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Fer Kalia : 7 milliards de tonnes, zéro extraite

Voies ferrées abandonnées près du port de Conakry, en Guinée, pays du gisement de fer de Kalia

À 360 kilomètres à l’est de Conakry, dans la préfecture de Faranah, le gisement de Kalia renferme plus de 7 milliards de tonnes de ressources en fer selon la dernière étude connue. Près de vingt ans après le début de l’exploration en 2007, aucune tonne n’a été extraite. Le premier promoteur a fait faillite, le repreneur de 2023 n’a jamais construit, et le permis figure aujourd’hui comme « inactif » au cadastre minier guinéen.

Pendant ce temps, à quelques centaines de kilomètres, Simandou expédiait son premier minerai fin 2025 et vise 120 millions de tonnes annuelles. Kalia est l’histoire de ce qui manque à un gisement pour devenir une mine : un chemin de fer, un port et un prix.

Voies ferrées abandonnées près du port de Conakry, en Guinée, pays du gisement de fer de Kalia
Voies ferrées abandonnées près du port de Conakry, Guinée, 2019. Photo Aureliocira, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

De Bellzone à la liquidation

L’histoire moderne de Kalia commence en 2007 avec l’exploration par Bellzone Mining plc, société cotée sur l’AIM de Londres, domiciliée à Jersey et dirigée en grande partie depuis l’Australie.

En 2010, sous le ministre des Mines Mahmoud Thiam, Bellzone signe une convention de base : concession de 25 ans renouvelable sur 1 381 km², objectif de 50 millions de tonnes par an, investissement annoncé de 4,4 milliards de dollars pour la mine, un chemin de fer et un port. La convention prévoit des avantages fiscaux substantiels — crédit d’investissement de 5 % déductible, exonérations d’impôt minimum forfaitaire et de patente.

Précision nécessaire : Mahmoud Thiam a été condamné aux États-Unis en 2017 pour des faits de corruption portant sur d’autres dossiers miniers guinéens. La convention Kalia n’est pas visée par cette condamnation.

Le projet ne trouve jamais son financement. En décembre 2013, Bellzone négocie un prêt de 865 millions de dollars. En 2015, elle tente de se réorienter vers le nickel contenu dans le minerai et survit grâce à une facilité de 10 millions de dollars de son partenaire China Sonangol. Le cours du minerai de fer, tombé sous 50 dollars la tonne cette année-là, condamne le modèle. En décembre 2018, Bellzone cesse ses activités.

Un repreneur dont on ne sait rien

En mars 2022, le liquidateur guinéen lance un appel d’offres pour la concession, décrivant des ressources d’environ 124,2 millions de tonnes à 48 % de fer, 789 millions à 33,6 % et 4,7 milliards de tonnes de fer magnétique.

En 2023, Millennium Panorama Group, via sa filiale Stella Vista, reprend 85 % de Kalia, les 15 % restants revenant à l’État guinéen. Une nouvelle étude de faisabilité est présentée en 2024, fondée sur une ressource de 7,252 milliards de tonnes.

Deux points appellent une réserve. Aucune information publique n’existe sur Millennium Panorama Group : ni siège, ni actionnaires, ni autres actifs. Et le montant d’investissement associé à cette étude de 2024 — 865 millions de dollars — est exactement celui du prêt que Bellzone négociait en 2013, coïncidence qui mérite vérification avant d’être reprise comme un chiffre de 2024.

Le retrait du permis

Le scénario ne débouche pas. Le 14 mai 2025, dans le cadre d’un vaste nettoyage du cadastre minier, le président de la transition Mamadi Doumbouya annule une cinquantaine de concessions et permis industriels et semi-industriels portant sur la bauxite, l’or, le diamant et le fer.

Kalia en fait partie. Le cadastre minier en ligne mentionne aujourd’hui le permis comme « inactif ». Toute relance dépendra désormais d’une nouvelle attribution par l’État.

Trois raisons pour lesquelles le minerai est resté dans le sol

Kalia n’est pas un petit gisement : ses ressources sont du même ordre de grandeur que les blocs de Simandou. Trois facteurs expliquent l’immobilité.

Le premier est logistique. Faranah est à 360 kilomètres de la côte, sans chemin de fer. Simandou n’est devenu réalité qu’avec un rail de plus de 600 kilomètres et un port en eau profonde à Morébaya, financés par Rio Tinto, le Winning Consortium Simandou et des capitaux chinois pour plus de 20 milliards de dollars. Bellzone n’a jamais réuni le dixième de ces sommes. Une convention de 2010 prévoyait un raccordement de Kalia à l’infrastructure de Simandou ou à un corridor propre ; ni l’un ni l’autre n’a été construit.

Le deuxième est géologique et économique. Une large part des ressources de Kalia est du fer magnétique à teneur moyenne, qui exige un enrichissement coûteux avant d’être vendable — contrairement aux hématites à plus de 65 % de Simandou. Quand le minerai de fer se négocie autour de 100 dollars, comme en 2026, les projets marginaux ne trouvent pas de financeurs.

Le troisième est institutionnel. Convention signée en 2010, faillite, liquidation, repreneur opaque, retrait du permis : Kalia a traversé plusieurs régimes miniers et trois pouvoirs politiques sans jamais disposer d’un cadre stable.

Ce que la Guinée a décidé de faire

La réforme du cadastre engagée depuis 2021 et le principe « exploite ou perds » appliqué en mai 2025 sont la réponse des autorités. Elle a un coût immédiat : un gisement de plusieurs milliards de tonnes se retrouve sans titulaire. La même exigence traverse le programme Simandou 2040, dont Mamadi Doumbouya a fixé cinq conditions non négociables.

Pour un pays qui détient, selon l’Agence de promotion des investissements privés, « les plus grands gisements de fer de haute qualité inexploités au monde » — 20 milliards de tonnes à plus de 60 % —, Kalia rappelle qu’un gisement n’est pas une ressource économique tant que le corridor, le capital et le prix ne sont pas réunis.

Simandou, entré en production après près de trois décennies d’attente, le démontre dans l’autre sens.

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