La justice tunisienne a confirmé en appel, mardi 12 mai 2026, la condamnation à trois ans et demi de prison de deux journalistes connus, Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies.
Les deux hommes étaient poursuivis pour «blanchiment d’argent» et «évasion fiscale» dans une affaire dénoncée par plusieurs organisations internationales comme une nouvelle illustration des pressions exercées sur les médias indépendants en Tunisie.
Leur avocat, Sami Ben Ghazi, a fait part de sa déception après un verdict confirmant intégralement la peine prononcée en première instance en janvier dernier.
Un procès à forte dimension politique
Les deux chroniqueurs avaient déjà été emprisonnés en mai 2024 après des déclarations à la radio et à la télévision jugées critiques envers le président Kaïs Saïed.
Alors qu’ils étaient susceptibles d’être libérés en janvier 2025 après avoir purgé huit mois de détention, de nouvelles poursuites pour malversations financières présumées avaient été engagées contre eux.
Lors de l’audience d’appel, le juge a longuement interrogé les accusés sur leurs revenus, leurs biens, leurs activités médiatiques, la gestion de leurs sociétés et certains virements bancaires reçus en Tunisie ou depuis l’étranger.
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La défense a contesté la qualification pénale retenue, estimant que d’éventuelles irrégularités fiscales ne justifiaient pas des accusations de blanchiment d’argent. Des diplomates représentant la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l’Union européenne ont assisté à l’audience.
RSF dénonce un harcèlement judiciaire
Reporters sans frontières a qualifié la procédure de «harcèlement judiciaire». Selon son directeur régional, aucun élément sérieux n’aurait été établi après près de deux ans d’enquête : ni flux suspect, ni actif caché, ni preuve crédible.
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L’organisation estime que les poursuites trouvent leur origine dans le travail journalistique des deux accusés et dans leurs critiques du pouvoir. Un autre journaliste tunisien, Zied el-Heni, a récemment été condamné à un an de prison ferme pour «atteinte à autrui» après des déclarations virulentes contre certaines décisions judiciaires.
Un climat de recul des libertés
Depuis le coup de force institutionnel de l’été 2021, par lequel le président Kaïs Saïed s’est arrogé de larges pouvoirs, opposants, ONG et défenseurs des droits humains dénoncent une régression des libertés fondamentales en Tunisie.
Amnesty International a récemment accusé les autorités de chercher à utiliser la justice pour affaiblir ou faire disparaître des organisations indépendantes. Le cas des deux journalistes renforce les inquiétudes sur l’état de la liberté de la presse et de l’espace civique dans le pays.
Notre Afrik avec AFP