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PAPSS : la BCEAO teste 80 banques sans lâcher les clés

Tour de la BCEAO à Cotonou, banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest

La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) prépare une phase pilote de six mois du Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), associant plus de 80 banques commerciales de l’UEMOA. L’objectif affiché est de payer à travers l’Afrique sans passer systématiquement par le dollar ou l’euro. Mais l’institution entrera dans le pilote comme observatrice, non comme participante. Derrière la promesse d’intégration se joue une bataille moins visible : qui fixe les règles quand un paiement quitte l’Union, qui contrôle les données, et qui répond en cas d’incident ?

Sortir du détour par le dollar et l’euro

Le principe du PAPSS, développé sous l’impulsion d’Afreximbank et de l’Union africaine, est simple : un client paie dans sa monnaie locale, le bénéficiaire reçoit la sienne, l’ordre étant vérifié puis compensé par la plateforme. Aujourd’hui, un paiement entre deux pays africains transite fréquemment par des banques correspondantes situées hors du continent, en dollars ou en euros — avec commissions de change, délais et coûts de conformité à la clé. Pour une PME ivoirienne qui achète au Nigeria, ou un commerçant sénégalais qui règle un fournisseur au Ghana, l’opération n’aurait plus à emprunter un circuit où le franc CFA devient dollar avant d’être reconverti en naira ou en cedi.

L’annonce a été faite le 21 juillet 2026 à Dakar, lors du séminaire des journalistes économiques de l’UMOA, par un responsable des systèmes et moyens de paiement de la BCEAO. Les accords, avec les banques comme avec le PAPSS, sont en cours de finalisation ; la date de démarrage n’a pas été communiquée. L’enjeu social dépendra des frais réellement facturés et de l’accès depuis les applications bancaires et de mobile money : là où les grands groupes disposent de comptes multidevises, une petite entreprise perd une part de sa marge dans les écarts de change.

Deux banques centrales, deux vitesses

La comparaison avec l’Afrique centrale est instructive. Le 9 juillet 2026, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a officialisé son adhésion pleine et entière au PAPSS, ouvrant au système un point d’entrée en Afrique francophone ; l’intégration effective des banques de la CEMAC est attendue d’ici fin 2026. Son gouverneur Yvon Sana Bangui, également président de l’Association des banques centrales africaines, y voit la condition de paiements transfrontaliers plus rapides et moins coûteux.

La BCEAO, elle, s’en tient à un statut d’observation, le temps de vérifier que le système respecte la réglementation de l’Union. La prudence est cohérente avec la culture de l’institution ; elle a aussi un coût, celui de laisser à d’autres l’initiative sur une infrastructure appelée à structurer les échanges continentaux.

Un chantier domestique encore inachevé

Cette prudence tient en partie à l’état d’avancement de la plateforme régionale de l’Union. Lancée le 30 septembre 2025 avec 62 participants, la Plateforme interopérable du système de paiement instantané (PI-SPI) en comptait 80 connectés au 24 juin 2026 — dont 59 banques seulement, le reste étant des établissements de monnaie électronique, de microfinance et de paiement. Les « plus de 80 banques » annoncées pour le pilote PAPSS ne se confondent donc pas avec ces 80 participants : la BCEAO devra publier la liste exacte des établissements engagés.

Surtout, la banque centrale a dû assouplir son calendrier : la date butoir de connexion, fixée au 30 juin 2026, a été repoussée cinq jours avant l’échéance au 30 septembre 2026 pour les banques, et à juin 2027 pour la microfinance. L’enchaînement se lit sans difficulté : on ne branche pas solidement une infrastructure régionale sur un système continental tant que la première n’est pas stabilisée.

Observer avant de céder du pouvoir

Le statut d’observateur révèle une tension institutionnelle réelle. Le PAPSS est continental, mais l’UEMOA possède une monnaie commune, une banque centrale unique et ses propres règles prudentielles. Le raccordement soulève des questions de liquidité, de lutte contre le blanchiment, de protection des données et de traitement des litiges : en cas de panne ou de fraude, une autorité identifiable doit répondre. La BCEAO veut éviter l’isolement régional sans perdre la maîtrise des règles qui touchent à la stabilité financière et au franc CFA.

Le PAPSS reste l’un des rares chantiers d’intégration où l’infrastructure précède le discours : sans capacité à régler des paiements en monnaies locales, la Zone de libre-échange continentale (ZLECAf) demeure une architecture juridique sans plomberie financière. L’entrée de la BEAC, puis le pilote de la BCEAO, connectent les deux zones franc — quatorze pays où le change intra-zone est déjà résolu. Le vrai test viendra après : à l’issue du pilote, la BCEAO devrait publier délais, taux d’échec, commissions et part des transactions réalisées sans devise forte. Et le passage du statut d’observatrice à celui de participante sera le signal à surveiller — celui qui dira si la souveraineté des paiements est une politique ou un slogan.

Sources : BCEAO (annonce du 21 juillet 2026, séminaire des journalistes économiques de l’UMOA) ; communiqués BCEAO sur PI-SPI (avril et juin 2026) ; PAPSS et Afreximbank ; BEAC ; Agence Ecofin ; Togo First. Le prénom du responsable de la BCEAO cité par l’Agence Ecofin varie selon les versions (« Massi » / « Mandi » Lawson) : non tranché à ce stade.

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