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Droits de douane : 7 pays africains surtaxés à 12,5 %

Droits de douane : 7 pays africains surtaxés à 12,5 %

Depuis le vendredi 24 juillet 2026, une soixantaine de partenaires commerciaux des États-Unis sont soumis à une nouvelle architecture tarifaire de 10 % ou 12,5 %. Le motif invoqué change radicalement : il ne s’agit plus de déséquilibres commerciaux, mais d’un laxisme présumé face au travail forcé dans les pays exportateurs. Sept économies africaines — l’Algérie, l’Angola, l’Égypte, la Libye, le Maroc, le Nigeria et l’Afrique du Sud — sont frappées au taux plein. Derrière l’argument moral, un basculement : Washington fixe désormais seul les conditions d’accès à son marché.

Un changement de fondement juridique, pas seulement de taux

C’est l’élément que les commentaires sur les pourcentages ont tendance à masquer. Le dispositif précédent reposait sur l’International Emergency Economic Powers Act, dont la Cour suprême américaine a invalidé l’usage pour les droits de douane d’urgence. Washington a donc changé de base légale, en adossant les nouveaux droits à la lutte contre les importations issues du travail forcé, au titre de la section 301 du Trade Act de 1974.

La conséquence pratique est considérable. Un tarif fondé sur un déficit commercial se négocie par des concessions ; un tarif fondé sur des normes de travail se lève par une certification. Les pays ayant obtenu la reconnaissance de mesures de sauvegarde jugées efficaces bénéficient du taux réduit de 10 % ; les autres subissent 12,5 %. La sortie du dispositif ne passe donc plus par un accord commercial, mais par une évaluation administrative américaine des pratiques d’un pays tiers.

Pretoria avait plaidé, Washington a tranché

L’Afrique du Sud avait anticipé le choc : lors des audiences de juillet, sa délégation a demandé une exemption complète, rappelant qu’elle interdit le travail forcé, a ratifié les conventions fondamentales de l’Organisation internationale du travail et peut saisir des importations prohibées. La décision finale montre que cette défense n’a pas convaincu. Or l’Afrique du Sud est de loin le pays africain le plus exposé : les États-Unis ont importé pour 16,5 milliards de dollars de marchandises sud-africaines en 2025.

C’est là que la rhétorique de protection des travailleurs rencontre sa première contradiction. La surtaxe est acquittée par l’importateur américain, mais son coût peut être transféré à l’exportateur par des prix renégociés ou des commandes réduites. Une politique présentée comme une réponse au travail forcé peut ainsi fragiliser des emplois formels et syndiqués dans des secteurs où aucune accusation spécifique n’a été produite — une sanction collective contre des acteurs qui ne contrôlent ni la loi douanière ni la diplomatie.

L’AGOA, prolongée d’une main, neutralisée de l’autre

C’est l’enjeu de fond. La loi sur la croissance et les opportunités en Afrique (AGOA) a été prolongée jusqu’au 31 décembre 2026 et offre aux pays subsahariens éligibles un accès sans droits pour plus de 1 800 produits. Mais un régime préférentiel n’a de valeur que par l’écart qu’il crée : si des droits de 10 à 12,5 % s’appliquent par ailleurs, la franchise théorique perd l’essentiel de sa portée. Une marchandise peut rester éligible à l’AGOA tout en supportant une taxe punitive.

Le symbole est net : le 23 juillet, le représentant américain au commerce organisait une audience sur l’éligibilité des pays africains à l’AGOA pour 2027 ; le même jour, il annonçait le nouveau régime tarifaire. Le précédent de 2025 est instructif — les exportations automobiles sud-africaines vers les États-Unis, principal succès de l’accord, ont reculé de près de 75 %, passant de 25 544 à 6 530 véhicules. La préférence devient une monnaie d’échange révisable selon les priorités de Washington.

Sept capitales, aucune réponse africaine commune

Les exemptions accentuent l’asymétrie : Washington épargne les produits pétroliers et les engrais — dont son industrie a besoin — et taxe ce qui la concurrence. Pour l’Angola et le Nigeria, fortement liés aux hydrocarbures, l’architecture protège les rentes extractives tout en pénalisant les filières transformées que les gouvernements prétendent développer. La politique américaine risque ainsi de préserver l’Afrique comme fournisseur de ressources plutôt que comme base industrielle.

Face à cela, chaque capitale doit négocier seule et démontrer qu’elle satisfait aux critères américains ; aucune réponse coordonnée de l’Union africaine ou de la ZLECAf n’a été structurée autour des sept pays visés. Trois voies s’ouvrent, non exclusives : obtenir la certification pour basculer au taux réduit ; se diversifier, la Chine ayant ouvert depuis le 1er mai 2026 un traitement à taux zéro pour 53 pays africains ; et accélérer la ZLECAf — la plus lente et la plus exigeante, mais la seule dont les règles ne dépendent pas d’une décision prise à Washington. L’échéance qui compte n’est d’ailleurs pas celle-ci : l’AGOA expire le 31 décembre 2026, sans qu’aucun signal ne laisse présager un renouvellement.

Sources : Maison-Blanche, mémorandum présidentiel du 23 juillet 2026 ; bureau du représentant américain au commerce (USTR) ; gouvernement sud-africain (demande d’exemption du 12 juillet) ; AFP ; ISS Africa ; allAfrica ; Le Matin.

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