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Mali : Bamako fixe 3 conditions aux frappes américaines

Assimi Goïta, portrait

Washington étudierait des options militaires contre le JNIM au Mali. Le ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, affirme n’avoir reçu aucune notification officielle et refuse l’image d’un pays attendant d’être sauvé. Il ne ferme toutefois pas la porte à une coopération, à condition que la souveraineté malienne et les choix de Bamako soient respectés.

La réaction malienne a été ferme, mais elle n’a pas pris la forme d’un refus. Interrogé jeudi 23 juillet à Bamako sur des informations faisant état d’éventuelles frappes américaines contre le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), Abdoulaye Diop a déclaré que son gouvernement n’avait reçu « aucune confirmation officielle » de Washington.

Le chef de la diplomatie répondait à une enquête du *Washington Post* selon laquelle l’administration de Donald Trump examine plusieurs options militaires au Mali. Des responsables américains actuels et anciens ont indiqué au journal que des discussions internes portent sur de possibles actions contre le JNIM, organisation affiliée à Al-Qaïda devenue l’une des forces armées les plus puissantes du Sahel. Le Pentagone n’a pas confirmé l’existence d’un plan opérationnel et la Maison-Blanche n’a pas annoncé de décision.

Abdoulaye Diop a donc choisi de réaffirmer une doctrine plutôt que de commenter un scénario encore incertain. Le Mali, a-t-il expliqué, ne reste pas assis dans l’attente que d’autres viennent résoudre ses problèmes. Le pays entend compter sur ses propres ressources, ses forces de défense et ses capacités nationales.

Une coopération possible, mais pas une intervention imposée

Cette déclaration a parfois été présentée comme un rejet de toute aide américaine. Elle est plus nuancée. Le ministre n’a pas exclu une coopération avec les États-Unis. Il a fixé trois conditions : le respect de la souveraineté du Mali, le respect de ses décisions souveraines et la prise en compte des intérêts de la population.

La différence est fondamentale. Une opération décidée unilatéralement depuis Washington serait perçue comme une violation de la ligne politique construite par les autorités de transition depuis la rupture avec la France. Une assistance demandée, négociée et placée sous contrôle malien pourrait en revanche être intégrée au discours de souveraineté de Bamako.

Le gouvernement américain a déjà amorcé un retour pragmatique au Sahel. Des discussions ont porté ces derniers mois sur la reprise d’opérations de renseignement aérien et sur un partage accru d’informations avec les autorités maliennes. Washington cherche à contenir l’expansion du JNIM, mais aussi à retrouver une capacité d’action après le retrait de ses forces du Niger et le rapprochement des pays de l’Alliance des États du Sahel avec la Russie.

Une intervention directe créerait cependant une situation complexe. Les forces maliennes combattent aux côtés de personnels de l’Africa Corps russe. Des frappes américaines nécessiteraient au minimum un mécanisme de coordination pour éviter des incidents entre partenaires étrangers présents dans le même espace. Elles poseraient aussi la question de leur objectif : éliminer des chefs du JNIM, soutenir une offensive malienne, recueillir du renseignement ou modifier durablement le rapport de force.

Le souvenir des interventions précédentes

La prudence de Bamako s’explique par l’histoire récente. L’intervention française lancée en 2013 avait empêché l’avancée des groupes jihadistes vers le sud, mais dix années d’opérations n’ont pas mis fin à l’insurrection. La présence de la Minusma, puis le partenariat avec Wagner et l’Africa Corps, n’ont pas davantage rétabli une sécurité durable sur l’ensemble du territoire.

Une partie de la population peut donc accueillir favorablement toute aide susceptible de réduire les attaques, les blocus et les déplacements. D’autres redoutent qu’un nouveau partenaire étranger ouvre un cycle supplémentaire de frappes sans solution politique. Les témoignages recueillis à Bamako par le *Washington Post* reflètent cette division : certains habitants privilégient l’efficacité immédiate contre les groupes armés, tandis que d’autres rappellent l’échec des interventions successives.

La question n’est pas théorique. Le JNIM a accru sa capacité à frapper des positions militaires, perturber les axes routiers et coordonner des attaques sur plusieurs régions. Une action américaine pourrait dégrader certaines de ses capacités. Elle pourrait aussi provoquer des représailles, renforcer son discours contre une présence occidentale ou favoriser son rival, l’État islamique au Sahel, si l’équilibre entre groupes armés était brutalement modifié.

Bamako diversifie plutôt qu’il ne s’aligne

La déclaration d’Abdoulaye Diop est intervenue lors de la présentation de BAMEX 2026, un salon consacré à la défense qui doit se tenir à Bamako du 9 au 13 novembre. La forte présence attendue d’entreprises turques illustre la stratégie actuelle : multiplier les partenaires sans revenir à une dépendance exclusive envers une puissance.

Le même principe apparaît dans les relations avec l’Algérie. Malgré les tensions entre les deux voisins, le ministre a parlé de premiers pas vers un dégel et d’une nécessaire coexistence pacifique. Là encore, la condition posée est celle du respect de la souveraineté et de la non-ingérence.

Cette doctrine sera mise à l’épreuve si Washington formule une offre concrète. Bamako devra alors dire ce qu’il accepte réellement : renseignement, équipements, formation, droits de survol, présence de conseillers ou frappes. Les autorités devront également expliquer qui autorise les opérations, quelles garanties protègent les civils et comment les résultats seront évalués.

Pour l’heure, il n’existe pas d’intervention américaine officiellement annoncée au Mali. Il existe une réflexion à Washington et une réponse politique à Bamako. En refusant de fermer totalement la porte tout en répétant ses lignes rouges, Abdoulaye Diop conserve une marge de négociation. Le prochain geste appartient désormais aux États-Unis.

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