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ZLECAf : seuls 22 % des jeunes Africains la connaissent

ZLECAf : le marché unique africain reste inconnu de la majorité des jeunes

L’Union africaine n’a jamais été aussi bien perçue par la jeunesse du continent : 96 % d’opinions positives. Mais seuls 22 % des 18-24 ans déclarent connaître la ZLECAf, la Zone de libre-échange continentale africaine — un taux inchangé depuis 2022. Le principal instrument économique de l’UA reste invisible pour ceux qui devraient en être les premiers utilisateurs.

Ce que mesure l’enquête sur la ZLECAf

Les chiffres proviennent de l’African Youth Survey 2026, enquête biennale publiée le 29 juillet par la fondation sud-africaine Ichikowitz Family. Elle a été réalisée en mars par le cabinet PSB Insights auprès de 4 901 jeunes de 18 à 24 ans, interrogés en face-à-face dans seize pays africains, du Liberia à la Zambie.

Le contraste est saisissant. L’Union africaine recueille 96 % d’opinions positives, en progression de 13 points depuis 2024. Mais 22 % seulement déclarent connaître la ZLECAf — un niveau stable depuis 2022, malgré quatre années de communication institutionnelle. L’institution est populaire ; son projet phare est inconnu.

Une précision sur le commanditaire : la fondation Ichikowitz Family est liée au groupe sud-africain Paramount, actif dans la défense. L’enquête n’en est pas invalidée, mais l’information mérite d’être connue du lecteur.

Un constat que d’autres travaux confirment

Cette méconnaissance n’est pas propre aux jeunes. Le rapport African insights 2026 – Beyond borders du réseau Afrobarometer, fondé sur des enquêtes menées en 2024 et 2025 dans 38 pays, donne un chiffre plus bas encore pour l’ensemble de la population : 13 % déclarent avoir entendu parler de la ZLECAf. Le taux culmine à 27 % en Guinée-Bissau et tombe à 4 % en Mauritanie.

Ces deux chiffres ne se confondent pas. Ils proviennent d’enquêtes distinctes, sur des populations et avec des méthodologies différentes : 22 % chez les 18-24 ans de seize pays, 13 % en population générale sur 38 pays. Les additionner ou les substituer l’un à l’autre n’aurait pas de sens.

Afrobarometer relève que l’ignorance recule chez les diplômés du supérieur (26 %) et chez les consommateurs réguliers de médias. C’est précisément là que se situe le problème : l’information circule dans les cercles déjà informés.

Le paradoxe est complet. Le même rapport constate une adhésion croissante aux principes du libre-échange. Les Africains soutiennent l’ouverture commerciale ; ils ignorent l’accord censé la réaliser.

Rappel utile, parce qu’il est nécessaire

La ZLECAf est l’accord qui doit démanteler les droits de douane entre pays africains et harmoniser les règles d’origine, afin de créer un marché unique continental.

Signée à Kigali en mars 2018, entrée en vigueur le 30 mai 2019 après le dépôt du 22e instrument de ratification, elle est opérationnelle depuis le 1er janvier 2021. Elle rassemble la quasi-totalité des États africains et vise un marché de 1,3 à 1,7 milliard de personnes, pour un PIB combiné d’environ 3 400 milliards de dollars. Les États parties se sont engagés à supprimer les droits de douane sur 90 % des marchandises d’ici 2030, puis sur 7 % supplémentaires d’ici 2035.

C’est le projet d’intégration économique le plus ambitieux du continent depuis la création de l’Union africaine.

Le vrai problème n’est pas la pédagogie

Il serait facile de conclure à un déficit de communication. Ce serait passer à côté.

Un accord commercial n’est pas un produit de consommation qu’il faudrait faire connaître par la publicité. Il devient connu quand il est utilisé : quand un commerçant constate qu’il paie moins de droits à la frontière, quand une PME obtient un certificat d’origine qui lui ouvre le marché voisin, quand un transporteur franchit un poste-frontière plus vite.

Cette lecture relève de la rédaction, pas des conclusions des enquêtes. Si près de huit jeunes sur dix ignorent la ZLECAf après cinq ans d’existence opérationnelle, l’hypothèse la plus économique est que très peu de gens en ont vu l’effet concret. Le taux de notoriété serait alors un indicateur indirect du taux d’utilisation.

Les obstacles documentés vont dans ce sens : lenteur de mise en œuvre des règles d’origine, faible dématérialisation des procédures douanières, infrastructures de transport insuffisantes, et surtout persistance de barrières non tarifaires que la suppression des droits de douane ne touche pas. Du côté des entreprises, le diagnostic est identique : de nombreuses petites structures que la ZLECAf devait soutenir estiment ses bénéfices hors de portée.

Ceux qui devaient en être les premiers bénéficiaires

La cible de l’enquête n’est pas anodine. Les 18-24 ans d’aujourd’hui seront les entrepreneurs, importateurs et exportateurs de la décennie 2030 — celle où la ZLECAf est censée produire ses effets.

Pour la diaspora africaine, souvent engagée dans des projets d’import-export ou d’investissement au pays, l’accord représente en théorie un argument majeur : produire dans un pays pour vendre dans cinquante. En pratique, l’accès à l’information et aux procédures reste opaque, y compris pour des porteurs de projets qualifiés.

Le chiffre de 22 % n’est donc pas un problème de perception. C’est la mesure de l’écart entre un traité signé et une réalité économique vécue — le même écart que celui qui sépare, ailleurs sur le continent, une infrastructure de paiement lancée et son usage effectif. Le secrétariat de la ZLECAf publie les instruments et les états de ratification ; ce qu’il ne publie pas encore, ce sont les volumes échangés sous régime préférentiel, pays par pays. C’est pourtant ce chiffre-là, et non la notoriété, qui dirait si l’accord fonctionne.

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