Les répercussions de la guerre au Moyen-Orient sur l’économie mondiale se précisent, et les engrais apparaissent désormais comme le principal motif d’inquiétude pour l’Organisation mondiale du commerce. A Yaoundé, l’institution alerte sur un risque majeur pour l’agriculture mondiale, évoquant un impact à la fois sur les volumes de production et sur les prix des denrées. Selon Jean-Marie Paugam, directeur général adjoint de l’OMC, la situation
pourrait entraîner un
«effet cumulé» dès l’année prochaine, avec des récoltes en baisse et une inflation accrue des produits agricoles.
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Le détroit d’Ormuz, point névralgique des échanges
Au cœur des inquiétudes figure le détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 30 % du commerce mondial d’engrais. Les perturbations observées dans cette zone stratégique affectent déjà les flux commerciaux, notamment vers l’Asie et l’Afrique. Un blocage prolongé de ce passage maritime pourrait avoir des conséquences lourdes. «Si le détroit d’Ormuz est bloqué pendant trois mois, les effets seront clairement visibles l’année suivante», prévient Jean-Marie Paugam.
Des géants agricoles sous pression
Plusieurs grandes puissances agricoles dépendent fortement des importations d’engrais en provenance du Golfe. C’est notamment le cas de l’Inde, de la Thaïlande et du Brésil, qui importent une part importante de leur urée, un fertilisant essentiel. Cette dépendance rend leurs systèmes agricoles particulièrement vulnérables à toute perturbation prolongée, avec des conséquences potentielles sur les cultures céréalières et même sur l’alimentation animale, notamment le soja.
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Pour l’instant, aucune pénurie généralisée n’est observée, la crise étant encore récente. Toutefois, les experts anticipent un effet différé. Si les approvisionnements restent perturbés au moment des semis, les récoltes de l’année suivante pourraient être fortement affectées. Certains pays commencent déjà à réagir. La Chine, par exemple, a décidé de libérer plus tôt que prévu ses stocks d’engrais pour sécuriser ses campagnes agricoles de printemps.
L’Afrique et les pays importateurs en première ligne
Selon l’organisation, les pays dépendants des importations alimentaires sont les plus exposés. Une grande partie de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique du Nord figure parmi les zones à risque, tout comme certains pays d’Asie. Des États comme l’Égypte, fortement dépendants des importations de céréales, pourraient être particulièrement touchés. En cas de perturbations prolongées, ces pays pourraient faire face à des difficultés d’approvisionnement, avec des conséquences humanitaires et politiques.
Le spectre des restrictions et des crises alimentaires
Face à ces incertitudes, certains États pourraient être tentés de limiter leurs exportations pour protéger leurs marchés intérieurs, comme cela avait été observé lors de la pandémie de Covid-19. Bien que l’OMC autorise exceptionnellement de telles mesures en période de crise, elle appelle à la prudence afin d’éviter des effets de spéculation et une aggravation des pénuries.
Un risque pour la lutte contre la faim
Au-delà des enjeux économiques, la situation fait peser une menace directe sur la sécurité alimentaire mondiale. Une aggravation de la crise pourrait compromettre les efforts engagés depuis plusieurs années pour réduire la faim dans le monde. «Certains pays dépendent totalement des importations pour se nourrir. Sans elles, les conséquences peuvent être dramatiques, tant sur le plan humain que politique», alerte Jean-Marie Paugam. Alors que la communauté internationale s’était engagée à éradiquer la faim d’ici 2030, ce nouvel épisode de tensions géopolitiques pourrait freiner, voire inverser, les progrès réalisés.
Notre Afrik avec AFP