Elvi Energy SA a été constituée à Yaoundé avec un capital de 100 millions de FCFA et un objet social portant sur l’import-export et la distribution de produits pétroliers. Parmi ses fondateurs, Elvis Berlin Mouafo, connu au Cameroun pour ses activités dans la téléphonie autour de la marque Tecno. Une précision s’impose d’emblée : créer une société n’est pas obtenir le droit d’exercer.
Ce qu’Elvi Energy est, et ce qu’elle n’est pas encore
Selon l’acte constitutif publié dans Cameroon Tribune et consulté par Investir au Cameroun, la société prend la forme d’une société anonyme avec conseil d’administration, constituée pour 99 ans, dotée d’un capital social de 100 millions de FCFA. Son objet porte notamment sur « l’import-export des produits pétroliers et la distribution de l’ensemble des produits pétroliers ».
Cinq personnes siègent au conseil d’administration : William Senghor Ndiatie, Elvis Berlin Mouafo, Moubel Gouanat Pedrel, Gilbertine Maffo Ngouanat épouse Mouafo et Anne-Simon Mbang Bembala. Les documents disponibles ne précisent ni la répartition du capital entre eux, ni le rôle opérationnel de chacun.
La réserve figure dans la source d’origine et mérite d’être reprise sans détour. Cette constitution ne signifie pas qu’Elvi Energy est autorisée à opérer. Les activités inscrites dans ses statuts restent soumises aux agréments et autorisations exigés dans le secteur pétrolier aval camerounais. À ce stade, aucun agrément d’exploitation, aucune station-service, aucun dépôt, aucun contrat d’approvisionnement ni calendrier de démarrage n’a été rendu public.
De Tecno aux hydrocarbures
Le parcours d’Elvis Berlin Mouafo est jusqu’ici associé à la téléphonie mobile, autour de la marque Tecno — créée en 2006 et détenue par le groupe chinois Transsion Holdings, qui a bâti son succès africain sur des terminaux à prix accessibles et une forte présence commerciale de terrain.
Le saut vers l’aval pétrolier paraît radical ; il l’est moins qu’il n’y paraît. Les deux métiers partagent une logique de distribution de masse : réseaux de revendeurs, gestion de stocks, logistique d’importation, négociation avec des fournisseurs étrangers, connaissance des territoires, construction d’une marque.
La ressemblance s’arrête là. Un téléphone est un produit manufacturé dont le distributeur ajuste assez librement prix, marges et catalogue. Le carburant est un produit stratégique dont l’importation, le stockage, la qualité, le transport et la vente sont encadrés. Une recette commerciale issue de la téléphonie ne se transpose pas : il faut apprendre une économie où l’accès réglementaire, la trésorerie, la sécurité industrielle et les relations avec les organismes publics pèsent autant que la capacité à vendre.
Un marché rendu attractif par une panne
L’attractivité du secteur tient d’abord à sa taille. Depuis l’incendie qui a mis à l’arrêt une partie essentielle des capacités de la Société nationale de raffinage en 2019, le Cameroun dépend largement des importations pour couvrir ses besoins en carburants et lubrifiants — un marché de l’ordre de 900 milliards de FCFA d’importations.
L’importation de produits raffinés est donc devenue une activité structurellement nécessaire, et donc attractive pour de nouveaux entrants disposant de capacités de financement.
Ce qui suit relève du contexte de rédaction, non de la source. Le secteur aval camerounais est structuré autour de la Société camerounaise des dépôts pétroliers pour le stockage et de la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures pour la péréquation. Il est occupé par des acteurs installés, dont Tradex, filiale de la Société nationale des hydrocarbures, et plusieurs distributeurs privés nationaux et internationaux. Un entrant doit conquérir des parts sur un marché mature, où les prix à la pompe sont administrés et où la rentabilité se joue sur les volumes et l’efficacité logistique.
La barrière n’est pas le capital
Un capital de 100 millions de FCFA est modeste au regard des besoins réels du secteur. Il correspond au minimum requis pour constituer une société anonyme — pas à un outil d’exploitation. Aucun opérateur n’importe des cargaisons de produits raffinés avec cette somme en fonds propres.
La barrière déterminante est administrative, puis financière. Trois indicateurs diront si Elvi Energy devient un acteur ou reste une coquille juridique : l’obtention effective des agréments pour l’importation et la distribution ; une augmentation de capital ou l’entrée de partenaires ; et l’accès aux capacités de stockage, goulot d’étranglement classique du secteur.
Ce que ce mouvement dit du capitalisme camerounais
L’intérêt du dossier tient moins à la société qu’à ce qu’elle illustre. On observe depuis quelques années une diversification d’entrepreneurs camerounais issus du commerce et de la distribution vers des secteurs à forte intensité capitalistique : énergie, immobilier, agro-industrie. Le mouvement traduit une accumulation de capital privé national cherchant des activités plus stables que le négoce — une dynamique voisine de celle observée dans d’autres filières camerounaises où l’agrément est la vraie clé d’entrée.
Il faut toutefois garder la mesure du fait. L’information provient d’une source unique, et ni Elvis Berlin Mouafo ni Elvi Energy n’ont fait de déclaration publique. Le ministère camerounais de l’Eau et de l’Énergie, qui délivre les agréments du secteur, n’avait pas communiqué sur ce dossier à la date de publication. À ce stade, il s’agit de veille économique, pas d’un événement industriel — et c’est le prochain document administratif, pas le prochain communiqué, qui dira si le projet existe.








