Entre octobre 2025 et janvier 2026, la première édition de la Surf Academy a réuni vingt-trois jeunes filles âgées de 7 à 17 ans, issues de communautés côtières.
Originaire d’une famille de pêcheurs à Dakar, Seynabou Tall a vu son parcours scolaire s’interrompre il y a près de quatre ans. Aujourd’hui âgée de 14 ans, l’adolescente a toutefois retrouvé le chemin de l’école grâce à une initiative originale : l’apprentissage du surf, intégré à un programme éducatif destiné à encourager la scolarisation des jeunes filles au Sénégal.

Une académie entre vagues et salles de classe
D’octobre 2025 à janvier 2026, vingt-trois filles âgées de 7 à 17 ans, vivant à proximité de l’océan, ont pris part à la première édition de la Surf Academy. Parmi elles, dix-sept n’étaient plus scolarisées, voire n’avaient jamais fréquenté l’école. Le programme impose à chaque participante de suivre des cours académiques parallèlement à l’apprentissage du surf. Ces jeunes filles sont issues de Xataxely, une petite communauté de pêcheurs située dans le quartier de Ngor, à Dakar. Dans ce village aux ruelles étroites, beaucoup avaient quitté l’école très tôt, souvent pour des raisons économiques ou sociales.

Xataxely est l’un des bastions du peuple lébou, historiquement lié à la pêche et à la mer dans la région dakaroise. Les participantes ont toutes grandi face à la célèbre «droite de Ngor», une vague emblématique qui attire des surfeurs venus du monde entier. C’est dans ce décor que le projet Surf Academy a vu le jour, à l’initiative de l’organisation américaine Black Girls Surf. L’objectif est de favoriser l’accès des femmes noires à une discipline encore largement dominée par les hommes, majoritairement occidentaux.
Retrouver confiance grâce au sport
Le programme, d’une durée de quatre mois, est co-dirigé par Khadjou Sambe, première surfeuse professionnelle du Sénégal. Au-delà de la reprise scolaire, l’initiative vise à renforcer la confiance en soi des participantes et à leur offrir de nouvelles perspectives. Dans ce cadre, Seynabou Tall a bénéficié gratuitement de cours de surf, mais aussi de cours du soir dispensés cinq jours par semaine afin de combler ses lacunes scolaires. Si les séances de surf ont pris fin en janvier, l’accompagnement éducatif se poursuivra jusqu’en juillet.
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Comme de nombreux Lébous, le père de Seynabou exerce le métier de plongeur-pêcheur. Une activité devenue de plus en plus difficile en raison de la raréfaction des ressources halieutiques, liée notamment à la surpêche pratiquée par des chalutiers étrangers. Après l’arrêt de sa scolarité, Seynabou passait ses journées à la maison, raconte sa mère, Marième Wade, 43 ans. N’ayant elle-même fréquenté que l’école primaire, cette dernière a encouragé sa fille à poursuivre le surf, espérant que cette expérience pourrait «lui ouvrir des portes». Faute de moyens financiers, la famille ne peut assumer les frais de scolarité.
«Le surf a changé ma vie»
Longtemps réticents, les parents de Soukeye ont fini par accepter sa pratique, nourrissant même l’espoir qu’elle puisse évoluer professionnellement. «Le surf m’aide à oublier les difficultés familiales. « Dès que j’entre dans l’eau, tout disparaît», confie-t-elle. Même sentiment chez Khady Mbemgue, 17 ans, coach et compétitrice, qui rêve de voyager et de vivre un jour de ce sport. «Au départ, mes parents pensaient que le surf était réservé aux hommes. Ils ont compris ensuite que c’était ma passion», explique-t-elle.
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Âgée de 30 ans, Khadjou Sambe, elle-même confrontée aux interdits familiaux dans son enfance, s’apprête à reprendre l’entraînement avec l’ambition de participer aux Jeux olympiques de Los Angeles en 2028. Petite, elle devait ruser pour rejoindre l’océan, un sport jugé inapproprié pour les filles. Aujourd’hui, les mentalités évoluent. Plusieurs jeunes filles passées par les programmes de Black Girls Surf participent désormais à des compétitions nationales. À Xataxely, le surf pourrait bien s’imposer durablement comme une pratique féminine à part entière.
Notre Afrik avec AFP








