions pour racheter les droits qu’y détenait l’australien Elevra Lithium. Si l’opération se finalise — elle reste soumise à approbation —, la future production s’éloignera du marché nord-américain que visaient ses actionnaires australiens. Un actif change de main, et une chaîne d’approvisionnement bascule d’un bloc à l’autre sans qu’aucune décision politique n’ait été prise.

Ce que la DFC peut et ne peut pas faire

Pékin dispose déjà de deux mines de lithium sous contrôle chinois au Mali, et d’un partenariat pour développer un gisement de coltan à Issia, en Côte d’Ivoire. Son inventaire est constitué. La DFC, elle, dispose d’une gamme d’outils — dette, prises de participation, assurance contre le risque politique, financement d’usines de transformation — mais ne finance pas l’exploration. Elle intervient une fois la ressource définie et le projet avancé vers son développement commercial.

C’est là que réside l’asymétrie. Un opérateur chinois entre au capital d’un projet junior et sécurise l’achat de la production dès la phase amont ; l’agence américaine attend qu’un projet soit bancable pour se positionner. Sur un continent où le déficit de financement se situe précisément à l’exploration, les deux stratégies ne jouent pas au même moment du cycle. Le Government Accountability Office américain a d’ailleurs averti le 22 juillet 2026 que la forte dépendance des États-Unis aux importations rendait leur économie vulnérable.

La transformation locale, ligne de partage

La directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce, Ngozi Okonjo-Iweala, a appelé les pays africains à renforcer la transformation locale, les cadres juridiques et la coopération entre producteurs. Sans ces leviers, la hausse de la demande mondiale risque de reproduire un schéma connu : exportation de matières premières à faible valeur, importation de produits manufacturés coûteux et recettes dépendantes des cours.

La transformation n’est pas une formule magique : une raffinerie exige une électricité fiable, de l’eau, des transports, des compétences et un volume suffisant. La bonne stratégie consiste à identifier les étapes de la chaîne que chaque pays peut réellement maîtriser, puis à négocier les infrastructures nécessaires. Une coopération régionale serait plus crédible que des politiques nationales isolées — la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pourrait harmoniser les règles de contenu local et la publication des contrats pour éviter une concurrence fiscale destructrice.

La vraie question pour les États

Pour les capitales ouest-africaines, la rivalité est une opportunité de négociation — encore faut-il l’exploiter. Les déficits énergétiques, les ports et les corridors ferroviaires comptent parmi les principaux obstacles au développement des gisements. Une offre qui traite ces goulots vaut davantage qu’une offre limitée au permis minier. C’est précisément ce que le discours américain d’Abidjan a ciblé, pour l’instant sous forme de discours.

L’Afrique de l’Ouest ne deviendra un « théâtre » de la rivalité que si ses gouvernements laissent les puissances extérieures fixer seules les règles. Elle peut au contraire utiliser la concurrence pour imposer des obligations de transformation, des fonds de réhabilitation et des programmes de formation. Sans cette mise en concurrence effective, projet contre projet, la rivalité entre puissances ne produit qu’un changement de créancier. Le succès ne se mesurera pas au nombre de délégations reçues, mais à la part de valeur, de technologie et de décision qui restera dans la région.

Abonnez vous à notre newsletter

Articles similaires

Get the app