Au Burkina Faso, l’exportation des farines de céréales est de nouveau interdite. Par un communiqué du 9 octobre 2026, le ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat a suspendu « jusqu’à nouvel ordre » les exportations de farines de mil, de maïs et de sorgho et de leurs dérivés, ainsi que la délivrance des autorisations spéciales d’exportation correspondantes. Moins de trois mois plus tôt, le 21 juillet, Ouagadougou venait de les rouvrir.
Le communiqué, signé par le ministre Serge Gnaniodem Poda, s’applique à tout le territoire. Son objectif déclaré : assurer la disponibilité régulière de ces produits sur le marché national et améliorer leur accessibilité pour les consommateurs. Les services de contrôle aux frontières et les forces de sécurité sont mobilisés, et des sanctions sont prévues.
Farines au Burkina : un aller-retour en 80 jours
L’interdiction n’est pas nouvelle. Elle avait été instaurée le 23 février 2022, dans un contexte d’insécurité qui empêchait des populations de cultiver et faisait flamber les prix. Le 21 juillet 2026, le ministère l’avait levée pour permettre aux unités de transformation d’écouler leurs stocks, en maintenant l’obligation d’une autorisation spéciale. L’interdiction d’exporter les céréales brutes, elle, était restée en vigueur.
La levée de juillet s’appuyait sur une récolte présentée comme historique. Selon les résultats provisoires de la campagne 2025-2026 publiés par le gouvernement, le Burkina a produit 7,14 millions de tonnes de céréales, avec un taux de couverture des besoins de 126,4 %.
Des raisons non dites
Le communiqué du 9 octobre ne publie aucun chiffre : ni stocks, ni volumes exportés depuis juillet, ni évolution des prix. Il ne dit pas non plus ce qui a motivé le revirement, ni à quelles conditions la suspension pourrait être levée. Une farine disponible dans un stock national n’est pas pour autant accessible à un prix supportable sur chaque marché.
Pour les transformateurs, le coût est la visibilité. Une unité qui organise ses achats de céréales, son stockage et ses ventes doit pouvoir anticiper ses débouchés ; deux décisions contraires en moins de trois mois rendent cette planification difficile. Des critères publics de réouverture, stocks et prix de détail, leur donneraient un repère.
Les voisins dans l’inconnu
Le Mali, le Niger, la Côte d’Ivoire ou le Ghana peuvent voir se réduire l’offre de farines burkinabè sur certains marchés frontaliers. Mais aucune donnée publiée ne permet d’en mesurer l’ampleur : volumes, destinations et part du Burkina dans les achats de chaque pays restent inconnus. Parler d’une pénurie régionale serait prématuré.
L’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) rappelle, dans son diagnostic stratégique, que l’insécurité perturbe les routes commerciales et renchérit le transport dans la région. La disponibilité des céréales y dépend autant des routes que des décisions aux frontières.
Sources
- Ministère burkinabè de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat, communiqué du 9 octobre 2026, via Burkina24 et Sidwaya.
- APA News, 22 juillet et 10 octobre 2026 ; Capmad, juillet 2026 ; Wakat Séra, 2022 ; UEMOA, diagnostic stratégique.
À lire aussi sur NotreAfrik : Burkina Faso : 40 milliards FCFA levés à plus de 7 % · Céréales en Afrique de l’Ouest : 84 % du commerce invisible · Céréales : 84 % du commerce ouest-africain hors des stats