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CEMAC : un airbag de 4 milliards $ contre les chocs

CEMAC : un airbag de 4 milliards $ contre les chocs

Face à la vulnérabilité de la zone CEMAC aux chocs géopolitiques et pétroliers, deux chercheurs proposent que la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) se dote d’un fonds d’urgence compris entre 1 700 et 2 300 milliards de FCFA — soit 3 à 4 milliards de dollars, l’équivalent de 2 à 3 % du PIB régional. Attention toutefois : il ne s’agit ni d’une décision de la banque centrale ni d’un projet gouvernemental, mais d’une recommandation académique présentée le 10 juillet 2026 à Abidjan.

Une proposition, pas une décision — le point de vigilance

Précision essentielle, car plusieurs titres de presse ont pu prêter à confusion : le dispositif émane d’un document de recherche signé par Arnold Foko Kengne (Université de Dschang) et Fabrice Ewolo Bitoto (Université de Johannesburg), intitulé « Building Macroeconomic Resilience in CEMAC ». Il a été présenté lors d’une session dédiée aux jeunes professionnels de la Conférence économique africaine, à Abidjan. La version consultée ne fait état d’aucune publication préalable dans une revue à comité de lecture. Autrement dit, la BEAC n’a rien annoncé, aucun chef d’État n’a rien acté : il s’agit d’une contribution au débat, pas d’une réforme en cours. Cette nuance change tout à la portée de l’information.

L’idée : un coussin pour les importations essentielles

Le mécanisme proposé serait exclusivement dédié au financement des importations essentielles — alimentaires, énergétiques et pharmaceutiques — en cas de choc international majeur. Le montant de 4 milliards de dollars correspond, dans l’esprit des auteurs, à un seuil critique permettant à la BEAC de disposer d’un « airbag » d’intervention rapide sans compromettre la parité fixe entre le franc CFA et l’euro. Ce coussin viendrait compléter les instruments du FMI, sans s’y substituer, tout en réduisant la dépendance de la sous-région aux programmes d’ajustement extérieurs. Les auteurs s’appuient sur l’expérience de la pandémie : entre 2020 et 2023, la zone CEMAC a vu ses réserves de change fondre sous l’effet conjugué de la chute des cours du pétrole et de l’envolée des importations alimentaires.

Les questions laissées ouvertes

L’étude, telle que rapportée, laisse de nombreux points en suspens — ce qui explique son statut de proposition et non de projet abouti. Elle ne précise ni l’origine des ressources (réserves de change de la BEAC, contributions étatiques, emprunt régional, lignes multilatérales ?), ni les critères d’accès, ni la clé de répartition entre les six États, ni l’articulation avec les règles actuelles de gestion des réserves. Plus délicat encore, les auteurs envisageraient un déclencheur fondé sur un indice de couverture médiatique des tensions géopolitiques — un mécanisme qui soulève d’évidentes questions : combien de temps le seuil doit-il être franchi, quelle instance le constate officiellement, comment distinguer un pic passager d’un choc durable ?

Les obstacles politiques d’une belle idée

À supposer même que la BEAC s’en saisisse, la faisabilité dépendrait d’abord de la volonté des chefs d’État. Or la CEMAC peine historiquement à faire converger ses politiques budgétaires, malgré des critères de surveillance multilatérale théoriquement en vigueur. La Guinée équatoriale et le Gabon, contributeurs potentiels les plus importants grâce à leurs revenus pétroliers, devraient accepter de partager une part de leurs excédents avec des économies plus fragiles comme la Centrafrique ou le Tchad — un partage de souveraineté financière loin d’être acquis. Restent aussi les questions de gouvernance et de dépositaire : confier le fonds à la BEAC suppose de renforcer les capacités techniques de l’institution, certains plaidant pour une architecture hybride associant la BAD ou des partenaires extérieurs. En somme, une proposition stimulante, qui met le doigt sur une vraie vulnérabilité de la zone — mais qui reste, à ce stade, un exercice de recherche appelant un long chemin politique avant toute concrétisation.

Sources : étude Foko Kengne / Ewolo Bitoto présentée à Abidjan le 10 juillet 2026, via Financial Afrik, Africtelegraph et Investir au Cameroun (16-18 juillet 2026), rapport BEAC sur la politique monétaire (juin 2026).

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