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Cacao ivoirien : 123 000 tonnes rachetées, l’heure du bilan

Cabosses de cacao en Cote d'Ivoire, filiere dont l'Etat a rachete 123 000 tonnes de stock invendu ; cacao ivoirien

Six mois après l’effondrement des cours mondiaux, le programme ivoirien de rachat des stocks invendus de cacao entre dans sa phase de règlement. L’opération portait sur 123 000 tonnes recensées auprès de près de 1 400 coopératives, rachetées au prix garanti de 2 800 FCFA le kilogramme. Officiellement bouclée, elle laisse pourtant des coopératives affirmant n’avoir jamais pu écouler leurs fèves. La question n’est plus de savoir si les sacs ont bougé : elle est de déterminer qui a été payé, à quel prix et sous quel contrôle.

Retour sur une crise et sa réponse

Tout bascule au début de 2026. Les cours s’effondrent — jusqu’à plus de 70 % de chute du prix de la fève —, les exportateurs cessent d’acheter, les coopératives se retrouvent avec des stocks sur les bras et des planteurs impayés. Face à l’urgence, le gouvernement active le fonds de stabilisation. Un inventaire conduit par le Conseil du café-cacao du 15 au 18 janvier 2026 recense 123 000 tonnes ; l’opération d’enlèvement est lancée le 29 janvier, dans les treize délégations régionales.

Les montants annoncés varient selon les canaux : le Trésor a évoqué une enveloppe de 280 milliards de FCFA, d’autres communications gouvernementales près de 291 milliards, tandis que le Conseil du café-cacao déclarait en mars un soutien d’environ 231,2 milliards pour la fixation du prix bord champ. Ces chiffres peuvent correspondre à des autorisations, engagements et décaissements distincts. Faute d’un état consolidé, l’écart entre l’argent annoncé et l’argent versé nourrit une interrogation légitime.

Cacao ivoirien : le malentendu au cœur des contestations

Une précision explique l’essentiel des tensions. Le programme n’a jamais eu vocation à absorber la totalité du cacao non acheté par les exportateurs : seul le stock inventorié entre le 15 et le 18 janvier était concerné. Sur les 123 000 tonnes recensées, 21 000 ont d’ailleurs été achetées par les exportateurs dans les semaines suivantes, avant le démarrage de l’opération — restaient donc environ 102 000 tonnes à traiter. Les coopératives constituées après l’inventaire, ou dont les volumes n’ont pas été déclarés dans la fenêtre, se retrouvent hors dispositif.

Le débat n’est pas neuf. En avril 2026, l’annonce d’un quota complémentaire de 23 830 tonnes, présenté comme la phase finale du déstockage, ne recoupait pas les 123 000 tonnes de janvier. Plusieurs organisations professionnelles s’interrogeaient sur le tonnage total géré, la clé de répartition des quotas et le sort de coopératives inventoriées n’ayant, selon elles, pas déchargé une seule tonne.

Le Conseil du café-cacao, juge et partie

Le cœur du dispositif repose sur une seule institution : elle fixe les règles, agrée les opérateurs, organise l’enlèvement et supervise les paiements. Cette concentration permet d’agir vite, mais rend le contrôle extérieur indispensable. Entre le planteur, la coopérative, l’acheteur agréé et l’exportateur, la propriété d’un lot devient parfois difficile à établir après plusieurs semaines de stockage. Si les bénéficiaires, volumes et paiements ne sont pas rendus vérifiables, le mécanisme pourra être perçu comme un soutien aux opérateurs les mieux connectés.

C’est pour réduire cette vulnérabilité que le Conseil a annoncé que toutes les opérations d’achat devront passer, à partir de septembre 2026, par la carte du producteur : identifier chaque vendeur, tracer les volumes, limiter les retenues abusives. Mais la carte ne remplace pas un mécanisme de plainte indépendant — un planteur non payé ne devrait pas avoir pour seul interlocuteur la structure qui a organisé l’achat.

Ce que le stock résiduel dit du modèle ivoirien

Techniquement, le stock résiduel désigne les volumes déjà achetés au producteur mais restés en magasin faute d’exécution des contrats à l’export. Sa prise en charge s’inscrit dans la logique du système de vente anticipée à la moyenne, pierre angulaire de la commercialisation ivoirienne depuis la réforme de 2012 : un mécanisme qui protège le planteur de la volatilité mondiale, mais transfère le risque sur l’État quand les cours s’effondrent. C’est exactement ce qui s’est produit, pour un total de plus de 500 milliards de FCFA de dépenses publiques cumulées.

Les implications dépassent la comptabilité. La Côte d’Ivoire produit environ deux millions de tonnes par an, près de 40 % de l’offre mondiale, et fait vivre autour d’un million de producteurs. Sa capacité à honorer ses engagements pèse sur la confiance des acheteurs internationaux, au moment où le règlement européen sur la déforestation impose déjà de lourdes contraintes documentaires. Le gouvernement a par ailleurs déplacé le calendrier : la grande campagne s’étendra désormais du 1er septembre au 28 février, la campagne intermédiaire du 1er mars au 31 août, pour éviter qu’un nouveau stock invendu ne se forme. Le rachat a probablement évité une crise plus grave ; son succès politique se mesurera à la publication des comptes et au règlement intégral des coopératives.

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